Washington rejette le compromis de Pékin sur la Corée du Nord

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L'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley a mené un point de presse mercredi aux côtés de ses homologues japonais (Koro Bessho, à gauche) et sud-coréen (Cho Tae-yul).

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Carole LANDRY
Agence France-Presse
New York

Les États-Unis ont rejeté un compromis proposé par la Chine pour reprendre des discussions internationales avec la Corée du Nord, accusant Pyongyang qui vient d'effectuer de nouveaux tirs de missiles d'avoir un comportement irrationnel.

Pékin, principal allié et protecteur du régime nord-coréen, a proposé que le Nord suspende son programme nucléaire en échange de l'arrêt des manoeuvres militaires lancées par les États-Unis en Corée du Sud, afin d'éviter «une collision» entre les deux Corées.

Mais la Corée du Nord et son dirigeant Kim Jong-Un ont un comportement irrationnel, incompatible avec la diplomatie, ont fait valoir l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley et le département d'État. Pour Mme Haley, Kim Jong-Un est une «personne qui n'agit pas rationnellement, qui ne pense pas clairement»: «Si c'était n'importe quel autre pays, nous en discuterions et ce ne serait pas un problème».

«Le comportement de la Corée du Nord n'est pas rationnel», a insisté le porte-parole de la diplomatie américaine Mark Toner.

Mme Haley s'exprimait après une réunion à huis clos du Conseil de sécurité pour discuter d'éventuelles mesures contre la Corée du Nord, qui a procédé lundi à de nouveaux tirs de missiles balistiques.

La proposition chinoise vise à «ramener les parties à la table des négociations», a expliqué le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, en allusion aux pourparlers à Six (Corées, Japon, Russie, Chine et États-Unis) interrompus depuis des années.

«Menace»

Mais si le département d'État a affirmé «rester ouvert au dialogue», il a aussitôt douché l'enthousiasme: «Ce ne serait pas un échange équitable pour nous de suspendre nos manoeuvres militaires totalement justifiées face à la menace de la Corée du Nord pour la Péninsule».

Pyongyang avait proposé en janvier 2015 de suspendre temporairement ses essais nucléaires si les États-Unis annulaient leurs manoeuvres prévues chaque année en Corée du Sud, mais Washington et Séoul avaient refusé.

Le régime communiste a tiré lundi au moins quatre missiles balistiques à portée intermédiaire en direction du Japon, de son propre aveu pour s'entraîner à frapper les bases américaines installées sur l'archipel nippon.

Désireuse de «réévaluer la manière de procéder avec la Corée du Nord», Mme Haley a affirmé que «toutes les options étaient sur la table», sans exclure la reprise de discussions.

«À charge pour la Corée du Nord de prendre des mesures significatives vers la dénucléarisation et d'éviter les provocations», a souligné M. Toner.

Les autres grandes puissances ont aussi jugé que Pyongyang devait faire preuve de bonne volonté.

Ces manoeuvres ne sont «pas une menace pour la paix et la sécurité dans le monde», a fait valoir l'ambassadeur britannique Matthew Rycroft, son homologue français François Delattre estimant que «la Corée du Nord (devait) montrer par des gestes concrets et sincères qu'elle est prête à renouer le dialogue».

L'ambassadeur de Chine à l'ONU, Liu Jieyi, a insisté sur la nécessité de «réduire les tensions». Pékin s'inquiète du déploiement par les États-Unis cette semaine d'un bouclier antimissile en Corée du Sud.

Sanctions contournées 

Mardi, les États-Unis avaient soumis un texte au Conseil de sécurité condamnant les tirs, une manière pour Washington de tester la réaction de Pékin. Le texte avait finalement été adopté à l'unanimité des 15 pays du Conseil.

Le régime nord-coréen a «catégoriquement rejeté» la condamnation de l'ONU, selon son ministère des Affaires étrangères, qui accuse les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes de l'avoir poussé à prendre «les mesures les plus dures».

Le Conseil de sécurité a déjà imposé six séries de sanctions au régime communiste, qui a néanmoins procédé à deux essais nucléaires en 2016 et plusieurs tirs de missiles balistiques.

En outre, selon un rapport de l'ONU publié fin février, la Corée du Nord contourne les sanctions les plus dures en utilisant des intermédiaires ou des sociétés écrans pour continuer à commercer notamment avec la Malaisie et la Chine.

Dans le cadre des sanctions existantes, la Chine a annoncé le mois dernier qu'elle cessait complètement ses importations de charbon nord-coréen, privant Pyongyang d'une manne financière.

Après les tirs, le président américain Donald Trump avait réitéré «l'engagement à toute épreuve» des États-Unis pour la sécurité du Japon et de la Corée du Sud. Son chef de la diplomatie Rex Tillerson est attendu du 15 au 19 mars au Japon, en Corée du Sud et en Chine.

La France a pour sa part indiqué qu'elle discutait de nouvelles mesures contre Pyongyang dans le cadre de l'Union européenne en vue de combler les lacunes des sanctions de l'ONU.




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