Quand le chaos libyen s'étend en Tunisie

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Des membres des forces spéciales tunisiennes patrouillent dans la ville de Ben Guerdane, près de la frontière libyenne, le 8 mars.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Guillaume KLEIN
Agence France-Presse
TUNIS

Les sanglantes attaques djihadistes de Ben Guerdane constituent un spectaculaire débordement du chaos libyen dans cette région limitrophe du Sud-Est tunisien, et illustrent les difficultés de Tunis à sécuriser sa longue frontière commune.

Cette attaque de type «insurrectionnel» marque une «extension de la zone de conflit armé, jusque-là cantonnée à la Libye», affirme à l'AFP Michaël Ayari, analyste pour l'International Crisis Group (ICG).

Les djihadistes du groupe État islamique (EI) font «peu de cas des frontières actuelles», note-t-il, et un certain nombre «estiment que Ben Guerdane pourrait constituer le haut lieu stratégique d'une zone «libérée» incluant le Sud-Est tunisien et la région de Tripoli» (Tripolitaine), la capitale libyenne.

Le but des attaques de lundi était «d'établir un émirat de DAECH (acronyme arabe de l'EI) à Ben Guerdane», a lui-même affirmé le premier ministre tunisien, Habib Essid.

Depuis des mois, les autorités tunisiennes s'alarment de l'insécurité en Libye, qui a permis à des organisations djihadistes, dont l'EI, de s'implanter.

Début février, elles ont annoncé l'achèvement, sur près de la moitié des 500 km de frontière, d'un «système d'obstacles» constitué de tranchées d'eau et de monticules de sables.

Lors d'une visite de presse, le ministre de la Défense Farhat Horchani avait relevé que ce dispositif devait encore être équipé de «matériels électroniques», avec l'aide de l'Allemagne et des États-Unis.

«Mouvements suspects»

L'évolution en Libye pourrait avoir pris ce plan de court, en particulier le raid américain mené le 19 février contre un centre d'entraînement de l'EI à Sabratha, ville de l'Ouest libyen distante d'à peine 100 kilomètres de la frontière.

Une cinquantaine de djihadistes, dont nombre de Tunisiens, ont été tués dans ce bombardement. Cinq jours plus tard, 200 djihadistes ont occupé, durant quelques heures, le centre de Sabratha, avant d'en être chassés par des milices membres de la coalition «Fajr Libya», au pouvoir à Tripoli.

Ces développements ont-ils conduit aux attaques de Ben Guerdane?

Après Sabratha, «un certain nombre de djihadistes blessés ont annoncé que l'EI se vengerait en menant des attaques en Tunisie. Des mouvements suspects à la frontière ont été rapportés», relève Hamza Meddeb, chercheur au Centre Carnegie.

Pour le journaliste français spécialiste des réseaux djihadistes, David Thomson, le principe d'un «acte de vengeance des Tunisiens de Sabratha» n'est pas à écarter.

Mais les attaques de Ben Guerdane ont sans doute nécessité «des semaines, voire des mois de préparation», et ont donc dû être pensées «avant même le raid américain», ajoute-t-il.

Dès le 2 mars, de premiers heurts armés se sont produits à El Aouija, près de Ben Guerdane, marqués par la mort de cinq «terroristes», dont au moins quatre Tunisiens. Les autorités ont indiqué avoir saisi un arsenal, et mentionné la possible entrée de «groupes terroristes» à la suite du raid de Sabratha.

«Cellules dormantes»

Dans le même temps, la présence de «cellules dormantes» en Tunisie, un pays qui compte parmi les principaux pourvoyeurs de djihadistes, est elle aussi acquise.

«Un certain nombre de djihadistes sont rentrés après 2013. Ils ont rasé leur barbe et se sont dissimulés», avance David Thomson. «Si on ajoute que d'autres passent encore par les postes-frontières sans être repérés, ça rend par définition le renforcement de la frontière inopérant», enchaîne-t-il.

Lundi, comme après l'attentat-suicide de Tunis le 24 novembre (12 agents de la sécurité présidentielle tués), les autorités ont annoncé la fermeture provisoire de ces postes frontaliers.

Mais il semble impossible de pérenniser la mesure, les régions du Sud-Est tunisien vivant depuis des décennies du commerce avec l'Ouest libyen. La frontière «ne peut être sécurisée sans la collaboration étroite des populations locales, notamment certains cartels de contrebande», avance Michaël Ayari.

Condamnant les attaques de lundi, la France et l'Allemagne ont de nouveau insisté sur le facteur libyen.

Jugeant «urgent que l'EI ne trouve plus une base arrière sûre» en Libye, Berlin a appelé à «mettre l'accent sur le soutien au renforcement de la sécurisation de la frontière tunisienne».

Le mois dernier, Londres a effectué un premier pas en annonçant l'envoi de 20 soldats. En octobre, Paris avait promis un renforcement de la lutte antiterroriste commune, en ciblant parmi les priorités le renseignement, «nerf de la guerre» selon Tunis.

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