De Raqqa à Alep, l'interminable périple des rescapés de l'EI

Des milliers de rebelles et de civils avaient... (AFP)

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Des milliers de rebelles et de civils avaient été évacués de la gare d'Aleproutière en 2016, quand le régime syrien avait repris la totalité de la ville. Aujourd'hui, la gare est devenue un point de transit pour d'autres naufragés de la guerre en Syrie.

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse
Alep

Sur les trottoirs poussiéreux de la principale gare routière d'Alep, des dizaines d'hommes, femmes et enfants, le teint blafard, les yeux cernés et hagards, languissent sous un soleil de plomb après avoir fui les djihadistes.

Des milliers de rebelles et de civils avaient été évacués de cette gare routière en 2016, quand le régime syrien avait repris la totalité d'Alep. Aujourd'hui, elle est devenue un point de transit pour d'autres naufragés de la guerre en Syrie.

Au «garage de Ramoussa», comme l'appellent les Alépins, des familles entières ayant quitté les fiefs djihadistes de Raqqa Mayadine et Deir Ezzor régulièrement bombardés, attendent de rejoindre leurs proches ailleurs dans le pays.

«On est là par miracle», confie à l'AFP Oum Hammoud, entourée de ses 10 enfants, dont le plus jeune est un bébé de six mois.

Avant la guerre, elle faisait le trajet entre sa Raqqa natale et Alep -à 200 km plus à l'ouest- en deux heures.

Mais avec l'embrasement du front dans le fief du groupe djihadiste État islamique (EI) dans le nord syrien, elle a mis un mois.

«On a quitté Raqqa au début du ramadan après avoir payé 150 000 livres syriennes (près de 300 dollars) par personne. On peine à croire qu'on a survécu», témoigne cette femme de 45 ans qui a du mal à allaiter son bébé en pleurs.

À bord de camionettes et après plusieurs arrêts, Oum Hammoud et les siens ont survécu aux mines, à un bombardement aérien, à des djihadistes traquant des fuyards, avant d'atteindre enfin Alep mardi, en route pour la ville de Homs (centre) où ils ont des proches.

Elle découvre une Alep en ruines, ravagée par quatre ans de combats.

«C'était bondé»!

«Enfant, je visitais Alep avec mes parents, on allait au restaurant, c'était beau», dit, émue, Oum Hammoud portant une abaya noire brodée d'un fil doré.

Mohammad, un responsable de la billetterie dans une compagnie de bus, affirme voir «des malades qui n'ont pas vu des médecins depuis des années. Les enfants arrivent affamés».

«Ils passent parfois 24 heures pour attendre» le prochain bus, précise-t-il.

Sa compagnie, Al Eman, est l'une des rares à être revenue à la gare de Ramoussa, rouverte début juillet pour la première fois depuis 2012, lorsqu'Alep s'est divisée en secteurs loyaliste et rebelle.

Ramoussa fut un secteur stratégique car traversé par la route vers la capitale Damas. Les baraques détruites près de la gare et des voitures carbonisées attestent toujours de la violence des combats.

Après la victoire du régime à Alep, c'est à travers la gare de Ramoussa que sont partis les bus évacuant rebelles et civils bloqués pendant des mois dans la partie orientale de l'ex-capitale économique du pays.

Mais la gare, qui grouillait de monde avant 2012 n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les devantures des compagnies de bus ont disparu, les bureaux sont quasi-vides et le bâtiment principal ravagé.

«Avant, il y avait des bus partant toutes les 30 minutes, c'était bondé ici», selon Mohammad. Aujourd'hui, le service reste très aléatoire avec au maximum 15 bus par jour.

Destructions

Abboud el-Sayah a lui quitté Raqqa il y trois mois, lorsque les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde combattant l'EI avec le soutien américain, se rapprochaient de ce fief de l'EI.

«J'ai habité dans le désert (dans la province de Raqqa) et je m'occupais d'un troupeau de moutons avec des proches», raconte ce septuagénaire très brun portant de grosses lunettes.

Il est passé de village en village et attend aujourd'hui le prochain bus pour la ville côtière de Lattaquié (ouest), où il a de la famille.

Quant à Rouqaya, 66 ans, elle est venue à bord d'une camionnette de Mayadine, ville tenue par l'EI dans l'est du pays, près de la frontière irakienne.

Cette mère de cinq enfants s'estime chanceuse, car elle a fait le trajet en quatre jours, après avoir payé l'équivalent de plus de 3700 dollars US pour toute la famille.

Mais durant ce voyage de l'est vers le nord de la Syrie, Rouqaya s'est rendue compte de l'étendue des ravages de la guerre.

«On est allé de destruction en destruction. À Tabqa (ouest de Raqqa), tout est ravagé. À Alep, qui était un paradis, j'ai vu l'hôpital où travaillait l'un de mes fils. C'était complètement aplati», affirme-t-elle.

«Pourquoi toutes ces destructions? pourquoi chasse-t-on les gens de leurs maisons»?




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