Marché aux esclaves sexuelles: une rescapée de l'EI raconte

Deux soeurs yézidies, qui comme Jinan ont réussi... (PHOTO ARI JALA, ARCHIVES REUTERS)

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Deux soeurs yézidies, qui comme Jinan ont réussi à s'enfuir alors qu'elles étaient prisonnières de l'EI, sont assises dans une tente dans un camp de réfugiés de la région de Dahuk, au Kurdistan irakien, le 3 juillet.

PHOTO ARI JALA, ARCHIVES REUTERS

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Michel MOUTOT
Agence France-Presse
PARIS

Enlevées, battues, vendues, violées : le groupe armé État islamique gère en Irak des «marchés aux esclaves» où des femmes issues de groupes minoritaires, comme les yézidis, sont vendues pour servir d'esclaves sexuelles, comme l'a raconté à l'AFP une rescapée.

Dans un livre à paraître en France vendredi (Esclave de DAECH, éditions Fayard), la jeune yézidie Jinan, 18 ans, raconte comment, lors de ses trois mois de détention en Irak fin 2014 aux mains de membres de DAECH (acronyme arabe de l'État islamique), elle a été victime de cette forme de traite, avant, une nuit, de parvenir à s'enfuir en volant des clefs.

Après plusieurs lieux de détention, dont une prison à Mossoul, Jinan est achetée par deux hommes, un ancien policier et un imam, qui l'enferment, avec d'autres prisonnières yézidies, dans une maison.

«Ils nous torturaient, voulaient nous convertir de force», décrit-elle à l'AFP, lors d'un passage à Paris pour la sortie de son livre, écrit avec le journaliste du journal Le Figaro Thierry Oberlé.

«Si nous refusions, nous étions frappées, enchaînées dehors en plein soleil, forcées à boire de l'eau dans laquelle baignaient des souris mortes. Parfois, ils nous menaçaient de nous torturer à l'électricité», dit-elle. «Ces hommes, ce ne sont pas des humains. Ils ne pensent qu'à la mort, à tuer. Ils prennent sans arrêt des drogues. Ils veulent se venger de tout le monde. Ils affirment qu'un jour leur État islamique règnera sur le monde entier».

À Mossoul, Jinan est conduite «dans un immense salon de réception à colonnades (...) Des dizaines de femmes y sont rassemblées. Des combattants circulent parmi nous. Ils plaisantent d'un rire gras, pincent les fesses. L'un d'eux fait la moue. «Elle a de gros nichons, celle-là. Mais je veux une yézidie aux yeux bleus. Avec un teint pâle. Ce sont les meilleures, à ce qu'il paraît. Je suis prêt à mettre le prix qu'il faudra»».

Échange pistolet contre brunette

La jeune fille se souvient d'avoir vu des Irakiens, des Syriens mais aussi des étrangers occidentaux dont elle n'a pu déterminer la nationalité, lors de ces marchés aux esclaves. Les plus jolies filles sont réservées aux chefs ou aux clients du Golfe, qui peuvent mettre le prix.

Dans la maison où elle est retenue, «la journée est rythmée par les visites. Des combattants viennent faire leurs emplettes dans le salon de réception. Des marchands jouent les intermédiaires, des émirs inspectent le cheptel avec l'assurance de propriétaires comblés mais attentifs».

«Je t'échange ton pistolet Beretta contre la brunette», lance l'un d'eux. «Si tu préfères payer en cash, c'est 150 $. Tu peux aussi sortir des dinars irakiens».

Persuadés qu'elle ne comprend pas l'arabe, ses deux «maîtres» parlent librement devant elle, dit-elle. Un soir, elle surprend cette conversation :

- «Un homme ne peut pas acquérir plus de trois femmes, sauf s'il est de Syrie, de Turquie ou d'un pays du Golfe», regrette celui qui se fait appeler Abou Omar.

- «C'est pour favoriser le business», répond Abou Anas. «Un acheteur saoudien a des frais de transport et de nourriture qu'un membre de l'État islamique n'a pas. Il a un quota plus élevé pour rentabiliser ses achats. C'est un bon deal : la maison des finances de l'État islamique augmente ses revenus pour soutenir les moudjahidines, et nos frères étrangers trouvent leur épanouissement».

Accompagnée à Paris par son mari, qu'elle a retrouvé après son évasion, Jinan vit aujourd'hui dans un camp de réfugiés yézidis au Kurdistan irakien.

«Si nous revenons chez nous, il y aura d'autres génocides contre nous», soupire-t-elle. «La seule solution serait que nous ayons une région à nous, sous protection internationale».

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