À Calgary, des imams en première ligne contre l'EI

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«Ces gens de l'EI sont tellement puissants, ils tuent des innocents partout sur la planète et je ne serais pas surpris qu'ils nous frappent ici-même», avertit Azfar Ayub Qadri, (à gauche) nouvel imam de la mosquée Al Madinah.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Clément SABOURIN
Agence France-Presse
Calgary

Au pied des montagnes Rocheuses canadiennes, des imams de Calgary sont malgré eux en première ligne contre le groupe État islamique: leur ville a gagné le titre de «capitale du djihad» tant les départs vers le Moyen-Orient sont nombreux.

Face à l'urgence d'endiguer les allers simples vers le «Califat» proclamé à cheval entre la Syrie et l'Irak, les leaders musulmans locaux ont édicté en mars une fatwa condamnant l'EI et ses crimes «horribles et inhumains» contraires à l'islam. C'était une première du genre dans le monde contre l'EI.

«Avec une fatwa contre eux, certains musulmans y réfléchissent à deux fois» avant de céder au chant des sirènes de l'EI, constate Khalil Khan, président du centre islamique Al Madinah de Calgary. «Ils s'interrogent sur leurs projets: est-ce bien ou mal ?», poursuit l'un des 37 signataires du texte.

Depuis la mort en Syrie rapportée en janvier 2014 de Damian Clairmont, jeune Albertain recruté par l'EI, au moins une douzaine d'autres ont quitté cette riche province pétrolière de l'Ouest canadien pour le djihad.

«C'est un manque d'éducation, un manque de connaissance du Coran» qui conduit des croyants à rejoindre ces combattants djihadistes, veut croire Zaheera Tariq, l'une des dirigeantes de la mosquée Al Madinah.

Rassemblés à l'intérieur d'un petit pavillon de banlieue sans charme reconverti en mosquée, Mme Tariq, M. Khan et d'autres dignitaires évoquent l'essor exponentiel des musulmans à Calgary. En 20 ans, leur population y a été multipliée par 4 avec 120 000 personnes et, depuis 2010, Naheed Nenshi est devenu le premier maire de confession musulmane d'une grande ville canadienne.

«La population de musulmans augmente rapidement à Calgary et il fallait une plus grande mosquée», dit Mme Tariq. Autour du petit pavillon qui accueille les fidèles, des bulldozers s'affairent sur un vaste terrain vague, avec en arrière-plan l'aéroport et au loin les Rocheuses. Bientôt, une école islamique pouvant accueillir 800 élèves sortira de terre.

Les candidats au djihad «sont influencés par des gens qui déforment l'islam, qui déforment les propos du prophète. Ils ont besoin de vrais imams», dit Zaheera Tariq, en rappelant l'exemple de Damian Clairmont, premier jihadiste canadien mort en Syrie.

Du pétrole au djihad

De parents acadiens, Clairmont s'était converti à l'islam à l'été de ses 17 ans après une tentative de suicide, raconte à l'AFP sa mère Christianne Boudreau. Trois ans plus tard, il a montré des signes de radicalisation. «Il avait rencontré quelqu'un et avait déménagé en centre-ville», dans une colocation à l'ombre des gratte-ciel des groupes pétroliers, se souvient sa mère.

Il venait d'intégrer une cellule extrémiste dont le leader était sous surveillance des services de renseignement canadiens (SCRS). «Ils étaient une douzaine de jeunes dans ce groupe, fils d'immigrés ou convertis. Ils sont tous partis en Syrie», assure Mme Boudreau en feuilletant une lettre du patron du SCRS l'assurant que ses services ont agi au mieux.

Avec à peine 4 millions d'habitants, l'Alberta ne pèse pas lourd à l'échelle des 35 millions de Canadiens. Pourtant, bon nombre de djihadistes canadiens ont une connexion avec cette province. L'explication est évidente, selon la mère de Damian Clairmont: «En Alberta, c'est simple de faire de l'argent facile» grâce au boom pétrolier.

Dans les champs pétroliers isolés dans la forêt boréale, «vous êtes relativement anonyme, vous habitez dans un camp de travailleurs et vous pouvez accumuler une valise de dollars sur une très courte période», avait reconnu en janvier Rod Knecht, chef de la police d'Edmonton, la capitale d'Alberta qui a également enregistré plusieurs départs de djihadistes.

L'auteur de l'attaque contre le Parlement fédéral d'Ottawa en octobre, Michael Zehaf Bibeau, est lui aussi passé par les sables bitumineux, accumulant un petit pécule dans l'espoir de rejoindre les combattants djihadistes de Libye, avant d'arrêter son choix sur la capitale canadienne.

Et sans avoir reçu de menace spécifique, les auteurs de la fatwa sont désormais sur leurs gardes. «Ces gens de l'EI sont tellement puissants, ils tuent des innocents partout sur la planète et je ne serais pas surpris qu'ils nous frappent ici-même», avertit Azfar Ayub Qadri, nouvel imam de la mosquée Al Madinah.

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