Syrie: les pourparlers de Genève démarrent enfin

L'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari a été... (PHOTO AFP)

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L'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari a été photographié en fin d'après-midi mercredi au Palais des Nations, siège de l'ONU.

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Layal ABOU RAHAL, Gilles CAMPION
Agence France-Presse
Genève

Les difficiles négociations de Genève sur la Syrie ont pu enfin démarrer mercredi, avec l'arrivée de la délégation du gouvernement, qui avait retardé sa venue pour manifester son mécontentement alors que l'opposition réclamait une nouvelle fois le départ du président Bachar al-Assad.

Après deux jours de tractations, la Russie, alliée militaire et politique de Damas, a néanmoins convaincu le gouvernement, peu enclin à faire des concessions alors qu'il a pratiquement gagné la guerre contre les rebelles et les djihadistes, de participer à cette 8ème session du processus de Genève.

L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a déjà organisé sans succès sept cycles de discussions depuis 2016, a eu son premier entretien officiel avec le chef de la délégation gouvernementale, l'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari, en fin d'après-midi au Palais des Nations, siège de l'ONU.

Il a ensuite rencontré dans la soirée la délégation de l'opposition dirigée par Nasr Hariri, avec laquelle il s'était déjà entretenu la veille.

M. de Mistura a annoncé que les discussions pourraient se prolonger la semaine prochaine «avec peut-être une pause autour du week-end».

Changement subtil 

Il espère pouvoir centrer les discussions avec le régime et l'opposition sur la rédaction d'une nouvelle Constitution et l'organisation d'élections sous l'égide de l'ONU, deux thèmes acceptables pour Damas.

Le médiateur compte y parvenir grâce à la présence, pour la première fois, d'une seule et unique délégation représentant toutes les composantes de l'opposition, dont les éléments les plus extrémistes ont été écartés.

Le gouvernement syrien a clairement averti qu'il était hors de question de discuter de l'avenir du président Assad, un sujet ultra-sensible qui a fait capoter toutes les précédentes réunions à Genève.

Dans le communiqué final de la réunion la semaine dernière à Ryad où a été négocié l'accord sur une délégation unique, l'opposition a subtilement modifié son discours sur ce point, en n'exigeant plus le départ immédiat du président Assad, mais en soulignant qu'il s'agissait d'un «objectif» à atteindre.

Mais à peine arrivé à Genève, le chef de l'opposition, Nasr Hariri, a remis de l'huile sur le feu lundi soir en réaffirmant qu'il s'agissait d'une condition préalable à toute transition vers des élections.

«Flexible»

M. de Mistura n'apprécie guère ces provocations devant les caméras qui ne font que braquer le régime. En septembre, il avait d'ailleurs sèchement appelé l'opposition à être «assez réaliste pour réaliser qu'elle n'a pas gagné la guerre».

Le message est peut-être passé auprès de Nasr Hariri lors de son entretien mardi à l'ONU. Selon un diplomate européen qui suit ces négociations, les pays de la coalition qui soutiennent l'opposition l'encouragent également à se montrer plus «flexible».

«Nos discussions avec M. de Mistura portent spécifiquement sur le processus de rédaction d'une nouvelle Constitution et la tenue d'élections», a ainsi affirmé mercredi à l'AFP un membre de l'opposition.

Avant son entrevue avec le médiateur, Nasr Hariri a déclaré aux journalistes que «maintenant que l'autre partie est arrivée, nous voulons avancer rapidement, aussi vite que possible vers des négociations directes».

Jusqu'à présent, les deux délégations n'ont jamais discuté face à face, le régime accusant certains membres de l'ancienne délégation d'être des  «terroristes». 

250 milliards de dollars

De son côté, la Russie, qui est venue au secours du régime syrien en entrant militairement dans le conflit fin 2015, souhaite un règlement politique.

Le président russe Vladimir Poutine a multiplié avec succès les initiatives diplomatiques, avec l'aide de l'Iran, autre soutien de Damas, et de la Turquie, soutien des rebelles. Mais il sait qu'il a besoin de l'ONU pour pousser ses pions et sauvegarder ses intérêts en Syrie.

«Je pense qu'ils ont quelques cartes vraiment fortes dans les mains, mais ils n'ont pas toutes les cartes. (...) Seule Genève a la légitimité (...) et seule Genève débloquera l'aide internationale massive nécessaire pour remettre la Syrie sur pied», a souligné ce diplomate.

Après plus de 6 années de conflit, qui ont fait plus de 340 000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés, l'ONU estime qu'il faudra au moins 250 milliards de dollars pour reconstruire le pays.

Ces pourparlers interviennent en outre alors que la situation humanitaire dans la Ghouta orientale, région rebelle assiégée en périphérie de Damas, est dramatique. «Le taux d'enfants de moins de cinq ans souffrant de sévère malnutrition est de 11,9%, soit le plus haut taux jamais enregistré en Syrie depuis le début de la guerre», a alerté mercredi l'UNICEF.




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