L'armée égyptienne sécurise le palais présidentiel

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Notre dossier sur le soulèvement populaire qui secoue l'Égypte. »

Christophe de ROQUEFEUIL
Agence France-Presse
Le Caire, Égypte

L'armée égyptienne a établi jeudi un périmètre de sécurité autour du palais présidentiel pour maintenir les manifestants à distance, après une nuit d'affrontements meurtriers entre partisans et opposants au président Mohamed Morsi, a constaté un correspondant de l'AFP.

Les soldats ont mis en place des barricades de barbelés à environ 150 m du palais, après avoir ordonné aux manifestants rivaux de quitter les lieux.

Les partisans du président sont partis, mais quelques centaines de militants de l'opposition se sont rassemblés sur une place à environ 300 m du palais.

L'armée, qui a déployé des chars aux abords de la présidence, avait sommé les manifestants d'évacuer les lieux avant 15 h locales (8h, heure de Montréal).

Cinq manifestants ont été tués et 644 autres blessés dans la nuit de mercredi à jeudi, selon les autorités, dans des affrontements entre partisans et opposants de Morsi près du palais présidentiel, dans le nord du Caire.

Des batailles à coups de bâtons, de cocktails Molotov et de jets de pierre ont eu lieu avec de brèves périodes d'accalmie, et des coups de feu se sont faits régulièrement entendre.

La garde républicaine, une unité de l'armée chargée de protéger la présidence, «a souligné la nécessité d'évacuer les abords du palais présidentiel d'ici 15 h, heure locale, et décidé d'interdire les rassemblements aux alentours» du complexe, selon un communiqué publié par la présidence.

L'armée égyptienne a déployé jeudi des chars devant le palais présidentiel à la suite d'affrontements meurtriers entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi qui a divisé le pays en s'octroyant des pouvoirs exceptionnels.

M. Morsi doit s'adresser à la nation dans la journée à la suite des pires violences depuis son élection en juin, dans lesquelles au moins cinq manifestants ont été tués et des centaines blessés, a indiqué l'un de ses conseillers.

Dans son intervention télévisée, il souhaite tendre la main à l'opposition et appeler au dialogue, a-t-il précisé. «Plusieurs idées sont sur la table».

Durant la nuit, des batailles à coups de bâtons, de cocktails molotov et de jets de pierres ont eu lieu entre camp rivaux aux abords du palais, avec de brèves périodes d'accalmie, et des coups de feu ont été entendus.

Aux premières heures du matin, des chars et véhicules blindés de la garde républicaine, une unité de l'armée chargée de protéger la présidence, ont pris position près de l'entrée du complexe présidentiel et sur une grande avenue qui le longe, dans le quartier d'Héliopolis.

Le général Mohammed Zaki, chef de la garde républicaine, a néanmoins souligné que l'armée ne recourrait pas à la force contre les manifestants. «Les forces armées, et la garde républicaine, ne seront pas un outil de répression contre les manifestants», a-t-il dit selon l'agence officielle Mena.

Scandaient des slogans en faveur de M. Morsi, des centaines de manifestants étaient toujours présents près du palais, de nombreux islamistes ayant dormi sur place dans des tentes ou enroulés dans des couvertures. Certains conversaient avec les équipages des chars.

La bourse accuse le coup

Alors que le calme semblait régner aux abords immédiats du palais, les environs et les rues avoisinantes étaient encore jonchés de pierres et de bris de verre, avec de nombreuses voitures aux vitres cassées.

Après des appels à manifester mercredi devant la présidence, la situation a dégénéré entre les deux camps rivaux malgré une intervention des forces anti-émeutes.

Quatre manifestants ont été tués par balle et un par une décharge de chevrotine, selon Mena. Les autorités ont fait état de 644 blessés et de 50 arrestations.

Des opposants à M. Morsi ont également incendié des locaux des Frères musulmans à Ismaïliya et Suez.

La bourse du Caire a quant à elle accusé le coup, son indice de référence EGX-30 perdant 4,7% en milieu de journée.

L'Égypte traverse une grave crise depuis un décret du 22 novembre par lequel M. Morsi, premier président islamiste d'Égypte, a étendu ses prérogatives et les a placées au dessus de tout contrôle judiciaire, une situation qui s'apparente à des pleins pouvoirs de fait.

L'opposition, qui dénonce une dérive autoritaire du pouvoir, proteste aussi contre la tenue le 15 décembre d'un référendum sur un projet de Constitution, accusé d'offrir peu de garanties pour les libertés d'expression et de religion et d'ouvrir la voie à une application plus étendue de la loi islamique.

M. Morsi affirme que ses pouvoirs élargis sont «temporaires» et destinés à accélérer une transition tumultueuse.

«Voyous»

Les Frères musulmans ont qualifié les anti-Morsi de «voyous armés» et de «restes du régime Moubarak», les opposants répliquant en les accusant de «fascisme».

«Mohamed Morsi. Vous êtes le responsable», a accusé la page Facebook «Nous sommes tous Khaled Saïd», qui avait contribué à lancer la révolte ayant renversé Hosni Moubarak en février 2011.

«Nous sommes ici pour la liberté, ils sont là pour la violence», a dit un anti-Morsi, Ali Gamal dans la nuit. «C'est une guerre civile qui va nous brûler tous», a déploré Ahmed Fahmy.

L'opposition conditionne tout dialogue au retrait du décret de M. Morsi et à l'annulation du référendum.

Mohamed ElBaradei, chef de la coalition de l'opposition, a fait porter mercredi à M. Morsi «l'entière responsabilité» des violences. «Le régime perd de sa légitimité jour après jour», selon lui.

Après la démission de quatre conseillers du président face à l'escalade, le président de la télévision d'Etat a aussi annoncé qu'il quittait ses fonctions selon le journal al-Masry al-Youm.

À l'étranger, l'Europe a appelé à la retenue et les États-Unis au dialogue.

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