L'EI pourrait éliminer Al-Qaïda

Le chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi (à... (PHOTOS ARCHIVES AP/AFP)

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Le chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi (à gauche) et celui d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Michel MOUTOT
Agence France-Presse
PARIS

La querelle de pouvoirs au sein du mouvement djihadiste mondial entre Al-Qaïda et ce qui est devenu le groupe État islamique (EI), entamée en 2006, menace aujourd'hui l'existence même du réseau fondé par Oussama ben Laden, estiment des experts.

L'organisation créée en Irak par Abou Moussab al-Zarkaoui pour lutter contre l'armée américaine, qui a été reprise par Abou Bakr al-Baghdadi, risque de reléguer Al-Qaïda, dont les chefs vieillissants - au premier rang l'Égyptien Ayman al-Zawahiri, qui a pris les commandes après la mort de ben Laden-manquent de relais sur le terrain, aux poubelles de l'histoire.

L'État islamique est le premier groupe terroriste à contrôler un important territoire, à cheval entre l'Irak et la Syrie.

«L'EI représente pour Al-Qaïda un vrai dilemme», estiment Tobias Feakin et Benedict Wilkinson, de l'Australian Strategic Policy Institute. «L'EI fait sans cesse la une, confisquant l'oxygène de la publicité si vital aux groupes terroristes. Al-Qaïda court le danger non seulement d'être surpassé par un concurrent, mais même de dispararaître complètement. L'ascension fulgurante de l'EI est pour elle une menace existentielle».

En attirant sur les terres du califat des milliers de combattants venus du monde entier, le groupe armé État islamique «est devenu l'organisation de choix pour les aspirants djihadistes», précisent-ils. «En ce sens, Al-Qaïda est battue à son propre jeu, en perdant la main d'oeuvre et les moyens militaires nécessaires à ses ambitions politiques».

Rejoindre dans les confins pakistano-afghans les rangs des fidèles d'Oussama ben Laden était difficile, cher, dangereux. Pour rallier les terres où l'EI a proclamé son «califat», il suffit d'un aller simple pour Istanbul puis d'un billet de bus, que prennent chaque mois des centaines de volontaires.

L'ultra-violence, mise en scène et soigneusement médiatisée par l'EI, si elle révulse les opinions publiques internationales, exerce une force d'attraction sur un certain public et effraie ses ennemis, qui parfois préfèrent la fuite à la perspective d'affronter les légions du groupe.

«En Tunisie et au Koweït, comme auparavant au Yémen ou en Arabie, DAECH (NDLR, acronyme en arabe de l'EI) veut semer la terreur dans les populations visées et s'afficher comme encore plus impitoyable que ses rivaux djihadistes d'Al-Qaïda», explique Jean-Pierre Filiu, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

Défections au profit du «calife»

Au fil des mois, du Nigeria au Pakistan, les défections se multiplient au sein des mouvements djihadistes qui avaient fait allégeance à Oussama ben Laden, au profit du «calife Ibrahim», comme se fait appeler Abou Bakr al-Baghdadi.

Cela a commencé à l'automne dernier, quand des groupes en Égypte, en Libye, en Algérie, au Yémen et en Arabie Saoudite ont rallié le califat, adoptant ses méthodes brutales et ses codes de communication.

En Égypte, le groupe Ansar Beït al-Maqdess est devenu le groupe «province du Sinaï» de l'EI et a revendiqué d'incessantes attaques contre la police et l'armée égyptienne. Mercredi, des dizaines de ses djihadistes ont lancé des attaques coordonnées contre des positions de l'armée, faisant au moins 70 morts, militaires et civils.

En Afghanistan et au Pakistan, seuls des commandants de second rang ont pour l'instant prêté allégeance à l'EI, mais au Nigeria, le puissant groupe Boko Haram s'est rallié en mars, devenant sa «province d'Afrique de l'Ouest». Dernier en date, effectué par le principal groupe de rebelles islamistes en Russie, «l'Émirat du Caucase» a proclamé fin juin son changement d'allégeance.

Les frictions entre les deux groupes, qui avaient commencé il y a presque dix ans par des échanges de lettres entre les chefs d'Al-Qaïda et Abou Moussab al-Zarkaoui -chef à l'époque d'Al-Qaïda en Irak, ancêtre de l'EI, auquel ils reprochaient ses massacres de chiites qu'ils jugeaient néfastes à la cause, ont dégénéré en affrontements.

En Syrie, des combats opposent désormais régulièrement des combattants du Front al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, aux troupes de l'EI, alors qu'en Libye les deux mouvements se battent, par milices interposées, pour le contrôle de territoires.

Et un point de non-retour a été atteint, estiment les experts, quand, le mois dernier, l'EI a publié une vidéo montrant la décapitation de douze membres de groupes rebelles rivaux, dont au moins un dû Front al-Nosra.

Des exécutions auxquelles le groupe Jaich al-islam (Armée de l'islam en arabe), allié d'Al-Nosra, a répliqué en exécutant, sous l'oeil d'une caméra, 18 membres présumés de l'EI.

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