Les djihadistes de l'EI «ont tué Palmyre»

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En s'attaquant aux monuments, l'EI savait qu'il allait susciter l'indignation internationale, ce qui était son objectif, estiment des experts.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Maya GEBEILY
Agence France-Presse
BEYROUTH

Le groupe État islamique (EI) a rasé le joyau de l'Humanité que représentait le temple de Bêl dans la cité antique de Palmyre en Syrie, et les experts sont convaincus que la rage destructrice des djihadistes se poursuivra.

«Ils ont tué Palmyre», s'est lamenté mardi le directeur des Antiquités de Syrie, Maamoun Abdelkarim, après la diffusion dans la nuit de photos satellitaires de l'ONU confirmant la destruction du plus grand temple du site.

«Il s'agissait du plus beau symbole de toute la Syrie. Et nous l'avons perdu à tout jamais», a-t-il ajouté, en y voyant «le dernier acte avant la destruction complète de Palmyre».

Lundi soir, l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar) a déclaré pouvoir «confirmer la destruction du bâtiment principal du temple de Bêl ainsi que celle d'une rangée de colonnes qui le jouxte», après avoir comparé des images satellite avant et après l'explosion.

Sur une image datée du 27 août, une structure rectangulaire entourée de colonnes est clairement visible, alors que sur un autre cliché pris lundi, on ne distingue plus que quelques colonnes, en bordure du site.

Ce temple érigé il y a 2000 ans est le plus connu des monuments de la ville antique, qui figure au Patrimoine mondial de l'Humanité de l'UNESCO et qui était visité avant la guerre par 150 000 touristes chaque année.

L'EI, qui a profité de la guerre civile pour s'implanter en Syrie, s'était emparé le 21 mai de Palmyre, à 205 km à l'est de Damas, après en avoir chassé les forces gouvernementales, suscitant aussitôt la crainte pour l'avenir du patrimoine syrien.

«Faire la une»

Le 23 août, les djihadistes avaient détruit à l'explosif le temple de Baalshamin. Quelques jours plus tôt, ils avaient mutilé le corps de l'ex-patron des Antiquités de Palmyre, Khaled al-Assad, 82 ans, après l'avoir exécuté.

Palmyre recèle les plus beaux trésors de Syrie, notamment «des dizaines de tombeaux à étage, le théâtre et le temple de Nabu dont il ne reste que les fondations», a précisé Maamoun Abdelkarim.

Le grand théâtre romain, datant du IIè siècle, n'a pas été jusqu'à présent endommagé, mais l'EI y a procédé à des exécutions publiques de soldats par des enfants de membres du groupe djihadiste.

En s'attaquant aux monuments, l'EI savait qu'il allait susciter l'indignation internationale, ce qui était son objectif, estiment des experts.

Il agit ainsi pour «faire la une de l'actualité et malheureusement nous tombons dans ce piège», a regretté Cheikhmous Ali, directeur de l'Association pour la protection de l'archéologie syrienne (Apsa), basée en France.

«Je pense qu'il ne faudrait pas donner ces informations car plus nous médiatisons leurs actes sauvages, plus ils vont recommencer», explique cet expert en archéologie et opposant au régime.

Pour lui, «ces barbares n'ont aucune culture» et ils cherchent à «faire pression pour torturer la population» en supprimant «sa mémoire collective» alors que le tourisme historique est «la première ressource à Palmyre».

Pour la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, cette destruction «constitue un crime intolérable contre la civilisation». Elle assure toutefois, dans un communiqué, que «ce crime n'effacera jamais 4500 ans d'histoire».

Les États-Unis ont condamné la destruction du temple, un porte-parole du département d'État  ajoutant que  «les dégâts et pillages infligés par l'EI aux sites historiques en Syrie et en Irak, préservés depuis des millénaires, ont non seulement détruit des preuves inestimables de la vie et des sociétés sous l'antiquité, mais ont aussi contribué à financer le règne de la terreur dans ces deux pays».

«Puissance symbolique»

L'EI agit ainsi sur les territoires de ce qu'il considère comme son «califat» à cheval entre l'Irak et la Syrie. Il a ainsi déjà détruit en Irak des statues, des mausolées et des manuscrits, notamment à Mossoul, et démoli les anciennes cités de Nimroud et de Hatra.

Pour Charlie Winter, analyste à la Quilliam fondation basée à Londres, ces destructions «ont une réelle signification dans la vision du monde des djihadistes car elles représentent le symbole de polythéisme. Il s'agit d'oeuvres préislamiques et  sont donc considérées par eux comme ne méritant pas d'exister».

Mais ils veulent aussi continuer à faire parler d'eux au moment où leurs exécutions sauvages ne suscitent plus la même attention des médias.

«Les vidéos de l'EI d'hommes brûlés vifs ne font plus la une de l'actualité à l'inverse de Palmyre; et l'EI sait distinguer la puissance symbolique de la destruction des ruines», assure M. Winter.

«Plus l'EI aura le sentiment qu'il risque de perdre Palmyre, plus grande est la possibilité qu'il détruise ce qui reste», avertit le chercheur.

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