Moscou juge la Syrie «totalement libérée» de l'EI, pourtant toujours présent

Lancée en 2015, l'intervention militaire russe en Syrie... (Photo AFP)

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Lancée en 2015, l'intervention militaire russe en Syrie a changé la donne en permettant notamment à l'armée syrienne de ravir au groupe djihadiste État islamique (EI) la cité antique de Palmyre et chasser les rebelles de leur bastion d'Alep, dans le nord.

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Anaïs LLOBET
Agence France-Presse
Moscou

La Russie a annoncé jeudi la «libération totale» du territoire syrien de l'emprise du groupe État islamique (EI), alors que l'organisation djihadiste contrôle toujours plusieurs poches dans le pays.

«La mission de l'armée russe, qui consistait à défaire le groupe terroriste armé État islamique, est accomplie», a indiqué le ministère russe de la Défense au cours d'un point de presse à Moscou, en affirmant qu'aujourd'hui «il n'y a aucune localité ni région de Syrie sous le contrôle de» l'EI.

Les forces soutenues par la Russie, principale alliée du régime de Damas, combattaient les jihadistes sur la rive occidentale du fleuve Euphrate, qui coupe en diagonale la province de Deir Ezzor (est), tandis que les forces soutenues par les États-Unis luttaient contre l'EI sur la rive orientale.

La Syrie «est totalement libérée des combattants de cette organisation terroriste», a assuré le général Sergueï Roudskoï, membre de l'état-major russe.

Selon lui, des frappes aériennes russes «sans précédent» ont été menées ces derniers jours dans la région de Boukamal, située sur le fleuve Euphrate près de la frontière avec l'Irak, avec plus de 100 sorties aériennes et 250 frappes quotidiennes.

Les forces spéciales russes, qui ont guidé les frappes aériennes, ont aidé à «détruire les plus odieux dirigeants des groupes de combattants derrière les lignes ennemies», a déclaré le général Roudskoï.

«Des bandes de saboteurs de l'EI» sont encore susceptibles d'opérer, mais seront combattues par les troupes syriennes, a-t-il ajouté.

L'EI encore présent

Tempérant l'annonce russe, l'OSDH a rappelé jeudi que l'EI tenait encore quelques poches sur le territoire syrien.

«Sa présence la plus importante est sur la rive orientale de l'Euphrate, où le groupe détient encore 8 % de la province de Deir Ezzor», a affirmé à l'AFP son directeur, Rami Abdel Rahmane.

L'EI est également encore présent dans le nord-est de la province de Hama et de Homs (centre) ainsi que dans le quartier palestinien de Yarmouk à Damas, tandis qu'un groupe allié tient des positions dans le sud de la Syrie.

Mais selon l'OSDH, l'EI n'a plus «de présence sur la rive occidentale du fleuve». «Les forces prorégime tiennent la moitié ouest de la province, allant de Maadane (nord-ouest) jusqu'à la frontière irakienne», a-t-elle précisé.

Mercredi soir, l'agence de presse officielle Sana avait déjà indiqué que les troupes gouvernementales et ses alliés avaient pris une vingtaine de localités et villages dans cette zone. Ces offensives ont été soutenues par des frappes aériennes russes.

«Reconstruire la paix»

Sur le terrain diplomatique, alors que le 8e cycle de pourparlers intersyriens se poursuit à Genève jusqu'au 14 décembre, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a mis en garde contre toute annonce hâtive de victoire sur l'EI.

«Gagner sur le terrain contre Daech, c'est une chose. Défaire Daech, et en conséquence l'empêcher de renaître sous un autre nom et avec d'autres personnes, exige un processus politique crédible et global, une Constitution, des élections parlementaires et présidentielles sous l'égide de l'ONU», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Si la délégation du régime syrien, qui avait marqué le début des négociations par son absence, se dit prête à accepter des élections sous la supervision de l'ONU, elle refuse catégoriquement de discuter du sort de Bachar al-Assad.

Lors d'une rencontre jeudi en marge d'une réunion de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Vienne avec le secrétaire d'État américain Rex Tillerson, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a réitéré le droit des Syriens à disposer de leur avenir politique.

De son côté, l'armée russe, par la voix du général Roudskoï, a affirmé vouloir désormais «concentrer ses efforts pour apporter de l'aide au peuple syrien afin de reconstruire la paix».

La Russie avait déjà annoncé le 21 novembre la fin de la «phase active de l'opération militaire» en Syrie.

Lancée en 2015, l'intervention militaire russe a changé la donne en permettant notamment à l'armée syrienne de ravir à l'EI la cité antique de Palmyre et de chasser les rebelles de leur bastion d'Alep (nord).

Les grandes dates de l'EI en Syrie et en Irak

Création de l'EIIL

- 9 avril 2013: Le chef d'Al-Qaïda en Irak, Abou Bakr al-Baghdadi, annonce une fusion de son groupe, l'État islamique en Irak (ISI), avec le Front al-Nosra, qui combat le régime en Syrie, pour former l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Mais Al-Nosra décline le parrainage de Baghdadi et prête allégeance au chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. L'EIIL est désavoué par Al-Qaïda début 2014.

Prises de Raqa et Mossoul

- 14 janvier 2014: L'EIIL conquiert la ville syrienne de Raqa (nord) après des combats contre des rebelles. Raqa devient sa «capitale».

- 10 juin 2014: En Irak, lors d'une offensive fulgurante, l'EIIL s'empare de Mossoul, 2e ville du pays avant de conquérir de vastes territoires aux confins du Kurdistan irakien. L'organisation avait déjà conquis quelques régions dans l'ouest irakien en janvier.

«Califat»

- 29 juin 2014: L'EIIL proclame un «califat» dirigé par Baghdadi, sur les territoires conquis en Irak et en Syrie et se renomme «État islamique» (EI).

Le 5 juillet, dans une vidéo postée sur des sites djihadistes, Baghdadi apparaît pour la première fois depuis la mosquée al-Nouri à Mossoul, où il appelle les musulmans à lui «obéir».

Coalition

- 8 août 2014: les États-Unis lancent des frappes contre les djihadistes en Irak, puis créent en septembre une coalition internationale anti-EI.

En septembre, ils mènent les premiers raids aériens contre les djihadistes en Syrie.

Défaites en Irak

- 31 mars 2015: Les forces irakiennes reprennent la ville à majorité sunnite de Tikrit (nord). L'opération implique Téhéran, via des milices chiites, et Washington.

- 9 février 2016: L'EI est chassé de Ramadi, chef-lieu de la province d'Al-Anbar (ouest). Le 26 juin, l'armée reprend Fallouja.

- 10 juillet 2017: Bagdad proclame la libération de Mossoul, après une offensive de neuf mois soutenue par la coalition internationale.

- 31 août: Les forces irakiennes chassent l'EI de Tal Afar (nord), reprenant ainsi totalement la province de Ninive dont Mossoul est le chef-lieu.

- 5 octobre: Libération de Hawija, dernier grand centre urbain de l'EI en Irak.

- 3 novembre: Les forces irakiennes chassent l'EI d'Al-Qaïm, près de la frontière syrienne.

- 23 novembre: L'Irak lance l'ultime opération militaire contre l'EI dans une région désertique de l'ouest irakien.

Reculs en Syrie

- 26 janvier 2015: L'EI est chassé de Kobané après plus de quatre mois de combats menés par les forces kurdes soutenues par la coalition.

- 6 août 2016: Les Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition kurdo-arabe soutenue par Washington) chassent l'EI de Minbej.

- 24 août: Des rebelles appuyés par l'aviation et les chars de l'armée turque reprennent Jarablos.

- 24 février 2017: L'armée turque annonce la prise d'Al-Bab.

Ces quatre villes sont situées dans la province d'Alep (nord).

- 2 mars: La ville antique de Palmyre (centre) est reprise à l'EI par le régime aidé de l'allié russe.

- 17 octobre: Les FDS prennent le contrôle de Raqa après des mois de combats.

- 2 novembre: Les djihadistes sont chassés de la ville de Deir Ezzor (est) par l'armée soutenue par ses alliés russe et iranien.

- 19 novembre: L'armée et ses alliés chassent l'EI de Boukamal, dans la province de Deir Ezzor, dernier centre urbain aux mains du groupe.

- 7 décembre: L'armée russe déclare que la mission de l'armée russe «est accomplie» et que le territoire syrien est «totalement libéré». L'OSDH indique que l'EI a été chassé de la rive occidentale de l'Euphrate, mais souligne que le groupe «détient encore 8 % de la province de Deir Ezzor».




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