L'EI s'attaque aux tours funéraires de Palmyre

Les monuments funéraires sont situés dans la vallée... (PHOTO SANDRA AUGER, ARCHIVES REUTERS)

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Les monuments funéraires sont situés dans la vallée des Tombeaux et «témoignent de remarquables méthodes de décoration et de construction», selon la page de l'UNESCO.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Rita DAOU
Agence France-Presse
BEYROUTH, Liban

Le groupe extrémiste État islamique (EI) a réduit en poussière plusieurs célèbres tours funéraires de Palmyre en Syrie, traduisant une volonté systématique de détruire ce qui reste des trésors de cette cité antique.

Au cours des deux dernières semaines, les djihadistes de l'EI avaient déjà amputé ce site classé au Patrimoine mondial de l'humanité de ses plus beaux temples, ceux de Baal et Baalshamin, détruits à coups d'explosifs.

Outre son lourd bilan humain avec plus de 240 000 morts et quatre millions de personnes contraintes à l'exil, souvent au péril de leur vie, la guerre qui ravage la Syrie depuis plus de quatre ans a des conséquences dévastatrices sur un patrimoine d'une valeur internationale inestimable.

«Ils (les djihadistes) ont fait exploser plusieurs tours funéraires, notamment les trois les mieux préservées, les plus belles», a affirmé à l'AFP le chef des Antiquités syriennes Maamoun Abdelkarim.

«Nous avions reçu des rapports il y a dix jours, mais nous venons de confirmer l'information», a-t-il dit.

Le site internet du Syrian Heritage Initiative, un institut basé aux États-Unis, a diffusé une image satellitaire montrant la disparition d'«au moins sept tombes». Cette photo aurait été prise le 2 septembre, selon M. Abdelkarim.

Les célèbres tombeaux-tours d'Elahbel, de Jamblique et de Khitôt, «construits par de riches familles de l'antique Palmyre et qui étaient le symbole de l'essor économique de la ville durant les premiers siècles après J.-C.», ont été détruits, a expliqué le chef des Antiquités.

«Palmyre est connue pour ses tours funéraires qui sont caractéristiques de l'architecture de la ville», a-t-il rappelé.

Selon lui, chaque tour, d'une superficie de 40 m2 chacune, avait sa spécificité.

«Jamblique (83 après J.-C.) est richement décorée de fresques, celle d'Elahbel (103 après J.-C.) est la plus célèbre et la mieux préservée, tandis que Khitôt, du nom d'un riche Palmyrien, est la plus ancienne (44 après J.-C.) et contenait une sculpture montrant cet homme avec sa famille», précise M. Abdelkarim.

Les monuments funéraires sont situés dans la vallée des Tombeaux et «témoignent de remarquables méthodes de décoration et de construction», selon la page de l'UNESCO.

L'EI, qui a profité de la guerre civile pour s'implanter en Syrie, s'était emparé le 21 mai de Palmyre, à 205 km à l'est de Damas, après en avoir chassé les forces gouvernementales, suscitant aussitôt la crainte pour l'avenir du patrimoine syrien.

Les djihadistes considèrent les statues ou fresques représentant des hommes ou des animaux comme de «l'idolâtrie» et ont déjà détruit pour cette raison plusieurs trésors archéologiques en Irak en Syrie.

«Mémoire qui s'efface»

Le 23 août, les djihadistes font exploser le temple de Baalshamin à Palmyre. Quelques jours plus tôt, ils avaient mutilé le corps de l'ex-patron des Antiquités de la ville Khaled al-Assaad, 82 ans, un des meilleurs experts mondiaux, après l'avoir exécuté.

Dimanche dernier, ils ont rasé le temple de Baal, souvent présenté comme le plus beau du Moyen-Orient avec celui de Baalbek au Liban.

Archéologues et experts du monde entier n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme depuis des mois.

Leurs craintes les plus sombres se sont depuis concrétisées avec le début de la dévastation de Palmyre, «la perle du désert» syrien.

Les experts craignent désormais pour les autres trésors de Palmyre, dont des dizaines, d'autres tombes. L'amphithéâtre et le temple de Nabou sont aussi en danger.

Les responsables du site ont pu heureusement évacuer le musée et mettre à l'abri plusieurs pièces inestimables.

«Le drame de la destruction du patrimoine syrien se poursuit», regrette Cheikhmous Ali, de l'Association pour la protection de l'archéologie syrienne.

«C'est la mémoire des Syriens qui s'efface face à un monde qui reste les bras croisés et des institutions qui se contentent de condamner. Notre peuple en a marre des condamnations», a-t-il affirmé à l'AFP.

D'après ses chiffres, plus de 900 monuments ou sites archéologiques ont été touchés, abîmés ou détruits en quatre ans et demi de guerre.

En décembre 2014, l'ONU avait affirmé que près de 300 sites importants avaient été détruits, abîmés ou pillés depuis mars 2011, images satellitaires à l'appui.

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