L'armée tunisienne essuie la pire attaque de son histoire

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Le porte-parole du ministère de la Défense, Lamjed Hamami, s'adresse à la presse, à Tunis, le 17 juillet.

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La Tunisie après Ben Ali
La Tunisie après Ben Ali

Notre dossier sur la crise politique et sociale en Tunisie. »

Kaouther LARBI
Agence France-Presse
TUNIS

Quatorze soldats tunisiens ont été tués dans une attaque «terroriste» près de la frontière avec l'Algérie, la pire de l'histoire de l'armée, que les autorités ont attribuée à des djihadistes voulant empêcher la transition de la Tunisie vers la démocratie.

Ces violences sur le mont Chaambi, une région montagneuse du centre-ouest de la Tunisie où l'armée tente de neutraliser depuis un an et demi un groupe accusé de liens avec Al-Qaïda, interviennent alors que des élections sont prévues dans trois mois pour doter le pays d'institutions pérennes, plus de trois ans après la révolution.

Selon le ministère de la Défense, entre 40 et 60 «terroristes» armés de mitrailleuses, de grenades et de lance-roquettes ont ouvert le feu mercredi soir, à l'heure de la rupture du jeûne du ramadan, sur des soldats dans la région de Henchir El-Talla.

Les deux attaques simultanées «nous ont coûté 14 martyrs. Cinq (ont été tués) par balle, neuf ont été brûlés. Le feu s'est déclaré dans la tente dans laquelle ils se trouvaient» suite à des tirs de RPG et de grenades, a dit à la presse Souheil Chmengui, le responsable des opérations terrestres de l'armée, ajoutant que 18 soldats avaient été blessés.

Un deuil national de trois jours a été proclamé suite à cette attaque, la plus meurtrière de l'histoire de l'armée tunisienne.

Un militaire est également porté disparu et l'un des assaillants, un Tunisien, a été abattu.

«Ce crime ne restera pas impuni», a promis le premier ministre Mehdi Jomaa jeudi soir, en insistant sur la dimension «régionale» du phénomène et en reconnaissant un «changement qualitatif» dans l'organisation de ces groupes utilisant désormais «des armes lourdes».

«C'est une guerre globale qui va durer, il va falloir du souffle [...] et accepter les sacrifices», a-t-il ajouté.

À l'appel des principaux partis de l'opposition dont Nidaa Tounes, des centaines de manifestants se sont rassemblés à 21 h GMT au centre de Tunis pour dénoncer ces attaques «terroristes» scandant des slogans anti-Ennahda, le parti islamiste majoritaire à l'Assemblée nationale constituante.

Mercenaires étrangers

Selon le ministre de la Défense Ghazi Jeribi, «la majorité des terroristes se sont infiltrés de l'extérieur de Chaambi, probablement de l'extérieur des frontières», à savoir de l'Algérie.

Parmi eux se trouvent des Tunisiens, des Algériens et des «mercenaires étrangers», a-t-il dit, en précisant que la Tunisie et l'Algérie coopéraient pour traquer les assaillants.

Malgré des bombardements à répétition à Chaambi, déclaré «zone militaire fermée», le groupe qui a miné le massif montagneux pour ralentir l'avancée des troupes n'a pas été neutralisé.

M. Jeribi a défendu l'action des forces armées, estimant que le mont était «sous contrôle» depuis une opération de l'armée lancée en avril, mais que «cela n'empêche pas les infiltrations [...], qu'il est très difficile d'empêcher».

Le président Moncef Marzouki a de son côté affirmé que ces groupes armés voulaient empêcher la Tunisie de «construire la démocratie» et d'«être une exception dans le monde arabe».

Mais «nous irons aux élections, nous construirons nos institutions et nous poursuivrons notre mode de vie, qui concilie modernité et authenticité», a-t-il assuré.

Les Tunisiens sont appelés aux urnes le 26 octobre pour les législatives et le 23 novembre pour la présidentielle.

Essor djihadiste

Le pays fait face depuis la révolution qui a renversé le régime autoritaire de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011 à un essor de la mouvance djihadiste.

Il y a presque un an jour pour jour, le 29 juillet 2013, huit militaires avaient été sauvagement tués, dont certains égorgés, dans une embuscade, également pendant le ramadan et dans la même région.

Cette attaque avait eu lieu quelques jours après l'assassinat du député de gauche Mohamed Brahmi à Tunis.

Ces violences avaient signé le début d'une crise politique de plusieurs mois qui ne s'est apaisée qu'en janvier 2014 avec l'adoption d'une Constitution puis le départ du gouvernement mené par les islamistes d'Ennahda, remplacé par une équipe de technocrates.

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a récemment revendiqué pour la première fois des attaques en Tunisie, notamment un assaut fin mai contre le domicile du ministre de l'Intérieur.

Depuis le début de l'année, le pouvoir se veut cependant rassurant, soulignant avoir obtenu des succès en tuant notamment certains des principaux suspects des assassinats en 2013 des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Les autorités reconnaissent toutefois que cette lutte va «prendre du temps». Et en comptant les 14 soldats tués mercredi, une cinquantaine de militaires, policiers et gendarmes ont été tués dans des attaques impliquant des groupes armés depuis 2011.




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