L'opposition égyptienne à l'assaut du palais présidentiel

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Notre dossier sur le soulèvement populaire qui secoue l'Égypte. »

John Davison
Agence France-Presse
Le Caire

Des dizaines de milliers d'opposants au chef de l'État égyptien Mohamed Morsi ont encerclé mardi soir le palais présidentiel au Caire pour exiger qu'il retire un décret par lequel il a considérablement élargi ses pouvoirs et protester contre un projet controversé de Constitution.

Les manifestants, dont de nombreux membres de l'opposition laïque et de gauche, ont pu s'approcher du palais situé à Héliopolis, dans la banlieue de la capitale, après avoir coupé les barbelés installés à quelques centaines de mètres de là.

La police anti-émeutes a fait usage de gaz lacrymogène pour tenter de les disperser, sans succès, et a battu en retraite.

Le président Morsi ne se trouvait pas dans le palais, a indiqué à l'AFP une source à la présidence. Un responsable de la sécurité a affirmé que «le président de la République a quitté le palais d'Ittihadiya à l'heure prévue après la fin des rendez-vous officiels».

Une vidéo postée sur internet par le réseau d'information alternatif égyptien Raasd montre un convoi quittant le palais sous la protection de la police antiémeute tandis que des manifestants crient «lâche» et «va-t'en».

En fin de soirée, le nombre de manifestants avait diminué, de nombreuses personnes quittant les lieux ou affirmant vouloir se replier sur la place Tahrir, dans le centre ville, occupée par des militants anti-Morsi.

Mais sur Tahrir un porte-parole d'une coalition de partis et mouvements d'opposition, le Front du salut national, a appelé à un sit-in autour du palais présidentiel et à des actions similaires dans le reste du pays.

L'Égypte vit une profonde crise politique depuis le décret du 22 novembre, par lequel M. Morsi, premier président islamiste du pays, a notamment mis ses décisions et la commission chargée de rédiger la future Constitution à l'abri de tout recours en justice.

Le projet de loi fondamentale, adopté en toute hâte par cette instance dominée par les islamistes, est accusé de ne pas protéger certains droits fondamentaux, dont la liberté d'expression, et d'ouvrir la porte à une application plus stricte de la loi islamique.

Opposants et partisans de M. Morsi ont manifesté en masse après le décret, et l'annonce par le président de la tenue d'un référendum sur le projet de Constitution le 15 décembre a creusé le fossé entre les deux camps.

Quelques personnes ont tenté d'escalader les murs du palais. Les protestataires, dont certains cognaient sur des lampadaires, ont crié les slogans phares de la révolte qui a renversé Hosni Moubarak début 2011, «Dégage!» et «Le peuple veut la chute du régime».

«L'Égypte est un pays où toutes les religions devraient vivre ensemble. J'aime la loi de Dieu et la charia (loi islamique) mais je voterai contre la Constitution parce qu'elle a divisé les gens», a dit à l'AFP Bassam Ali Mohammed, qui enseigne la loi islamique.

«Nous allons boycotter le scrutin. La nouvelle Constitution est comme l'ancienne, avec des changements mineurs. Elle ne garantit pas les droits des chrétiens», a estimé Mona Chokri, une manifestante de confession chrétienne.

Les États-Unis ont exhorté l'opposition à «manifester pacifiquement».

«Il y a beaucoup de tensions actuellement au Caire. Nous pressons simplement les manifestants d'exprimer leurs opinions de manière pacifique», a déclaré le porte-parole adjoint du département d'État, Mark Toner.

Des opposants au président ont aussi manifesté à Alexandrie (nord) et dans les villes de Sohag et Minya (centre).

À Minya, des manifestants ont déchiré une photo du président devant les locaux du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la formation de M. Morsi, provoquant des heurts avec ses partisans selon des témoins. La police a fait usage de gaz lacrymogène et trois personnes ont été blessées, a indiqué à l'AFP un responsable de la sécurité.

Des milliers de personnes manifestent également sur l'emblématique place Tahrir, dans le centre du Caire.

Le pouvoir judiciaire, à qui le président a interdit de contester ses décisions, est aussi divisé.

Le Conseil supérieur de la justice a décidé de déléguer des magistrats pour superviser le référendum malgré l'appel au boycottage de plusieurs juges, ouvrant la voie à la tenue du scrutin. Les élections doivent en effet être placées sous supervision judiciaire en Égypte.

Mais le Club des juges, un syndicat professionnel en faveur du boycottage, a campé sur sa position. «Nous ne pardonnerons pas» aux juges qui superviseront le vote, a lancé son président, Ahmed al-Zind.

M. Morsi assure que son décret est «temporaire» et qu'il vise à accélérer les réformes démocratiques. L'opposition l'accuse de dérive autoritaire.

Pour protester, plusieurs quotidiens indépendants et d'opposition ont décidé de ne pas paraître mardi.

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