Au sud de Mossoul, Makhmour attend la vague de réfugiés

Des milliers de réfugiés attendent dans des camps... (Photo Azad Lashkari, archives Reuters)

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Des milliers de réfugiés attendent dans des camps que leurs villes et villages soient libérés des combattants du groupe État islamique. Sur la photo, le camp de Debagah, tout près de Makhmour.

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Le groupe État islamique

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Laura-Maï Gaveriaux

collaboration spéciale

La Presse

(MAKHMOUR, Irak) Dans le centre-ville de Makhmour, comme tous les matins, le souk s'anime petit à petit. La vie suit son cours, indifférente aux réseaux sociaux et aux médias locaux qui annoncent le début de la bataille finale de Mossoul, à moins d'une centaine de kilomètres au nord.

Pourtant, ses habitants connaissent bien les islamistes du groupe armé État islamique (EI). En août 2014, la petite ville a été libérée de l'EI par les combattants kurdes du PKK, après un mois d'occupation puis de combats. En février dernier, Makhmour a accueilli la base militaire d'où est partie la première phase de l'offensive sur Mossoul.

Ahmed tient une boutique de téléphones portables à quelques pas du marché. Les allées et venues des différentes factions de combattants au gré des prises et des libérations, il les a toutes vues.

«Avant de faire partir Daech [acronyme arabe de l'EI], il faudra du temps, peut-être des mois. Mais pour nous, avec la politique et les tribus, les problèmes seront toujours les mêmes. Il y aura plus de réfugiés à mettre quelque part, c'est tout.»

Ahmed,
marchand de Makhmour
Le nombre de réfugiés n'a cessé d'augmenter à... (Photo SAFIN HAMED, archives Agence France-Presse) - image 3.0

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Le nombre de réfugiés n'a cessé d'augmenter à Debagah, à quelques kilomètres de Makhmour.

Photo SAFIN HAMED, archives Agence France-Presse

Les mouvements de population sont la principale préoccupation des ONG présentes sur place. Elles se préparent à devoir gérer une crise humanitaire sans précédent, une vague de déplacés de 700 000 à plus de 1 million de personnes, alors que les camps sont déjà surpeuplés. « Pour nous, la reconquête de Mossoul, ça ne date pas de cette nuit ! Ça a commencé le 24 mars dernier, quand 1000 personnes sont arrivées des premiers villages libérés dans la grande périphérie », confie Frederic Cussigh, coordinateur de la « Mosul response » pour le Haut-Commissariat des Nations unies. 

LES PROBLÈMES S'ACCUMULENT

Depuis la première implantation d'accueil à Debagah, à quelques kilomètres de Makhmour, les effectifs n'ont cessé d'augmenter, et les problèmes de s'accumuler. À ce jour, 63 000 personnes sont passées par la zone qui compte maintenant trois camps ; 9000 y résident actuellement, et l'accueil est saturé.

Leyla Nugmanova, administratrice pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), le confirme : « Ici, l'urgence, pour trouver des terres libres, de l'argent, des ressources, c'est tous les jours. Un jour comme les autres sur la route de Mossoul ! »

Dans le camp, les familles ont peu d'informations provenant de l'extérieur. Le portable sert à attendre les coups de fil un peu miraculeux des proches restés à Mossoul, quand ils arrivent à téléphoner sans se faire prendre. Mais la nouvelle de la bataille, ils ne l'ont pas ratée. « Inch Allah, on va rentrer chez nous ! », s'exclament en riant les filles de Mohammed.

Le père, un ancien policier arrivé avec sa famille il y a un mois, reste allongé sous la tente de fortune, à attendre, jour après jour. « Je mange et je dors. Il n'y a rien à faire d'autre. Aujourd'hui non plus, d'ailleurs. On ne peut qu'espérer rentrer chez nous, mais pour ça, il faut gagner la guerre. Alors on attend. »

Dans la tente d'à côté, chez Sara, on est beaucoup moins optimistes. Cette grande famille originaire de Hawija, dans la province de Kirkouk, est déçue. « Nous pensions qu'ils allaient libérer notre ville d'abord, car là-bas, c'est la famine depuis trois mois. »

Arrivés en septembre, les enfants de Sara sont rachitiques. Elle-même semble anémiée, les joues creusées par des semaines de privations. Les seules denrées accessibles étaient la farine et l'eau, non potable. « De toute façon, à Mossoul comme chez nous, après Daech, ce sera le tour des milices chiites. Ils sont pires que les djihadistes ! », s'exclame Sadiq, son mari.

« Ils n'ont pas de problème à tuer des bébés sous les yeux de leurs parents, quelle est la différence ? Ils ont des uniformes, ils sont liés au gouvernement de Bagdad, c'est ça, la différence. Qu'est-ce que vous voulez que ça nous fasse, la bataille de Mossoul ? C'est juste une autre occupation. » Et donc, pour ces sunnites rescapés de l'EI, en aucun cas une libération. 

LUEUR D'OPTIMISME

Au milieu des inquiétudes et des horreurs de la guerre, la Dre Nieran Mounthir reste optimiste. Gynécologue à l'hôpital rattaché aux camps de Debagah, cette trentenaire a déjà tout vu, ou presque. 

« Les patientes arrivent ici dans un état dramatique. Vivre sous Daech, quand on est une femme, c'est avoir faim, accoucher dans des conditions répugnantes, n'avoir accès à aucun soin, si ce n'est des piqûres contraceptives de mauvaise qualité et mal administrées. Mais une fois qu'elles viennent me voir, je constate que leur état n'est pas irréversible. Elles se rétablissent ! » 

Originaire de la région, celle qui soigne de 60 à 70 personnes par jour continue de rentrer chez elle en ayant le sentiment d'être utile. « Bien sûr, rien ne sera parfait, les disputes politiques seront toujours là. Mais les femmes auront de nouveau le droit de se soigner. Pour elles, au moins, ça ira mieux. C'est ce que je veux croire. »

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