Un journal ougandais publie les noms des «200 principaux homosexuels»

«Mis à nu!», titre en une le tabloïd Red... (PHOTO STEPHEN WANDERA, AP)

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«Mis à nu!», titre en une le tabloïd Red Pepper, habitué des ragots sordides, de préférence sexuels. «Les 200 principaux homos d'Ouganda identifiés» écrit-il dessous, à côté de photos d'un responsable d'une association de défense des minorités sexuelles, d'un prêtre catholique, d'une rappeuse renommée et d'une militante connue de la cause gaie, lesbienne affichée.

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La lutte pour les droits des homosexuels

International

La lutte pour les droits des homosexuels

Violences homophobes, légalisation du mariage gai, lisez les dernières nouvelles sur la situation et l'avancement des droits des homosexuels dans le monde. »

Agence France-Presse
Kampala, Ouganda

Un journal ougandais a publié mardi les noms de 200 personnalités qu'il prétend homosexuelles, au lendemain de la promulgation d'une loi qui durcit la déjà sévère répression de l'homosexualité en Ouganda, laissant craindre une recrudescence des actes homophobes largement répandus.

«Mis à nu!», titre en une mardi le tabloïd Red Pepper, habitué des ragots sordides, de préférence sexuels. «Les deux 200 principaux homos d'Ouganda identifiés», proclame-t-il en sous-titre, à côté des photos d'un responsable d'une association de défense des minorités sexuelles, d'un populaire prêtre catholique, d'une rappeuse renommée et d'une militante connue de la cause homosexuelle.

Parmi les noms publiés - tous relativement connus en Ouganda - figurent quelques homosexuels affirmés, mais la grande majorité des personnes nommées - dont des défenseurs de la cause homosexuelle - n'ont jamais exprimé publiquement leur préférence sexuelle.

«La chasse aux sorcières médiatique est de retour», a twitté Jacqueline Kasha, célèbre militante de la cause homosexuelle en Ouganda, dont le nom avait été publié en octobre 2010 dans un autre tabloïd local - Rolling Stone - au côté de ceux de 100 prétendus homosexuel(le)s, sous le titre «Pendez-les!».

Jacqueline Kasha avait fait condamner le journal au côté notamment de David Kato, figure de la cause homosexuelle en Ouganda, lui aussi cité et assassiné quelques mois plus tard.

Fin 2013, Red Pepper avait publié des photos montrant un retraité britannique, Bernard Randall, ayant des relations homosexuelles, images privées tirées de son ordinateur volé, entraînant l'inculpation de l'intéressé pour «trafic d'images obscènes». Finalement acquitté mi-janvier, M. Randall a été expulsé d'Ouganda, accusé de corrompre les moeurs de la jeunesse.

Les relations homosexuelles étaient déjà passibles de la prison à vie en Ouganda, mais la nouvelle loi promulguée lundi par le président Yoweri Museveni prohibe notamment la «promotion» de l'homosexualité et oblige à dénoncer quiconque s'affiche homosexuel(le).

Les observateurs craignent qu'elle n'encourage harcèlement et violences déjà répandues dans le pays où l'homophobie est alimentée par les puissantes Églises évangéliques.

Lundi, la police a dû rappeler à la population qu'elle n'avait pas à faire justice ou à appliquer la loi elle-même, après l'arrestation à Kampala de six hommes qui forçaient à se déshabiller des femmes court vêtues, en vertu d'une loi antipornographie promulguée en février qui interdit notamment les vêtements «provocants».

«Législation inacceptable» 

Même si ses dispositions les plus controversées - qui prévoyaient la peine de mort dans certains cas - ont été abandonnées, cette loi a suscité de sévères critiques des défenseurs des droits de l'Homme et des homosexuels, ainsi que de nombreux partenaires occidentaux de l'Ouganda.

Les États-Unis, allié-clé de Kampala, avaient fait savoir que la promulgation de la loi allait «compliquer les relations» entre les deux pays. Les Pays-Bas, la Norvège et le Danemark ont dès lundi annoncé la suspension de certaines de leurs aides à l'Ouganda.

Mardi, le ministre suédois des Finances Anders Borg, en visite à Kampala, a qualifié la loi de «législation inacceptable» et de «sérieux problème». «Il y a clairement un risque d'augmentation du harcèlement de cette communauté» homosexuelle, a estimé le ministre, qui a rencontré mardi les autorités ougandaises après avoir discuté la veille avec des militants de la cause homosexuelle.

Cette loi pose «plus largement un risque économique, pas seulement en terme de coopération et d'aide mais aussi de tourisme et d'investissement», a poursuivi M. Borg. «Nous réexaminons notre programme d'aide à l'Ouganda et clairement, c'est un facteur que nous devrons prendre en compte».

L'aide suédoise à l'Ouganda représente 28 millions d'euros, dont 8 millions vont directement au gouvernement et pourraient être remis en cause, selon le ministre.

Au pouvoir depuis 1986, le président Museveni, chrétien évangélique à la piété affichée, avait indiqué lundi ne pas craindre la coupure des aides internationales. Justifiant lundi cette loi en expliquant qu'on n'était pas «homosexuel de nature» mais par choix, il a qualifié mardi sur CNN les homosexuels de «dégoûtants».

«On m'a dit récemment que ce qu'ils faisaient était terrible, dégoûtant», a-t-il expliqué, «mais j'étais prêt à ne pas en tenir compte si j'avais eu la preuve qu'(ils) sont nés ainsi, anormaux. Mais cette preuve n'existe pas».




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