Des combattants inspirés par l'EI dans le sud des Philippines

Les assaillants brandissaient des drapeaux noirs de l'EI.... (Photo Mark Navales, AFP)

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Les assaillants brandissaient des drapeaux noirs de l'EI. Lorsque les soldats ont repris le contrôle du détachement, ils ont retrouvé des bandanas marqués au nom du groupe, selon l'armée.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Joel GUINTO
Agence France-Presse
Manille

Des combattants inspirés par l'organisation djihadiste État islamique (EI) intensifient leurs attaques dans le sud des Philippines, provoquant des craintes pour l'avenir de cette région instable où le processus de paix avec la rébellion musulmane est dans l'impasse, selon des analystes.

Des combattants ayant prêté allégeance à l'organisation extrémiste sunnite se sont livrés à une série d'affrontements meurtriers avec l'armée alors qu'un accord de paix conclu entre le gouvernement et le plus important mouvement rebelle musulman n'a pu être ratifié au parlement le mois dernier.

La tentative d'assassinat dont a été victime cette semaine un prédicateur saoudien qui figurait sur une liste des personnes à abattre publiée par l'EI, n'a fait qu'aggraver les craintes.

« Leur influence se renforce et elle s'étend », prévient Rodolfo Mendoza, analyste à l'Institut philippin de recherches sur la paix, la violence et le terrorisme.

Les groupes philippins se disant inspirés par l'organisation qui contrôle des pans de territoire en Irak et en Syrie « planifient des opérations importantes comme des attentats à la bombe, des attaques, des assassinats ».

120 000 morts

Le Sud, où la rébellion séparatiste musulmane a fait plus de 120 000 morts et où vit une grande partie de la minorité musulmane de ce pays largement catholique, souffre de la violence depuis des décennies. Elle explique que la région soit l'une des plus pauvres de l'archipel et le terrain privilégié de chefs de guerre et de bandes criminelles pratiquant l'extorsion de fonds.

Le plus grand groupe rebelle, le Front moro islamique de libération (Milf), fort de 10 000 hommes, avait conclu en 2014 un accord de paix avec le président Benigno Aquino.

Mais le texte, qui aurait octroyé à la région davantage d'autonomie, n'a pas passé la rampe du Congrès le mois dernier et le processus de paix est gelé.

Le Milf dit qu'il respectera le cessez-le-feu en attendant la présidentielle de mai.

Mais des groupes extrémistes hostiles à tout compromis avec le pouvoir ont commencé à profiter de l'impasse politique pour tenter de prouver leur valeur auprès de l'EI, expliquent des analystes.

« Il y a une incitation à démontrer qu'on est une force combattante », souligne Zachary Abuza, expert de l'Asie du Sud-Est au National war college de Washington.

Dans l'attaque la plus spectaculaire, un groupe jusque-là obscur, considéré par l'armée comme une bande criminelle spécialisée dans l'extorsion, a attaqué un campement reculé de l'armée à Mindanao, la plus grande île du sud des Philippines.

Drapeaux noirs

Cet assaut a déclenché une semaine d'affrontements dans lesquels 12 attaquants et six soldats ont été tués. Plus de 30 000 habitants ont pris la fuite.

Les assaillants brandissaient des drapeaux noirs de l'EI. Lorsque les soldats ont repris le contrôle du détachement, ils ont retrouvé des bandanas marqués au nom du groupe, selon l'armée.

Au même moment, à une centaine de kilomètres de là, l'armée affrontait les Bangsamoro Islamic Freedom Fighters (Biff), un groupe bien mieux connu.

Le Biff a fait scission du Milf en 2008 à la suite de l'échec de précédentes négociations de paix. Il a ensuite mené des attaques contre les localités chrétiennes qui ont fait plus de 400 morts et 600 000 déplacés.

Les affrontements, dans lesquels un soldat a été tué, se poursuivent. Des images vidéo tournées mardi par l'AFP montrent des tirs de roquette à partir d'un hélicoptère de l'armée. On voit aussi des soldats en train de tirer des obus de mortier.

« Nous savons tous ce qui s'est passé en 2008. Nous ne voulons pas que cela se reproduise », a dit à l'AFP le porte-parole du Milf, Von al-Haq. « Si le gouvernement continue de traîner les pieds dans le processus de paix, les affrontements se poursuivront et d'autres groupes seront tentés de rejoindre l'EI ».

Zachary Abuza pense aussi qu'il faut s'attendre à de nouveaux combats de la part des groupes qui ont prêté allégeance à l'EI ces dernières années.

Parmi eux, Abu Sayyaf, qui s'est illustré par ses enlèvements de ressortissants étrangers.

Les autorités disent régulièrement que les craintes de voir l'EI augmenter son influence sur les combattants de l'archipel sont infondées. Pour elles, il s'agit de criminels motivés par l'appât du gain, pas de djihadistes radicalisés.

Mais pour M. Abuza, c'est la capacité de l'EI à fournir soutiens et financements qui va compter pour accroître son emprise, pas son extrémisme violent. « Ça n'a vraiment rien à voir avec l'idéologie. C'est vraiment une question de ressources ».

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