Au-delà des veto russe et chinois, le général Dallaire s'exprime

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L'ONU devrait faire fi des veto russe et chinois à une intervention militaire en Syrie. Un nouveau principe de «responsabilité de protéger», adopté en 2005, peut permettre d'aider la Ligue arabe à pacifier le pays sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU.

Telle est la position du général Roméo Dallaire, maintenant sénateur, qui a connu de près l'horreur du génocide et de la guerre civile quand il commandait les forces de l'ONU au Rwanda en 1994. Le général Dallaire a accepté de donner une entrevue à La Presse sur la Syrie alors qu'il revenait en train d'une conférence à Québec, hier après-midi.

«On tente d'opérer à partir du Conseil de sécurité, mais il y a une impasse avec les Chinois et les Russes. Il y a une autre route à prendre. L'ONU peut renforcer une capacité régionale d'intervention sans créer une mission. On pourrait appuyer avec des troupes la Ligue arabe. On n'a pas besoin de l'approbation préalable du Conseil de sécurité, on peut avoir son approbation par la suite. On peut s'appuyer sur le concept de responsabilité de protéger, un concept mis de l'avant en 2005 par le Canada et accepté par l'Assemblée générale de l'ONU. Par exemple au Darfour on aurait pu le faire. On a quasiment suivi cette approche avec l'ex-Yougoslavie. En fait, on suit un peu l'approche de la responsabilité de protéger avec les sanctions économiques.»

Le général Dallaire précise que l'article huit de la Charte de l'ONU devrait être invoqué.

Le général Dallaire pense d'ailleurs que l'Occident aurait dû envoyer des soldats en Libye en 2011. «On n'a pas voulu mettre les Chinois et les Russes en maudit. Pour moi, la minute que Kadhafi a dit qu'il allait écraser l'opposition comme des coquerelles, c'était exactement la même situation que le Rwanda. La responsabilité de protéger, on l'a adoptée parce qu'on ne voulait plus de Rwanda, de Srebrenica. En plus, au lieu de changer le régime par la force, on aurait pu le changer par la négociation, au lieu de menacer des civils. Ça aurait évité beaucoup de livraisons d'armes aux rebelles libyens. De plus, certains groupes rebelles se sont saignés pour acheter des armes, ont combattu plus que d'autres, et maintenant ça crée des frictions.»

Faut-il donc envoyer des soldats en Syrie sous l'égide de l'ONU? «On a laissé pourrir le scénario jusqu'à la situation militaire la plus complexe, des combats urbains, dit le général Dallaire. J'avais proposé d'envoyer des soldats très tôt, mais Assad n'avait littéralement pas assez tué de monde pour convaincre les pays en faveur d'une intervention de prendre le risque d'assumer des pertes pour protéger les civils syriens. Une guerre urbaine est incroyablement compliquée au niveau des lignes de séparation. On l'a fait à Chypre, à Nicosie, pendant la guerre entre la Grèce et la Turquie (NDLR: dans les années 70). C'est possible, mais il faut beaucoup de troupes.»

Et une zone aérienne, comme le proposaient les États-Unis à la mi-août et la France hier? «Ça permet de réduire l'utilisation d'armes lourdes des deux côtés et donc de réduire les dommages collatéraux parce que ce ne sont pas des armes de précision. Mais si c'est une zone restreinte au nord, c'est encore un geste minimaliste qui tente d'éviter un veto chinois ou russe.»

Envoyer des troupes occidentales dans un autre pays musulman n'équivaut-il pas à jeter de l'huile sur le feu? «C'est de la paranoïa post-11 septembre. Ça ne va pas rallier tous les musulmans contre l'intervention. S'il y a des Américains, ça pourrait créer des frictions. Mais pas si les soldats viennent de puissances moyennes, comme le Canada, l'Allemagne, les pays scandinaves. Des pays qui se sont repliés des Nations unies en laissant la place aux Américains.»

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