Printemps arabe: une révolution Twitter?

Mustafa El-Kashef, Hanin Tarek, Ziad Tarek et Amor... (Photo AFP)

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Mustafa El-Kashef, Hanin Tarek, Ziad Tarek et Amor Eletrebi faisaient parvenir beaucoup d'information sur internet en février 2011.

Photo AFP

Karim Benessaieh
La Presse

Quelle importance ont eu les médias sociaux dans les soulèvements arabes? Un an jour pour jour après la chute du dictateur égyptien Hosni Moubarak, notre journaliste fait le point.

«On est en train de nous gazer! Des centaines de militaires se ruent sur nous!», a écrit sur Twitter suzeeinthecity il y a un an presque jour pour jour. «Si nous avons pu construire les pyramides, alors nous pouvons abattre ce mur!», a lancé, en cri du coeur, Egyptocracy.

Comme l'a admirablement illustré le livre Tweets from Tahrir, une compilation de milliers de courts messages en 140 caractères, Twitter a été au coeur du soulèvement égyptien. Aux tweets se sont ajoutés des messages téléphoniques, des textos accessibles au monde entier dénonçant chaque seconde la répression.

En Tunisie, c'est plutôt Facebook qui a mené la charge. Les internautes y ont relayé sans relâche des vidéos de manifestants battus, ont appelé à des manifestations spontanées, répété sans filet informations et rumeurs folles.

Dans ces deux cas, la grande nouveauté, selon une étude récente de l'International Journal of Communication, c'est que l'écrasante majorité des messages (69%) provenait de simples individus, et non d'organisations. Les médias ne représentaient que 14% de ce volume d'information sur l'internet. «Pour la première fois de l'histoire, les grands médias ont été complètement en dehors de la course», notent les auteurs.

Est-ce suffisant pour qualifier ces soulèvements de «révolution» Facebook ou Twitter? Beaucoup de savantes analyses publiées depuis les élections de 2009 en Iran - répétition manquée du Printemps arabe - estiment que oui. L'écrivain new-yorkais et professeur de journalisme Clay Shirky, dans un essai remarqué, croit que les médias sociaux ont en fait le pouvoir «de provoquer et d'entretenir des soulèvements en amplifiant des nouvelles particulières et de l'information».

En Égypte, rappelle le journaliste Mohammed Jamjoom, de CNN, les pages Facebook ont concrètement permis aux révolutionnaires de signaler les barrages policiers, de donner des indications pour se rendre aux lieux des manifestations - comment et à quel moment traverser certains ponts, par exemple.

De façon générale, écrit David Kravets, de Wired, la technologie a toujours été mise à profit dans les révolutions modernes. «Les textos ont aidé à allumer la contestation aux Philippines il y a une décennie (...) Tiananmen a été appelée la «révolution fax» parce que cette machine a permis d'informer le monde entier.»

La réplique la plus célèbre est celle du chroniqueur du New Yorker Malcolm Gladwell, qui rappelle que les internautes ne sont pas des manifestants ou des militants, «parce que la nature de leur média fait en sorte qu'ils courent des risques minimes... avec des effets négligeables».

Les blogueurs eux-mêmes sont réticents à cueillir les lauriers de ces révolutions. Incluant le cyberblogueur tunisien Yassine Ayari, interrogé par La Presse. «Je suis allé dans des maisons où des gens avaient été tués, a-t-il expliqué. Ils n'avaient même pas de PC.»

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