Les autorités militaires n'avaient pas tenu compte de ces expertises, ont ajouté ces témoins au deuxième jour d'une audience préliminaire prévue pour durer jusqu'à dimanche.
Le soldat américain de 24 ans, accusé d'avoir livré des milliers de documents secrets au site internet WikiLeaks lorsqu'il était analyste du renseignement en Irak, comparaît sur la base militaire de Fort Meade, au Maryland, et doit témoigner directement pour la première fois, probablement jeudi.
Sa défense réclame l'abandon de toutes les charges, arguant que ses conditions d'emprisonnement pendant neuf mois à la prison militaire de Quantico, près de Washington, constituent une «punition illégale préventive», proscrite par le code militaire.
Deux psychiatres avaient exhorté la hiérarchie militaire à assouplir ce régime de détention en raison de l'absence de risque de suicide, mais les autorités de la prison avaient ignoré ses recommandations, a admis le colonel Robert Oltman, un ancien commandant de la base interrogé par la défense.
L'avocat de Manning, David Coombs, s'est attaché à pointer le haut responsable du Pentagone, le général trois étoiles George Flynn pour son obstination à rester sourd aux expertises médicales.
Le capitaine William Hoctor, psychiatre de la Marine affecté à Quantico, puis le colonel de l'armée de terre Rick Malone, responsable de l'hôpital militaire Walter Reed, n'étaient pas d'accord avec ces conditions de surveillance maximale et l'avaient dit à la hiérarchie militaire, a reconnu le colonel Oltman.
L'avis du capitaine Hoctor n'était qu'un «seul point de vue» et il fallait tenir compte d'autres facteurs, a-t-il déclaré. «Je n'allais pas prendre une décision uniquement avec son avis», a ajouté le colonel Oltman, «il n'était pas le plus crédible selon moi», «le docteur Malone était un peu meilleur».
En outre, Manning s'était «amusé», selon la défense, à dire qu'il allait se suicider avec l'élastique de ses sous-vêtements ou ses tongues.
L'officier a admis que le régime de Prevention of Injury (POI), réservé aux détenus suicidaires et imposé à Bradley Manning, «était le seul moyen de s'assurer» que le prisonnier ne «pourrait ni se faire du mal ni s'enfuir».
Appelé à son tour à la barre, le docteur Hoctor, affichant 21 ans d'expérience, a déploré que «personne n'ait prêté attention» à ses recommandations.
Après avoir brièvement pensé que le détenu présentait un risque de suicide, à son arrivée en juillet 2010, le psychiatre a jugé que Manning «n'agissait pas comme quelqu'un qui allait se faire du mal». Il est même arrivé qu'il danse dans sa cellule, «un comportement normal pour un être humain» qui reste tout le temps enfermé.
Le médecin, qui rencontrait le patient pendant une heure, au moins une fois par semaine, et interrogeait les gardiens et d'anciens thérapeutes pour mieux estimer son diagnostic, estimait que l'isolement auquel il était soumis ne ferait «par nature» qu'aggraver son état mental.
«Je pensais que c'était important de faire cette recommandation, mais rien ne se passait», a-t-il déploré.
Le soldat encourt la perpétuité pour avoir téléchargé depuis les ordinateurs du gouvernement puis transmis à WikiLeaks, entre novembre 2009 et mai 2010, des documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan, et 260.000 dépêches du département d'État, déclenchant une tempête dans la diplomatie mondiale. Le procès en Cour martiale doit débuter le 4 février.