La Tunisie à la veille d'élections cruciales

Des gens passent devant des affiches électorales posées... (PHOTO ZOUBEIR SOUISSI, REUTERS)

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Des gens passent devant des affiches électorales posées sur un mur de Kasserine, le 23 octobre.

PHOTO ZOUBEIR SOUISSI, REUTERS

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La Tunisie après Ben Ali
La Tunisie après Ben Ali

Notre dossier sur la crise politique et sociale en Tunisie. »

Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
TUNIS

Les premières législatives dimanche en Tunisie depuis la révolution sont un «espoir» pour le monde arabe, a déclaré samedi le premier ministre Mehdi Jomaa, ce voulant optimiste malgré la menace djihadiste pesant sur ce scrutin crucial pour le pays.

«Nous savons que cette expérience est visée [par des groupes extrémistes] parce qu'elle est unique dans la région, elle est porteuse d'espoir», a-t-il déclaré à l'AFP lors d'une inspection des forces de sécurité et de la logistique électorale dans le nord-est de la Tunisie.

La transition démocratique de la Tunisie depuis la révolution de 2011 «c'est le contre-projet de ces gens-là, de ces groupes-là, donc ils savent que la réussite de cette expérience est une menace pour eux, non seulement en Tunisie mais dans la région», a-t-il ajouté, alors que l'essentiel des pays du printemps arabe sont plongés dans le chaos ou la répression.

Vendredi, après un siège de plus de 24 heures, les forces tunisiennes ont tué dans une maison de la banlieue de Tunis six membres présumés d'un groupe armé, dont cinq femmes.

«J'appelle tous les Tunisiens à voter massivement car c'est un jour très important pour l'histoire politique de la Tunisie, et à ne pas avoir peur des menaces car les terroristes ont cet objectif d'empêcher les élections, la création d'une démocratie, d'un État de droit», a martelé samedi le ministre de la Défense, Ghazi Jeribi.

Depuis la révolution, la Tunisie a assisté à l'essor de groupes djihadistes, responsables d'attaques ayant tué des dizaines de membres des forces. Quelque 80 000 policiers et militaires doivent dès lors être déployés pour le scrutin.

La campagne pour les législatives, qui seront suivies le 23 novembre d'une présidentielle, a été dans l'ensemble morose - les espoirs révolutionnaires de nombreux Tunisiens ayant été déçus - mais pacifique.

Samedi et dimanche, les partis sont tenus au silence, si bien que leurs dernières réunions de campagne se sont déroulées vendredi soir.

Selon les analystes, deux partis partent favoris: les islamistes d'Ennahda, au pouvoir de début 2012 à début 2014, et leurs principaux détracteurs de Nidaa Tounès, une formation hétéroclite rassemblant aussi bien des anciens opposants au dictateur déchu de Zine El Abidine Ben Ali que des caciques de son régime.

Près de 5,3 millions d'électeurs sont convoqués aux urnes dans 33 circonscriptions afin d'élire à la proportionnelle 217 députés parmi les quelque 1300 listes candidates. Les Tunisiens de l'étranger votent pour leur part depuis vendredi dans leurs pays respectifs.

«L'heure de vérité»

«Ce qui est important», «c'est de [...] voir les dernières [mesures] mises en place pour la sécurité, les préparatifs pour la grande journée, l'heure de vérité», a déclaré à l'AFP Chafik Sarsar, qui dirige l'instance chargée d'organiser les élections (ISIE).

L'ISIE a précisé qu'elle ne serait probablement pas en mesure d'annoncer les résultats dans la nuit de dimanche à lundi, alors qu'elle a jusqu'au 30 octobre pour faire état de la composition du nouveau Parlement. Les partis en lice peuvent néanmoins publier plus tôt des résultats de leur décompte des voix, le dépouillement étant public.

Le mode de scrutin - la proportionnelle au plus fort reste - favorisant les petites formations, les principales forces politiques ont d'ores et déjà souligné qu'aucun parti ne sera à même de gouverner seul.

«Je crois que le Parlement sera fragmenté», reconnaît Mohsen Marzouk, un des dirigeants de Nidaa Tounès qui prévoit qu'Ennahda et son parti se partagent quelque 150 sièges, les autres revenant à une kyrielle de petites formations avec lesquelles des négociations pour former une coalition de gouvernement devront avoir lieu.

Reste aussi l'inconnu de la participation, nombre de Tunisiens se disant désabusés par les batailles politiciennes qui ont retardé de deux ans ces élections.

Ennahda, qui a dû quitter le pouvoir début 2014 à l'issue d'une année 2013 marquée par une crise politique, l'assassinat de deux de ses opposants et des attaques djihadistes, a assuré vouloir former un cabinet consensuel, se disant même prêt à une alliance de circonstance avec Nidaa Tounès.

Le grand parti séculier, qui fait campagne en se posant en unique alternative à Ennahda, régulièrement qualifié de groupe obscurantiste et antidémocratique, prévoit aussi en cas de victoire de former une coalition et n'a pas entièrement fermé la porte à une collaboration avec les islamistes.

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