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Sexo-sélection: une technologue risque des sanctions disciplinaires

Alerté par un reportage de La Presse, l'Ordre des technologues en imagerie... (Photo archives La Presse)

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La guerre mondiale aux fillettes
La guerre mondiale aux fillettes

Selon les Nations unies, 200 millions de filles manquent aujourd'hui à l'appel dans le monde. En Chine et dans le nord de l'Inde, près de 120 garçons naissent pour 100 filles. Sans ces deux géants asiatiques, la planète serait majoritairement féminine. Les deux pays éliminent à eux seuls plus de fillettes et de foetus féminins que le nombre de filles qui naissent chaque année dans tous les États-Unis. »

Isabelle Hachey

Alerté par un reportage de La Presse, l'Ordre des technologues en imagerie médicale du Québec enquêtera sur l'une de ses membres, prête à révéler le sexe d'un foetus de 12 semaines sans exiger la moindre ordonnance médicale.

«Aucun de nos membres n'est autorisé à faire une échographie sans ordonnance. C'est illégal», tranche la présidente de l'Ordre, Danielle Boué.

Dans le cadre d'un reportage sur la sélection prénatale en fonction du sexe, La Presse a visité incognito quelques cliniques d'échographie privées de la région de Montréal. Notre collaboratrice, une jeune femme d'origine chinoise, prétendait être enceinte de 12 semaines et vouloir s'assurer de porter un garçon.

L'objectif: vérifier s'il était possible d'obtenir une échographie dans le seul but de déterminer le sexe du foetus à un stade précoce de la grossesse, quand il est encore facile de l'interrompre.

«À cet âge-là, oui, on peut avoir une idée du sexe», avait dit Brigitte Mary, copropriétaire de la clinique privée Expertise Échos de Brossard. «C'est possible, mais on n'est pas à 100%. On est à 70%.»

Mme Mary avait ensuite offert à notre collaboratrice de «fermer la télévision» afin de lui éviter de voir le foetus, au cas où elle choisirait de se faire avorter.

Contactée par La Presse après la visite incognito, Mme Mary a d'abord soutenu qu'elle ne faisait aucune échographie sans ordonnance. Confrontée aux faits, elle a ensuite affirmé qu'elle recevait parfois des «femmes inquiètes», sans ordonnance. «On rejoint quand même toujours leur médecin après coup.» Et si la patiente n'a pas de médecin? «J'en trouve un.»

Selon le résultat de l'enquête, Mme Mary risque des sanctions disciplinaires.

Un problème éthique

Le site web d'Expertise Échos prévient qu'«aucun diagnostic ne sera remis à la patiente».

Déterminer le sexe d'un foetus n'est peut-être pas un diagnostic médical au sens strict, estime le syndic de l'Ordre, Yves Morel. «Mais dans ce cas particulier, le but de cette identification était de procéder ou non à l'interruption de la grossesse. Pour nous, cela soulève un gros problème éthique.»

Par ailleurs, un foetus de 12 semaines est trop petit pour qu'on en détermine correctement le sexe, prévient M. Morel. «Je serais incapable de dormir si j'envoyais une patiente chez elle avec une opinion qui risque à 30% d'être erronée. C'est un terrain sur lequel il vaut mieux ne pas s'aventurer.»

L'Ordre s'inquiète par ailleurs de l'avortement sélectif des foetus féminins, surtout pratiqué en Chine et dans le nord de l'Inde, mais aussi, de façon plus marginale et souterraine, chez certains immigrants au Canada.

«Il y aura peut-être lieu, dans nos colloques et nos revues internes, de mettre en garde nos professionnels, dit M. Morel. Identifier le sexe d'un bébé devrait être un événement heureux. On ne veut pas être impliqués dans une telle démarche.»

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