L'EI aux portes de la ville kurde de Kobané

Massés à la frontière syrienne, près de Mursitpinar,... (PHOTO MURAD SEZER, REUTERS)

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Massés à la frontière syrienne, près de Mursitpinar, des Kurdes de Turquie regardent en direction de Kobané où les combats font rage.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Fulya OZERKAN, Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse
MURSITPINAR et BEYROUTH

Les combats faisaient rage vendredi aux portes de la ville syrienne de Kobané défendue par les forces kurdes face à l'assaut du groupe État islamique (EI), la Turquie promettant de faire «tout ce qu'elle peut» pour empêcher sa chute aux mains des djihadistes.

«Nous ne voulons pas que Kobané tombe (...) Nous ferons tout ce que nous pourrons pour que Kobané ne tombe pas», a affirmé le premier ministre turc Ahmet Davutoglu après le feu vert jeudi du Parlement pour une intervention militaire contre l'EI en Syrie comme en Irak.

Si M. Davutoglu a ajouté qu'«aucune décision n'a été prise sur une éventuelle action militaire», la Syrie a jugé vendredi que «la politique déclarée du gouvernement turc représente une véritable agression».

Ankara s'inquiète de la situation dans la troisième ville kurde syrienne, toute proche de la Turquie, où l'offensive lancée il y a plus de deux semaines par l'EI a contraint plus de 186 000 personnes à trouver refuge de l'autre côté de la frontière.

La ville, aussi connue comme Aïn al-Arab, a vécu son bombardement le plus violent depuis le début de l'assaut djihadiste, avec au moins 60 obus de mortier tirés par l'EI, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Une épaisse fumée noire flottait au-dessus de la ville à majorité kurde du Nord syrien, assiégée depuis deux semaines par l'EI, et des tirs d'obus s'y succédaient à intervalles réguliers, a constaté une journaliste de l'AFP depuis la frontière turque, distante de quelques kilomètres.

Malgré l'avancée des djihadistes, aucune intensification des frappes de la coalition dirigée par les États-Unis n'a été notée. Le dernier communiqué du commandement américain fait état de quatre frappes mercredi et jeudi en Syrie dont une près de Kobané, avec l'aide des Émirats arabes unis.

Depuis plusieurs jours, les combattants djihadistes se sont rapprochés par le sud, l'est et l'ouest de Kobané, la troisième ville kurde de Syrie, défendue tant bien que mal par des combattants kurdes inférieurs en nombre et moins bien armés.

Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, «les combats se sont poursuivis toute la nuit et ce matin» sur la ligne de front, située entre deux et moins d'un kilomètre de Kobané (Aïn al-Arab en arabe).

Les Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde) ont détruit deux véhicules blindés de l'EI, a-t-il ajouté.

Idriss Nahsen, un responsable local kurde, a appelé à l'aide internationale «dans cette bataille contre le terrorisme», en réclamant armes et munitions. «Nous défendons Kobané (depuis le 16 septembre). Nous sommes seuls».

«Les Kurdes sont massacrés»

«C'est un massacre commis sous les yeux du monde entier», a dit un témoin des combats, Burhan Atmaca, au poste-frontière turc de Mursitpinar. «Le monde reste silencieux alors que les Kurdes sont massacrés».

Depuis le début de l'assaut, l'EI a pris près de 70 villages aux alentours de Kobané et poussé à la fuite quelque 160 000 habitants kurdes de la région, de peur des terribles exactions de ce groupe djihadiste.

Fort de dizaines de milliers d'hommes recrutés sur place et à l'étranger, l'EI contrôle déjà de vastes régions dans le nord et l'est de la Syrie ravagée par plus de trois ans de guerre civile, et occupe également de larges pans de territoire en Irak voisin.

La prise de Kobané, où il ne resterait que quelques milliers de civils, permettrait à l'EI de contrôler sans discontinuité une longue bande frontalière de la Turquie.

Face à cette menace grandissante à ses frontières avec la Syrie et l'Irak, le Parlement turc a autorisé l'armée à mener des opérations contre l'EI dans ces deux pays au sein de la coalition menée par les États-Unis et à laquelle participent à différents degrés environ 50 pays.

Le texte autorise également le stationnement sur le sol turc de troupes étrangères participantes.

Sydney se joint aux raids en Irak

En Irak, l'Australie est devenue le dernier pays à se joindre aux frappes aériennes contre l'EI, après la France et la Grande-Bretagne. «Aujourd'hui, le gouvernement a autorisé des frappes australiennes à la demande du gouvernement irakien», a déclaré le premier ministre, Tony Abbott.

Le général américain John Allen, qui coordonne la coalition internationale, est arrivé en Irak jeudi et devait se rendre ensuite en Belgique, en Jordanie, en Égypte et en Turquie, quatre pays appuyant le combat anti-djihadiste.

Mais le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a répété que ce combat était «un effort sur la durée, long et difficile».

Dans le cadre de la stratégie annoncée début septembre par le président Barack Obama pour «détruire» l'EI, outre les frappes, les États-Unis cherchent à renforcer l'armée irakienne pour combattre au sol les djihadistes. En Syrie, où Washington juge illégitime le régime de Bachar al-Assad, ils veulent équiper et entraîner la rébellion pour venir à bout de l'EI.

Accusé de crimes contre l'humanité, ce groupe extrémiste sunnite sème la terreur dans le «califat» qu'il a proclamé sur les régions sous son contrôle en Syrie et en Irak, et est responsable de multiples exactions - viols, rapts, exécutions, crucifixions.

Les pays occidentaux craignent de voir ces djihadistes revenir sur leur territoire organiser des attentats, alors que l'EI et Al-Qaïda ont menacé les pays de la coalition de représailles.



Des soldats turcs sont massés le long de... (PHOTO MURAD SEZER, REUTERS) - image 3.0

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Des soldats turcs sont massés le long de la frontière syrienne, près de Mursitpinar, alors qu'une colonne de fumée s'élève de la ville kurde de Kobané, le 3 octobre.

PHOTO MURAD SEZER, REUTERS

Irak: gains dans l'ouest et pertes dans le nord

Le groupe État islamique a pris vendredi le contrôle d'une partie d'une ville à l'ouest de Bagdad, alors que l'armée reprenait aux djihadistes une dizaine de villages au nord de la capitale, a-t-on appris auprès de sources policière et kurde.

Les djihadistes avaient tenté jeudi de prendre d'assaut le quartier général de la police de Hit, un des derniers bastions du gouvernement dans la province occidentale d'Al-Anbar.

Les affrontements avaient fait 20 morts dans les rangs de l'EI et 11 au sein des forces de sécurité dans cette ville située à 150 km à l'ouest de Bagdad.

«Les assaillants sont revenus (vendredi) et ont attaqué plusieurs (autres) secteurs, ils contrôlent maintenant trois quartiers de la ville. Ils ont hissé leur drapeau noir sur plusieurs bâtiments et mis le feu à cinq postes de police», a indiqué un policier.

Les combats, qui se poursuivaient de manière sporadique, ont coûté la vie à douze djihadistes, selon un officier de l'armée.

Selon un autre responsable, les forces pro-gouvernementales contrôlent toujours la majeure partie de Hit, ainsi que les routes menant vers la Syrie au nord-ouest et vers Tikrit à l'est.

Le major général Qassem al-Mahalawi, un responsable militaire de la province, a précisé que des renforts avaient été envoyés à Hit.

Dans la province d'al-Anbar, à majorité sunnite, le gouvernement tient toujours le barrage de Haditha, au nord de Hit, une zone où les avions de la coalition internationale anti-djihadistes, menée par les États-Unis ont frappé l'EI à plusieurs reprises.

Une partie d'Al-Anbar, comme Falloujah, était déjà entre les mains de l'EI avant le début d'une vaste offensive de l'EI en juin au nord de Bagdad.

Les progrès du groupe extrémiste dans la région compliquent le ravitaillement des forces gouvernementales. Selon des responsables militaires, 240 soldats se trouvent notamment piégés dans une base à Albou Aitha, à l'ouest de Bagdad, avec très peu de vivres.

L'EI fait exploser un pont

Ces derniers jours, l'armée a enregistré plusieurs échecs dans cette province, notamment quand les djihadistes ont attaqué des bases militaires près de Falloujah, causant la mort ou la disparition de 155 soldats.

Les forces irakiennes, aidées des peshmergas et des milices chiites, ont cependant repris en 48 h à l'EI neuf villages entre Touz Khourmatou (175 km au nord de Bagdad) et Tikrit (160 km au nord de Bagdad), selon des responsables locaux.

«À 5 h (22 h jeudei, à Montréal), les peshmergas et les forces irakiennes ont attaqué plusieurs zones entre Touz Khourmatou et Tikrit, afin d'atteindre le pont de Zerga», qui enjambe un affluent du Tigre, a annoncé Mullah Karim Shoukour, l'un des responsables de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK).

«Au cours de cette offensive, les forces de l'EI qui se retiraient ont fait exploser le pont, laissant des dizaines de cadavres derrière eux», a-t-il ajouté.

Shallal Abdoul, le maire de Touz Khourmatou, a affirmé à l'AFP que cinq villages avaient été repris jeudi, et quatre de plus vendredi.

La ville de Tikrit, fief de Saddam Hussein, est sous le contrôle de l'EI depuis les premiers jours de leur offensive. L'armée a tenté de la reprendre à plusieurs reprises.

Par ailleurs, des frappes aériennes ont été menées sur des cibles de l'EI au nord de Touz Khourmatou vendredi, selon des sources de sécurité.

Seize djihadistes seraient morts dans ces frappes, selon un responsable de la police de Kirkouk, un chiffre qui n'a pu être vérifié immédiatement.

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