Un comité de l'ONU appelle à libérer Julian Assange

Apparaissant lors d'une vidéoconférence à Londres, le fondateur... (PHOTO NEIL HAL, REUTERS)

Agrandir

Apparaissant lors d'une vidéoconférence à Londres, le fondateur de WikiLeaks a déclaré: «il revient maintenant à la Suède et au Royaume-Uni d'appliquer le verdict» du comité, qui est selon lui «une décision majeure».

PHOTO NEIL HAL, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Fuites de WikiLeaks
Fuites de WikiLeaks

Consultez notre dossier sur la publication de 250 000 câbles diplomatiques américains par WikiLeaks. »

James PHEBY, MAUREEN COFFLARD
Agence France-Presse
LONDRES

Un comité de l'ONU a appelé vendredi à mettre fin à la «détention arbitraire» du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, confiné depuis plus de trois ans dans l'ambassade d'Équateur à Londres.

Julian Assange a appelé vendredi le Royaume-Uni et la Suède à le laisser libre, après plus de trois ans de confinement dans l'ambassade d'Équateur à Londres, conforté par la décision d'un comité de l'ONU immédiatement rejetée par Londres et Stockholm.

«Il revient maintenant à la Suède et au Royaume-Uni d'appliquer le verdict» du comité, a déclaré le fondateur de WikiLeaks.

M. Assange est apparu sur un écran géant lors d'une conférence de presse organisée par ses avocats, le teint pâle, en cravate, barbichette et cheveux blancs.

Il a salué «une victoire significative qui m'a fait sourire» et affirmé que la décision de l'ONU était «légalement contraignante».



Un comité de l'ONU a appelé à mettre fin à sa «détention arbitraire», mais les gouvernements britannique et suédois ont immédiatement rejeté l'avis de ce comité, Londres laissant ainsi entendre qu'il serait arrêté s'il mettait un pied hors de l'ambassade.

Julian Assange a été «arbitrairement détenu par la Suède et le Royaume-Uni depuis son arrestation à Londres le 7 décembre 2010», a estimé le groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire, dans des conclusions publiées vendredi à Genève.

Le comité appelle «les autorités suédoises et britanniques» à «mettre fin à sa détention» et à respecter le droit du fondateur de WikiLeaks à être «indemnisé».

Ces dernières ont répliqué que cette décision ne changeait rien, ouvrant le débat sur son caractère contraignant ou pas.

«Cela ne change rien. Nous rejetons catégoriquement l'affirmation selon laquelle Julian Assange est victime d'une détention arbitraire», a dit un porte-parole du gouvernement britannique. «Le Royaume-Uni a déjà dit clairement aux Nations unies qu'il contesterait formellement l'opinion de ce groupe de travail», a-t-il ajouté dans un communiqué.

Considérant que l'Australien, accusé de viol par une Suédoise, est un «fugitif vis-à-vis de la justice», le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, a carrément jugé «ridicule» l'avis de l'ONU.

«Décision indirectement contraignante»

Même réaction à Stockholm : «Le gouvernement n'est pas d'accord» avec ce comité, a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

Un porte-parole de l'ONU a tempéré : «la décision en elle-même n'est pas contraignante, mais elle l'est de façon indirecte», a expliqué à l'AFP Xabier Celaya.

Les États «n'ont pas d'obligations à l'égard du groupe de travail, mais ils en ont à l'égard des conventions (...) ils sont liés par leurs propres lois et leurs engagements (...) c'est pourquoi la décision est indirectement contraignante», a-t-il souligné.

Un avocat suédois d'Assange, Thomas Olsson, interrogé par l'AFP, a fait valoir que «si la Suède attend des autres pays qu'ils suivent les recommandations de l'ONU, alors elle doit elle-même respecter ces décisions».

«Nous pouvons demander au parquet de réviser le mandat d'arrêt, mais nous allons d'abord leur laisser une chance de montrer qu'ils respectent la décision des Nations unies», a-t-il souligné.

«Il doit sortir et affronter la justice»

En attendant que la situation s'éclaircisse, M. Assange s'est gardé de sortir de l'ambassade, devant laquelle des dizaines de journalistes avaient pris position tôt le matin dans l'espoir de le voir apparaître, les objectifs braqués sur un balcon vide.

En milieu de matinée, un car de police s'est posté devant le bâtiment, dans le quartier chic de Knightsbridge.

Parmi la petite vingtaine de personnes venues soutenir Assange, Elsa pressait le gouvernement de le libérer «pour raisons humanitaires». «Il n'y a pas de démocratie s'ils arrêtent Assange», a-t-elle dit à l'AFP.

«C'est un parasite, il doit sortir et affronter la justice», pestait pour sa part un analyste financier, John Holden

«Sunshine4Julian»

Dans l'espoir de le voir apparaitre, des dizaines de journalistes avaient pris position tôt le matin devant l'ambassade équatorienne, dans le quartier chic de Knightsbridge. En milieu de matinée, un car de police s'est posté devant le bâtiment.

Le groupe de piratage informatique Anonymous a relayé sur les réseaux sociaux un appel à se rassembler à 13 h GMT (8 h à Montréal) devant l'ambassade pour appeler à la libération du militant, avec le mot-clic #Sunshine4Julian (du soleil pour Julian).

#arbitrarilydetained est aussi apparu sur les réseaux sociaux, ouvrant la voie à toute une série de plaintes plus ou moins sérieuses.

L'Équateur, qui a accordé l'asile politique à Assange en août 2012, lui a garanti la poursuite d'un soutien sans faille.

Personnage controversé, défenseur héroïque des libertés pour ses partisans, égocentrique en mal d'attention pour ses détracteurs, Julian Assange nie le viol dont on l'accuse.

Les magistrats suédois ont lancé contre lui un mandat d'arrêt européen et souhaitent l'entendre à l'ambassade d'Équateur.

Assange refuse en effet de se rendre en Suède de peur d'être extradé vers les États-Unis, où il pourrait se voir reprocher la publication par WikiLeaks, en 2010, de 500 000 documents classés secrets de défense sur l'Irak et l'Afghanistan et 250 000 communications diplomatiques.

La principale source des documents publiés, le soldat américain Bradley Manning (devenu Chelsea), a été condamné à 35 ans de prison pour espionnage.

ASSANGE EN CHIFFRES

1326 : Le nombre de jours passés par Assange dans l'ambassade d'Équateur, un immeuble en briques rouges du quartier huppé de Knightsbridge, dans le centre de Londres, près du grand magasin Harrods.

Assange est entré dans l'ambassade le 19 juin 2012, après avoir épuisé les recours contre son extradition en Suède sous l'accusation de viol.

«Je confirme que je suis arrivé aujourd'hui à l'ambassade équatorienne pour y trouver un sanctuaire diplomatique et  l'asile politique», a-t-il dit ce jour-là.

8,5 millions: Le nombre de documents publiés par WikiLeaks, selon l'organisation fondée par le pirate informatique Assange en 2006.

Le groupe s'est rendu célèbre en publiant en avril 2010 une vidéo montrant un hélicoptère américain qui tirait contre des civils, dont deux journalistes de l'agence Reuters en Irak.

77 000 documents confidentiels américains sur l'Afghanistan sont mis en ligne en juillet, suivis par 400 000 autres sur l'Irak en octobre.

Le mois suivant, le site frappe son grand coup en commençant à publier plus de 250 000 câbles diplomatiques de 274 ambassades américaines.

18 mètres carrés: La surface de la pièce au premier étage de l'ambassade équatorienne où réside Assange.

Elle comprend un lit, un ordinateur, une lampe à bronzer et un tapis de course. L'ambassade a un petit balcon qu'Assange utilise très rarement, craignant pour sa sécurité.

35 ans: le nombre d'années de prison, auxquelles a été condamné le soldat et analyste américain Bradley Manning, principale source des documents classés secrets sur l'Irak et l'Afghanistan et des câbles diplomatiques.

Manning a été condamné en août 2013 pour espionnage. Devenu entre-temps Chelsea, il est interné dans une prison militaire au Kansas.

14 millions de livres sterling (28 millions de dollars): La somme dépensée dans les rondes 24 h/24 de la police britannique autour de l'ambassade, selon WikiLeaks, qui a créé un site spécial pour afficher le décompte.

La surveillance a été réduite en octobre et les policiers en uniforme postés pour appréhender Assange s'il tentait une sortie ont disparu au profit d'une surveillance plus discrète.

2:  Le nombre de films réalisés sur Wikileaks - We Steal Secrets: The Story of WikiLeaks (Nous volons des secrets: l'histoire de WikiLeaks), d'Alex Gibney, et The Fifth Estate (Le cinquième pouvoir), de Bill Condon, dans lequel  Benedict Cumberbatch incarne Assange.

Cumberbatch a dit d'Assange: «Quoi qu'on en dise, il nous a rendu un énorme service, il nous a sortis de notre passivité de zombie dans notre façon d'aborder l'information».

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer