EI: «des chasseurs de têtes ratissent les réseaux sociaux»

L'anthropologue Dounia Bouzar photographiée en mars 2003, a fondé... (PHOTO MARTIN BUREAU, AFP)

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L'anthropologue Dounia Bouzar photographiée en mars 2003, a fondé en France le Centre de prévention contre les dérives liées à l'islam.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Entretien avec Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de prévention contre les dérives liées à l'islam, en France.

Comment expliquer la vague de recrutement de jeunes Français qui vont rejoindre les djihadistes en Syrie?

Les techniques de recrutement sont très efficaces. Des rabatteurs, de véritables chasseurs de têtes, ratissent les réseaux sociaux. Ils repèrent rapidement les filles avec un intérêt humanitaire. Ils les attrapent par leur grand coeur. 

C'est différent avec les garçons. C'est un peu comme avec les Brigades rouges, qui donnaient un pseudonyme à leurs recrues et leur faisaient accomplir un acte grave. Une fois qu'ils s'étaient sali les mains, les jeunes ne pouvaient plus faire demi-tour.

L'endoctrinement des djihadistes ressemble aussi un peu à celui d'une secte suicidaire, comme le Temple solaire, avec l'idée de la fin du monde. Mais avec l'internet, la capacité d'attraction de ces mouvements est multipliée par 1000.

Est-ce que les jeunes succombent à l'attrait du djihad parce qu'il n'y a pas d'autres causes sur le marché? Parce qu'il y a un vide?

En fait, il ne s'agit pas vraiment d'une cause. Pour ça, il faudrait que ces jeunes aient tout leur cerveau. Alors qu'ici, on leur fait miroiter un idéal qui leur permettrait de régénérer le monde. Ils sont endoctrinés, dépersonnalisés. Mais il est vrai que les jeunes d'aujourd'hui ne font pas confiance aux partis politiques, ni à quelque autre mouvement visant à lutter contre l'injustice.

Est-ce que la France a ajusté son tir pour composer avec ce phénomène?

Ce qui a changé, c'est le discours par rapport aux filles. On les traite maintenant comme des victimes. Mais le langage est beaucoup plus dur envers les garçons, on dit qu'ils sont des djihadistes, comme si eux n'avaient pas été endoctrinés.

Que doivent faire les parents quand ils sentent que leur enfant leur échappe et glisse vers l'islam radical?

D'abord, il faut nous appeler (rire). Il ne faut surtout pas essayer de les raisonner. Sinon, ils vont croire que vous êtes jaloux d'eux, parce que vous ne connaissez pas la vérité, c'est vraiment le monde à l'envers. Ces enfants souffrent d'un décalage cognitif. Il faut toucher leur inconscient, qui a été broyé. Il faut les reconnecter à leurs émotions, à leurs souvenirs. 

Un jeune père qui est parti en Syrie avec son bébé a résisté pendant longtemps, il se foutait de ses souvenirs. Puis, tout à coup, il s'est reconnecté. Il ne faut jamais perdre espoir.

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