L'EI, «le pire cauchemar de l'Amérique»

Un graffiti représentant le drapeau du groupe armé... (PHOTO NASSER NASSER, ARCHIVES AP)

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Un graffiti représentant le drapeau du groupe armé État islamique avec pour slogan: «Il n'y a qu'un seul dieu et Mahomet est son prophète», est vu sur un mur d'une rue de Ma'an, en banlieue de la capitale jordanienne, Amman, le 28 octobre.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Michel MOUTOT
Agence France-Presse
WASHINGTON

La naissance et l'expansion du groupe armé État islamique en Syrie et en Irak est le pire des scénarios pour les États-Unis, qui doivent se préparer à des années de lutte et potentiellement à un retour du terrorisme sur leur sol, préviennent deux experts et un ancien responsable américain.

«L'EI est la réincarnation du pire cauchemar de l'Amérique» a estimé mardi, au cours d'une conférence à Washington sur «Al-Qaïda et ses héritiers», Bruce Riedel, ancien haut responsable de la CIA, membre du centre de réflexion Brookings. «Cette guerre en Irak dont le peuple des États-Unis, le gouvernement des États-Unis voulaient tellement sortir, eh bien nous y sommes à nouveau mêlés».

«Pire», a-t-il ajouté, «nous reprenons part à un conflit sans savoir comment il va finir. Cette administration (américaine) a sagement omis de préciser un scénario de fin de conflit, parce qu'elle n'en a pas (...). Cette guerre est la réincarnation de l'un des hommes les plus malfaisants de la précédente décennie : le Jordanien Abou Moussab al-Zarkaoui. Il avait fondé Al-Qaïda en Irak en 2003, il représente l'essence de l'EI. C'est comme si nous avions à faire à son zombie, revenu d'entre les morts».

Un avis partagé par John McLaughlin, ancien numéro deux de la CIA, aujourd'hui enseignant à l'Université Johns Hopkins, qui assure que «la bête EI grossit sans cesse. D'après ce que nous savons, les volontaires continuent à la rejoindre. Si, comme certains rapports en font foi, ils arrivent au rythme de mille par mois, cela fait 12 000 sur un an. Donc une force de 30 à 50 000 hommes. De notre côté, nous allons entraîner quelque 5000 hommes pour les combattre en Syrie... Faites le calcul. Nous n'allons pas vers une bonne situation». L'entrée en guerre de l'aviation américaine, aux côtés de l'armée régulière irakienne et des forces kurdes, a permis de mettre un coup d'arrêt à la progression des légions de l'EI dans plusieurs provinces irakiennes, mais cela ne suffira pas à les vaincre, estime-t-il.

«Composante terrestre»

«Ce n'est pas le genre de problème que vous pouvez régler depuis les airs», affirme John McLaughlin. «Cela a permis de les affaiblir, tant qu'il y avait des cibles à bombarder. Mais il y en a de moins en moins. Nous ne parviendrons pas à régler ce problème sans des hommes au sol. Nous allons avoir besoin d'une armée irakienne forte et d'une composante terrestre, d'une forme ou une autre».

Bruce Hoffman, de l'Université Georgetown, peint lui aussi un sombre tableau. «Nous sommes déjà dans le pire des scénarios», dit-il. «Il y a deux ou trois ans, la victoire stratégique sur Al-Qaïda semblait proche. Mais, au cours de l'année écoulée, ils se sont développés. L'État islamique se présente comme le vrai héritier des fondateurs d'Al-Qaïda. La prochaine étape, c'est leur expansion dans la région, dans des zones comme le nord du Liban».

Pour lui, comme pour Bruce Riedel, si rien ne prouve que l'EI a pour l'instant tenté de s'en prendre directement aux États-Unis ou aux pays européens, à part en paroles, ce n'est qu'une question de temps.

«Ces menaces ne sont pas dirigées contre l'Occident, mais elles le seront», prévient Bruce Hoffman. «Déjà des cellules, des groupes terroristes les rejoignent. C'est le même phénomène de franchises qui a facilité l'expansion d'Al-Qaïda. Cela va internationaliser ce mouvement. Leur message aux Occidentaux est : «Combattez-nous, et nous nous aguerrissons et nous renforçons. Ignorez-nous, nous allons croître et nous développer».

«À ce stade», prévient Bruce Riedel, «les services de renseignements n'ont pas la preuve qu'ils préparent une grande attaque terroriste. Mais à un certain moment, ils le feront probablement. Et ils inspirent déjà des loups solitaires en Occident, comme on l'a vu au Canada il y a deux mois».

Plus de 700 combattants kurdes tués

Plus de 700 combattants kurdes ont été tués depuis le début de l'offensive djihadiste en Irak il y a six mois, a annoncé mercredi la région autonome du Kurdistan irakien.

Depuis le 10 juin, au lendemain du début de l'offensive du groupe armé État islamique, 727 peshmergas ont péri et 3564 ont été blessés, a annoncé le gouvernement du Kurdistan dans un communiqué.

Il a précisé que le bilan incluait «les officiers, les sous-officiers, les membres des assayesh (renseignements) et de la police, ainsi que les vétérans peshmergas».

Le gouvernement a ajouté que 34 autres membres des forces de sécurité kurdes étaient portés disparus.

Les peshmergas ont notamment subi de lourdes pertes à Jalawla, une ville à la frontière iranienne qui a changé de mains plusieurs fois.

Le dernier bilan dressé le 8 août s'établissait à 150 peshmergas tués.

Les chiffres n'incluent pas les éventuelles victimes infligées aux renforts kurdes venus de Syrie, Turquie ou Iran, ni celles des peshmergas irakiens envoyés pour défendre la ville syrienne de Kobané.

Mais selon le secrétaire général du ministère des peshmergas, Jabbar Yawar, seuls 11 combattants kurdes irakiens ont été blessés à Kobané et aucun n'a été tué.

Les djihadistes de l'EI se sont emparés en juin de larges pans du territoire irakien, profitant de la débandade des forces fédérales irakiennes, de nombreux soldats et policiers abandonnant tout simplement leurs positions.

À la faveur de ce chaos, les peshmergas ont pris le contrôle de territoires depuis longtemps disputés avec Bagdad, augmentant de facto la taille de leur région de 40 %.

Mais ils ont ensuite été contraints de se retirer d'une partie de ces territoires quand l'EI - qui a fait de Mossoul (nord) son centre névralgique en Irak - a lancé une deuxième offensive en août.

Celle-ci a conduit les djihadistes aux portes de la capitale du Kurdistan irakien, Erbil, poussant le président américain Barack Obama à lancer des frappes aériennes en soutien aux troupes kurdes au sol.

Plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne, la France et l'Australie, ont depuis rejoint cette campagne aérienne. Les peshmergas ont reçu parallèlement des armes et une aide en terme d'entraînement notamment.

Appuyés par les frappes de la coalition, les Kurdes ont participé à la reconquête de plusieurs secteurs, comme le barrage de Mossoul (nord), et sont désormais «en train de passer d'une phase défensive à une phase offensive», a souligné le gouvernement du Kurdistan mercredi.

Les forces fédérales irakiennes auraient, elles, perdu des milliers d'hommes depuis juin.

Les violences ont déplacé plus de deux millions d'habitants cette année, dont 946 266 ont trouvé refuge au Kurdistan, selon un communiqué commun de l'ONU et du gouvernement kurde publié mercredi.

L'accueil de ces déplacés «fait peser une lourde charge sur les services sociaux (...) et les ressources financières» de la région, a affirmé le ministre kurde du Plan, Ali Sindi.

Une querelle avec Bagdad au sujet de la vente par Erbil de pétrole a entraîné des difficultés financières pour le Kurdistan, Bagdad bloquant la part dévolue au gouvernement kurde dans le budget national. Mais début décembre, un accord a finalement été trouvé, ce qui devrait permettre le déblocage de l'argent.

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