Irak: l'EI et la coalition qui le combat accusés d'exactions

Le rapport d'Amnistie internationale souligne les « crimes de... (Photo Associated Press)

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Le rapport d'Amnistie internationale souligne les « crimes de guerre » et les « crimes contre l'humanité » du groupe État islamique, mais aussi les « violations sérieuses des droits de la personne » commises par des membres des forces de sécurité irakiennes, des milices chiites qui les appuient et des Peshmergas.

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Des combattants appuyés par la coalition internationale dans la campagne contre l'EI en Irak se sont eux-mêmes livrés à des exactions contre les populations civiles de la région, déplore Amnistie internationale. L'organisme présente aujourd'hui les résultats d'une enquête menée auprès de 470 personnes sur le terrain et lance un appel pour que toutes les factions impliquées dans la bataille de Mossoul fassent cesser la torture, les exécutions sommaires et les détentions arbitraires.

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Le rapport d'Amnistie internationale souligne les « crimes de guerre » et les « crimes contre l'humanité » du groupe État islamique, mais aussi les « violations sérieuses des droits de la personne » commises par des membres des forces de sécurité irakiennes, des milices chiites qui les appuient et des Peshmergas.

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LES ATROCITÉS RÉELLES DE L'EI

Le rapport intitulé « Punis pour les crimes de Daech » prend bien soin de souligner les « crimes de guerre » et les « crimes contre l'humanité » du groupe djihadiste. Attaques contre les civils, contre les infrastructures civiles, exécutions de masse, torture, enlèvements, viols, esclavagisme, recrutement d'enfants-soldats, pillage, destruction des habitations, massacres à grande échelle : le groupe représente une menace grave pour les populations de la région, et les autorités ont « le droit et le devoir » de contrer cette menace. Mais Amnistie internationale constate du même souffle que des « violations sérieuses des droits de la personne » ont été commises en toute impunité par des membres des forces de sécurité irakiennes, des milices chiites qui les appuient et des Peshmergas, les combattants de la région semi-autonome du Kurdistan.

EXÉCUTIONS, MASSACRES ET DISPARITIONS

Le rapport raconte comment des milliers d'hommes et d'adolescents qui fuyaient le territoire de l'EI ont été exécutés sommairement ou ont disparu lorsqu'ils ont atteint la zone détenue par le gouvernement central de l'Irak et ses alliés. Certains Arabes sunnites, accusés sans preuve d'avoir soutenu les djihadistes, ont été tués sous les yeux de leurs proches, alors que d'autres ont été emmenés par des hommes en uniforme et n'ont plus jamais été revus. Une veuve de 65 ans a raconté aux représentants de l'ONG que ses deux fils avaient été enlevés après s'être rendus de bonne foi aux forces alliées anti-EI. « Je veux ravoir mes deux fils. On nous avait dit que ceux qui n'ont pas commis de crimes et qui n'étaient pas avec Daech n'avaient rien à craindre après la libération. C'est pourquoi ils se sont livrés. Pourquoi les ont-ils enlevés ? », a-t-elle demandé.

TORTURE ET DÉTENTION ARBITRAIRE

Lorsque des hommes en âge de combattre, soit ceux âgés de 15 à 65 ans environ, arrivent à fuir le territoire de l'EI, ils sont souvent soumis à des « procédures de sécurité opaques » et détenus dans des « conditions inhumaines », sans procédure judiciaire pour déterminer s'ils ont quoi que ce soit à voir avec les djihadistes, affirme le rapport. Les cas de torture seraient courants, et les méthodes le plus fréquemment utilisées incluent la suspension dans des positions de stress, l'usage de décharges électriques, les coups de divers objets incluant des barres de métal et des tuyaux, ainsi que les menaces de viol de membres féminines des familles. « Ils me frappaient et frappaient les autres avec tout ce sur quoi ils pouvaient mettre la main, des tiges de métal, des pelles, des tuyaux, des câbles. Ils nous marchaient dessus avec leurs bottes. Ils nous insultaient et disaient que c'était leur revanche pour le massacre de Speicher [un massacre de 1700 cadets chiites par l'EI] », a raconté un ancien détenu.

EXIL FORCÉ PROLONGÉ

Le rapport affirme aussi que les populations arabes sunnites qui ont dû quitter leurs résidences en raison des combats sont souvent empêchées de retourner chez elles une fois les territoires repris par les forces centrales irakiennes et par les milices chiites. « Les Peshmergas empêchent aussi les résidants de villages arabes et les résidants arabes de villes mixtes arabes-kurdes de retourner dans leurs maisons et, dans certains cas, ont détruit ou permis la destruction de leurs maisons et de leurs propriétés, apparemment de façon à empêcher leur retour », ajoute Amnistie internationale.

APPEL À LA COALITION

Amnistie internationale dit avoir envoyé ses conclusions au gouvernement central à Bagdad et au gouvernement de la région semi-autonome du Kurdistan irakien. Bagdad n'a pas répondu, et les autorités kurdes ont rejeté ses conclusions. Dans la conclusion de son rapport, l'organisme demande aux autorités locales de mettre fin aux atteintes aux droits de la personne dans le cadre du conflit et de rendre responsables les personnes dans leurs rangs qui s'y livrent. Il incite les pays de la coalition internationale, comme le Canada, à surveiller de près les groupes qu'ils appuient dans cette bataille.

DE NOMBREUSES FACTIONS

Le 6 octobre dernier, lors d'une mise à jour sur la mission canadienne d'appui aux combattants kurdes irakiens, deux généraux canadiens ont souligné à plusieurs reprises à quel point la situation sur le terrain était complexe en raison de la présence de nombreuses factions tant au sein des Kurdes, des sunnites que des chiites irakiens. Le brigadier-général Peter Dawe, commandant des forces spéciales canadiennes, a ajouté que les combattants locaux encadrés par les Canadiens « savent très bien » qu'ils doivent respecter certaines règles très strictes s'ils veulent continuer à recevoir cet appui. Hier, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion a aussi insisté sur l'aide humanitaire logistique et médicale fournie par Ottawa dans la région de Mossoul. « On est là pour aider les populations, pour éviter ce que l'ONU redoute : une catastrophe humanitaire », a-t-il déclaré en marge d'une allocution devant le Conseil des relations internationales de Montréal.

- Avec la collaboration de Jean-Thomas Léveillé, La Presse

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