Syrie: premières évacuations de civils dans la Ghouta

Les 400 000 habitants de l'enclave rebelle vivent... (Photo Amer Almohibany, Agence France-Presse)

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Les 400 000 habitants de l'enclave rebelle vivent depuis cinq ans un siège asphyxiant, qui a provoqué de graves pénuries de nourriture et de médicaments, affectant durement la capacité des hôpitaux locaux à subvenir aux besoins de la population.

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Agence France-Presse
PASSAGE D'AL-WAFIDINE, Syrie

Après plus d'un an d'attente, Ratib a pu quitter mardi la partie rebelle de la Ghouta orientale pour recevoir à Damas un traitement médical qui, espère cet amputé, permettra de sauver sa dernière jambe.

Il fait partie des quelque 150 personnes, des malades et des blessés, qui sont sorties du dernier bastion rebelle aux portes de Damas lors de la première évacuation de civils depuis le début, le 18 février, d'une offensive meurtrière du régime syrien.

Les 400 000 habitants de l'enclave rebelle vivent depuis cinq ans un siège asphyxiant, qui a provoqué de graves pénuries de nourriture et de médicaments, affectant durement la capacité des hôpitaux locaux à subvenir aux besoins de la population.

Évacué de Douma, la plus grande ville du fief des insurgés, par le Croissant-Rouge syrien, Ratib, 56 ans, a fondu en larmes en atteignant le point de passage d'Al-Wafidine, à la jonction de Damas et de l'enclave rebelle.

«Je viens me faire soigner à Damas avant que ma seconde jambe n'y passe aussi», dit-il en essuyant ses larmes avec un mouchoir.

Amputé de la jambe droite, Ratib attend depuis un an et demi de se faire soigner la jambe gauche.

Ses trois filles et deux garçons sont toujours à Douma, toujours bombardée par le régime et où les «conditions de vie sont désastreuses».

«Là, on vient de m'apporter un sandwich de falafel», raconte-t-il. «Cela faisait cinq ans que n'avais pas senti l'odeur du tahini (crème de sésame, ndlr)...».

Selon les Nations Unies, plus de 1000 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont urgemment besoin d'être évacuées de l'enclave rebelle pour des raisons médicales.

«Aucun combattant»

L'offensive du régime syrien dans la Ghouta orientale, soutenue par la Russie, a fait près de 1200 morts et plusieurs milliers de blessés parmi la population civile, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les forces loyalistes, qui ont rapidement progressé, ont réussi à diviser le fief rebelle en trois poches isolées.

Dans celle de Douma, le groupe rebelle Jaïch al-Islam avait déclaré lundi avoir négocié un accord avec la Russie par le biais de l'ONU sur l'évacuation de civils malades et blessés.

Mardi matin, des habitants de Douma portant des sacs et des valises se sont dirigés vers une zone de stationnement d'autobus et d'ambulances.

Sur place, des membres du Croissant-Rouge syrien ont vérifié les noms sur une liste préétablie et des femmes et des enfants ont salué des hommes qui restaient dans la ville.

Un correspondant de l'AFP y a vu une trentaine de malades et de blessés, dont Safaa, atteinte d'une maladie du foie, et ses quatre enfants.

Dans un bus, une fille mince portant un chandail rose regarde brièvement par la fenêtre, avec ses yeux bruns en forme d'amande, un peu nerveuse. À l'extérieur, des enfants s'agrippent au véhicule pour lui dire au revoir.

Selon l'OSDH, l'opération de mardi a concerné 150 civils de Douma. Une source militaire syrienne a avancé le chiffre de 146 évacués, dont 44 femmes et 78 enfants.

Une autre source militaire a déclaré à l'AFP que l'évacuation ne concernait «aucun combattant».

«Un miracle»

Au point de passage d'Al-Wafidine, une journaliste de l'AFP a vu des personnes évacuées rejoindre une zone de rassemblement improvisée dans une école.

Ils portent plusieurs couches de manteaux d'hiver, comme s'ils avaient voulu partir avec le plus de vêtements possible.

Abdo Tohmeh, 60 ans, accompagne son voisin, malade, dans la capitale. «C'est un miracle que nous ayons pu partir [de Douma], c'était l'enfer sur terre», explique-t-il à l'AFP.

Dans la cour de l'école, Fariza tient son petit-fils Mahrous sur ses genoux. Le bambin, rachitique, fait partie d'une dizaine de nouveau-nés malades ou malnutris rassemblés là.

Enveloppé dans une couverture rose et bleue sale, Mahrous a les yeux gonflés et une tête déformée. Un tube respiratoire sort de son nez.

Il a souffert d'une méningite, explique Fariza, qui espère que le bébé pourra être soigné à Damas. La maman est restée à Douma.

Quelque 125 000 enfants sont pris au piège dans la partie rebelle de la Ghouta orientale et beaucoup souffrent de malnutrition aiguë, selon Kate Gilmore, Haut-commissaire adjointe de l'ONU aux droits de l'Homme.

«N'est-ce pas faire preuve d'une monstrueuse indifférence à l'égard des souffrances des enfants que de bafouer les résolutions du Conseil de sécurité en faveur d'un cessez-le-feu ?», a-t-elle demandé mardi lors d'un discours à Genève.




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