Des Égyptiens qui en ont ras-le-bol des manifs!

Dans ce bazar du Vieux Caire, les clients... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Dans ce bazar du Vieux Caire, les clients - en grande majorité des touristes - ont disparu durant de longs mois pendant le soulèvement populaire de 2011. Les voyageurs sont réapparus cet automne, mais les violents affrontements qui ont fait dix morts la semaine dernière les ont à nouveau fait fuir.

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Notre dossier sur le soulèvement populaire qui secoue l'Égypte. »

Laura-Julie Perreault, envoyée spéciale
La Presse

(Le Caire) Au coeur d'une interminable bataille entre le président égyptien Mohamed Morsi et son opposition, le référendum égyptien doit finalement se tenir sur deux jours, soit demain et le 22 décembre. Dans les coulisses, les tractations politiques se poursuivent, et tiennent la population dans une instabilité qu'elle a de plus en plus de mal à supporter, nous racontent nos envoyés spéciaux au Caire.

«Votez oui. Votez non. Mais votez, pour l'amour d'Allah! Qu'on passe à autre chose!»

Dans son échoppe du marché Khan Al Khalili, au milieu des jeux d'échecs, des papyrus et de petites statues de pharaons, Ashraf el-Masry a de la difficulté à contenir son impatience.

Le grand brun de 29 ans n'en peut plus de regarder le président Mohamed Morsi et son opposition se tenir tête. Il n'a plus de sympathie non plus pour les manifestants qui campent devant le palais présidentiel dans l'espoir de faire annuler le référendum sur une nouvelle constitution, écrite par un comité dominé par les islamistes.

«J'étais en faveur de la révolution et des manifestants au début. Mais là, j'en ai eu assez. Les protestataires nous prennent en otages, ma femme, notre fils et moi», dit-il, en expliquant que le tumulte qui secoue de nouveau le pays depuis le 22 novembre dernier touche directement son portefeuille.

Dans le bazar où il travaille, les clients - en grande majorité des touristes - ont disparu pendant de longs mois pendant le soulèvement populaire de 2011 qui a mené au départ d'Hosni Moubarak. Le temps a passé et les voyageurs sont réapparus dans les rues du Caire cet automne. Mais quand de violents affrontements entre manifestants pro et anti-Morsi ont fait 10 morts la semaine dernière, le gagne-pain d'Ashraf el-Masry s'est évaporé de nouveau.

«Avant la révolution, je faisais de 500 à 600$ par mois. C'était bien. Mais ces jours-ci, je suis heureux si je fais 200$. Et ma femme est enceinte, soupire-t-il. Je veux juste que les choses rentrent dans l'ordre.»

Les touristes se font rares

Au pied des pyramides de Gizeh, l'air est exactement le même. Les cars de touristes sont rares en ce début du mois de décembre, qui marque habituellement la haute saison touristique. Propriétaire d'un chameau et de deux chevaux destinés aux visiteurs, Mohamed Ali tue le temps en parlant avec les autres guides. «Avant l'annonce du référendum, on avait retrouvé 75% de la clientèle, mais là, tout est à refaire.»

Dans le dernier mois, il dit avoir gagné une misère. «Au lieu de donner 5 kg de nourriture à mes animaux par jour, je les rationne à 2. Et c'est la même chose à la maison. Ça ne peut pas durer longtemps comme ça», raconte-t-il avant d'offrir une excursion à prix réduit à un touriste japonais.

Si l'industrie du tourisme - centrale au pays des pharaons - est la plus touchée par les troubles politiques, elle n'est pas la seule. Livre égyptienne chancelante, dette qui ne cesse d'enfler, déficit commercial important: l'économie égyptienne est en crise.

Pour la relancer, le président Morsi tentait d'obtenir un prêt de 408 millions de la part du Fonds monétaire international, mais mercredi, il a annoncé que l'Égypte reportait sa demande jusqu'au retour de la stabilité politique.

Le référendum, qui doit se tenir en deux phases, demain et le 22 décembre, mettra-t-il fin à l'instabilité qui mine le pays? Plusieurs Égyptiens interviewés cette semaine en doutent et dénoncent le scrutin organisé à la va-vite.

Cependant, ils promettent d'aller voter. «Nous sommes dans une démocratie naissante, avec tous les problèmes que ça implique. Mais on ne peut pas passer notre temps à protester, a dit à La Presse Ahmed Magdi, jeune homme d'affaires rencontré dans le chic quartier d'Héliopolis. Nous avons élu un gouvernement, il faudrait peut-être le laisser travailler.»

LE RÉFÉRENDUM CHANCELANT

Les Égyptiens passeront-ils vraiment aux urnes demain pour exprimer leur opinion sur un projet de nouvelle constitution?

Hier, rien n'était moins sûr, même si plus de 20 000 Égyptiens vivant à l'étranger ont déjà enregistré leurs voix. L'opposition au président Morsi, dirigée par le lauréat du prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, se réserve le droit de boycotter le vote jusqu'à la dernière minute.

Le Front du salut national, qui a invité la population à voter contre la nouvelle constitution, s'oppose toujours à ce que le scrutin ait lieu en deux jours. Hier, le président Morsi a affirmé qu'il est impossible de faire autrement puisque 90% des juges du pays refusent d'assurer la surveillance du scrutin.

D'autres organisations, dont le centre Carter, ont aussi refusé d'envoyer des observateurs, car ils ont relevé de nombreuses irrégularités dans la procédure.

Notamment, le juge qui était à la tête de l'assemblée constituante qui a écrit le projet de constitution a le pouvoir de délivrer les permis d'observation.

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