Le «califat» de l'EI s'écroule mais la menace djihadiste persiste

La chute de Raqqa, annoncée par un porte-parole... (AFP)

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La chute de Raqqa, annoncée par un porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS), représente un revers de taille pour le groupe ultraradical État islamique qui a vu son «califat» presque s'écrouler en Syrie et en Irak voisin à la suite de multiples offensives pour la déloger des régions conquises depuis 2014.

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Le groupe État islamique

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Rouba EL HUSSEINI
Agence France-Presse
BEYROUTH

Avec la perte de Raqa, le «califat» autoproclamé du groupe État islamique (EI) s'effondre et se limite désormais à des réduits à la frontière irako-syrienne, mais les kamikazes et cellules dormantes de l'organisation djihadiste sont toujours à craindre.

Trois ans après avoir capturé un territoire aussi grand que l'Italie, ce groupe ultraradical responsable d'atrocités en Syrie et en Irak et d'attentats en Occident a vu son «califat» se réduire comme peau de chagrin, après les multiples offensives.

Dernier revers de taille en date: Raqa, son ancienne «capitale» de facto en Syrie, est tombée mardi aux mains des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par les États-Unis.

Acculés, les jihadistes subissant défaite après défaite vont se replier vers les territoires à la frontière entre la Syrie et l'Irak: autour de la localité de Boukamal dans la province syrienne de Deir Ezzor, et autour de la ville irakienne d'Al-Qaïm dans la province d'Al-Anbar.

«À son apogée en 2014, le califat auto-proclamé de l'EI menaçait d'exercer son contrôle d'Alep jusqu'à la frontière irakienne», explique à l'AFP Nicholas Heras, expert du Center for a New American Security à Washington.

«Il est désormais confiné à un secteur dans la province de  Deir Ezzor», dans l'est de la Syrie, précise-t-il.

«Désert difficile»

D'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), l'EI a perdu en deux mois la moitié de la grande province pétrolière de Deir Ezzor frontalière de l'Irak, visée par deux offensives distinctes: celle des forces du régime syrien, soutenues par l'aviation russe, et celle des FDS.

Les jihadistes ne contrôlent plus que 8% de Deir Ezzor, la capitale de la province du même nom, alors que dans le passé il en occupait plus de la moitié.

Deir Ezzor «sera le centre de gravité de l'EI en Syrie, même s'il y aura toujours de petites poches sous son contrôle ailleurs» dans le pays, ajoute M. Heras.

Selon lui, les jihadistes ont toujours voulu faire de cette région frontalière «le dernier bastion de leur califat». Ce secteur «est éloigné de Damas et de Bagdad, et pour l'atteindre de n'importe quelle direction, il faut traverser un désert difficile».

«Les gouvernements irakien et syrien vont oeuvrer à récupérer toute la frontière», estime pour sa part Aymenn Jawad al-Tamimi, spécialiste des mouvements jihadistes. «Négliger ce secteur poreux ne fera qu'aider l'EI à l'avenir».

Mais malgré les défaites essuyées ces derniers mois, la force de nuisance des jihadistes reste bien réelle.

«La terrible vérité, c'est que l'EI sera tout aussi meurtrier comme réseau d'insurrection terroriste que lorsqu'il était un quasi-État», avertit M. Heras. «En Syrie et en Irak, l'EI a pour stratégie de mener une insurrection brutale contre n'importe quelle force qui va conquérir son califat en utilisant de jeunes combattants endoctrinés, issus de la population locale».

«Impact pour des années»

Un avis partagé par M. Tamimi qui met en garde contre «les cellules dormantes, les raids, les kamikazes», auxquels l'EI peut encore avoir recours selon lui.

«Les attaques en Europe vont continuer pendant un certain temps. La défaite du projet étatique de l'EI diminue certes son attrait, mais (le groupe) continuera d'avoir des partisans pendant un long moment», dit-il.

Raqa était devenue le symbole des pires atrocités commises par l'organisation jihadiste, qui y aurait planifié les attentats ayant frappé plusieurs pays ces dernières années, notamment en Europe.

Pour l'analyste Charlie Winter, «il ne s'agit pas simplement de conquérir le territoire de l'EI pour voir son idéologie disparaître».

«Aux yeux de ceux qui se battent pour l'EI, l'organisation a réussi à déclarer un califat et le maintenir, c'est sans précédent dans l'histoire moderne du jihadisme salafiste», souligne le chercheur au Centre international d'études sur la radicalisation et la violence politique au King's College de Londres.

«C'est quelque chose qui aura un impact sur l'ensemble du spectre jihadiste, pour des années et des années à venir», met-il en garde.




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