La famille Brown peut encore miser sur la justice fédérale

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Les parents de Michael Brown, Michael Brown senior et Lesley McSpadden.

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La mort de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans abattu par un policier blanc, a plongé cette banlieue de St. Louis au Missouri, dont la population est à forte majorité afro-américaine, dans une crise raciale et sociale sans précédent. »

Chantal VALERY
Agence France-Presse
Washington

Depuis l'abandon des poursuites au niveau local, les espoirs de la famille de Michael Brown et de tous ceux qui réclamaient l'inculpation du policier blanc qui l'a abattu reposent désormais sur la justice fédérale, qui mène sa propre enquête sur le drame.

Alors que dans les rues en feu de cette banlieue de St-Louis les manifestants laissaient éclater leur colère, après la décision d'un jury populaire du Missouri de ne pas inculper le policier Darren Wilson, le ministre de la Justice Eric Holder a d'emblée prévenu que l'enquête fédérale n'était pas terminée et qu'elle se poursuivait de manière autonome.

Tentant de calmer le sentiment d'injustice suscité par l'annonce lundi soir du procureur de comté, le ministre américain a insisté: «l'enquête fédérale est indépendante de l'enquête locale depuis le début, et elle le restera». Il a également appelé à se garder de tirer des «conclusions hâtives».

Les autorités judiciaires américaines ont délibérément placé leurs investigations sur le terrain des droit civiques, s'agissant de la mort d'un jeune Noir, tué en plein jour par un policier blanc, alors qu'il n'était pas armé.

Quand Michael Brown, 18 ans, a été abattu de six balles le 9 août en pleine rue, 20 minutes après avoir visiblement volé un paquet de cigarillos, de graves émeutes raciales ont secoué Ferguson. Venu immédiatement après pour rassurer une communauté noire blessée, Eric Holder avait alors dit comprendre, en tant qu'«homme noir», «la méfiance et la suspicion mutuelle» régnant entre policiers et Afro-Américains.

Son ministère avait rapidement ouvert une enquête sur une possible violation des droits civiques par le policier Darren Wilson, ainsi qu'une enquête plus large sur d'éventuels comportements inconstitutionnels au sein de la police municipale de Ferguson.

Aussitôt après l'abandon de toute poursuite locale, le président Barack Obama lui aussi a reconnu «que la situation à Ferguson renvoie à des défis plus importants auxquels notre pays est toujours confronté», en évoquant «l'héritage de la discrimination raciale».

Mais plus de trois mois après les faits, l'administration Obama n'a toujours rien annoncé et des fuites dans les médias suggèrent qu'aucune poursuite fédérale ne sera non plus intentée contre le policier.

«Tous les éléments d'enquête ont été immédiatement partagés» entre les autorités locales et fédérales et ils n'ont pas permis d'établir de «raison suffisante» pour inculper Darren Wilson, a insisté le procureur Robert McCulloch. Eric Holder l'a reconnu, embarrassé, alors que le ministre, qui a fait des droits civiques son cheval de bataille, quitte bientôt ses fonctions.

Marge de manoeuvre étroite 

Dans la foulée de la famille Brown «profondément déçue» que le tueur de son enfant ne réponde pas de ses actes, les organisations de défense des droits ont, d'une seule voix, appelé les autorités fédérales à réagir.

«Le refus de tenir un procès public pour Darren Wilson est vu comme un échec moral et le reflet d'un système judiciaire partial qui déshumanise et dévalue la vie des jeunes Noirs», a estimé le réseau PICO de congrégations religieuses, en exhortant le ministère de la Justice à inculper le policier pour violation des droits du lycéen noir.

«Nous appelons le département américain de la Justice (DoJ) à avancer rapidement dans son enquête sur la mort de Michael Brown et sur les services de police de Ferguson et à peser de son autorité considérable pour aider à mettre fin aux violences policières au niveau national», a déclaré Sherrilyn Ifill, présidente du NAACP Legal Defense and Educational Fund.

«Il est temps que le DoJ finisse par s'occuper des contrôles au faciès institués et pratiqués dans la police», a également souligné la puissante Union américaine de défense des libertés ACLU.

Mais la marge de manoeuvre des autorités fédérales est étroite.

«Il faudra montrer que le policier a fait un usage excessif de la force et cela prendra du temps», estime l'expert Paul Millus.

Pour cet avocat, «il ne semble pas y avoir la moindre indication que les actes de l'agent Wilson aient été motivés par l'origine ethnique de M. Brown». Et à moins que d'autres éléments le prouvent, «il est hautement improbable qu'il y ait des poursuites» sur le terrain des droits civiques.

Plusieurs célébrités se disent choquées

«Déni de justice», «honteux», «système» vicié: de nombreux grands sportifs et vedettes ont exprimé écoeurement et déception sur les réseaux sociaux après la décision d'un jury lundi de ne pas poursuivre le policier blanc qui a abattu un jeune Noir à Ferguson.

Le légendaire joueur de basket-ball Magic Johnson s'est dit «très déçu de la décision sur l'affaire Michael Brown», l'adolescent de 18 ans tué en août à Ferguson.

«Nous devons travailler pour faire cesser la perte inutile de jeunes hommes de couleur. Justice n'a pas été rendue à Ferguson», a-t-il souligné sur Twitter.

L'autre basketteur vedette, LeBron James, a posté sur Instagram un dessin qui a fait le tour du web où l'on voit Michael Brown marcher de dos bras dessus bras dessous avec Trayvon Martin, jeune Noir de 17 ans abattu en 2012 par un vigile de quartier en Floride.

«En tant que société, comment pouvons-nous faire mieux et empêcher des choses comme ça de survenir encore et encore?», s'est désolé LeBron James, ajoutant toutefois à propos des émeutes qui ont eu lieu à Ferguson après la décision que «la violence n'est pas la solution».

Kobé Bryant, autre vedette de la NBA, a fustigé un «système qui permet de tuer de jeunes Noirs à l'abri derrière le masque de la loi».

Certains étaient quasi sans voix. La championne de tennis Serena Williams semblait choquée en écrivant un lapidaire «Woaw. C'est honteux». Le compositeur et chanteur Pharrell Williams, auteur du tube interplanétaire Happy, a dit avoir «le coeur brisé» tandis que la vedette de R&B Missy Elliott a posté sur Twitter un «émoticon» en pleurs.

Le réalisateur Michael Moore, ardent opposant aux armes à feu, a déclaré sur Twitter: «A un certain moment, ça explose. Le dernier adolescent noir sans armes (en date tué par un policier) a été retrouvé avec douze balles dans le corps», rappelant un fait divers survenu ce week-end dans l'Ohio.

La chanteuse Cher a indiqué avoir «un problème avec la décision de ne pas porter le policier (Darren Wilson) devant la justice. Quelque chose doit être fait pour protéger les jeunes hommes noirs innocents».

«Il doit y avoir un changement dans l'attitude et l'équilibre entre la police et les législateurs!», a-t-elle poursuivi, tout en clamant à l'attention de ceux qui ont pillé et incendié des bâtiments à Ferguson que «la violence n'est pas la bonne réponse».

Beaucoup louaient également la dignité de la famille de Michael Brown. La créatrice de la série à succès Girls, Lena Dunham, a «applaudi leur force et leur courage» tout en «priant pour voir survenir la justice et le changement».

L'actrice Katherine Heigl a elle aussi rendu hommage «aux paroles et actions remarquables» de la famille de Michael Brown «au regard de leur peine et de leur deuil».

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