Des Syriens réclament la libération des détenus du «crématorium» de Saydnaya

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Une image satellite de la prison de Saydnaya.

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Maya GEBEILY
Agence France-Presse
Genève

Debout devant le siège de l'ONU à Genève, Amina Kholani retient ses larmes en revivant le cauchemar de ses visites à des proches détenus à Saydnaya, l'une des prisons les plus redoutées de Syrie.

Ce centre de détention est revenu sous les projecteurs cette semaine après que les États-Unis ont affirmé avoir découvert à travers des images satellites la présence de ce qu'ils pensent être un «crématorium» pour faire disparaître les restes de milliers de prisonniers.

Ces accusations ont jeté une ombre sur les pourparlers de paix relancés cette semaine à Genève sous l'égide de l'ONU, avec les représentants du gouvernement de Damas et de l'opposition.

Des proches des prisonniers de Saydnaya et d'autres prisons du régime s'étaient réunis mercredi sur une place devant l'une des entrées du Palais des Nations, pour exiger que la libération des détenus soit discutée en priorité par les délégations syriennes.

Brandissant des portraits de prisonniers, les larmes aux yeux, les manifestants, en majorité des femmes, ont inscrit les noms de leurs proches sur deux longues banderoles de papier étalées sur le sol.

«Ceux qui sont à l'extérieur pensent qu'un prisonnier syrien est simplement enfermé dans une cellule avec un lit et de la nourriture -- mais il vit en fait dans un cercueil. C'est un cadavre, mais qui respire encore», explique à l'AFP Mme Kholani, 42 ans.

Cette femme plantureuse, coiffée d'un foulard blanc, milite pour la libération de trois de ses proches détenus dans la prison de Saydnaya, où son mari a lui-même passé un an avant le soulèvement en 2011 des opposants au régime du président Bachar al-Assad.

Elle raconte le long processus jalonné de pots-de-vin et de faveurs avant d'obtenir une autorisation de visite.

«Même quand vous êtes à l'intérieur, on n'est pas en contact direct. Il y a un écran métallique et un garde en permanence», explique-t-elle.

Sa voix se brise en décrivant les deux visites qu'elle a faites à son mari dans la prison de Saydnaya.

«Il était incapable de marcher par manque de nourriture ou à cause des tortures et des coups.»

«On reste assis et on pleure»

«Je ne l'ai pas reconnu sur le coup. Vous ne pouvez pas croire que cette personne est votre mari, votre fils ou votre frère», se souvient Mme Kholani.

Toute conversation dépassant le simple «comment vas-tu» déclenchait immédiatement une salve de coups, alors «on arrête de poser des questions. On reste juste assis et on pleure.»

Des milliers de prisonniers sont détenus dans ce centre gardé par l'armée, à 30 kilomètres au nord de Damas, l'une des plus grandes prisons de Syrie.

L'organisation Amnesty International a accusé le régime syrien de mener une «politique d'extermination» à Saydnaya en torturant les détenus et en les privant de nourriture, d'eau et de soins médicaux.

En février, Amnesty a accusé le gouvernement syrien d'avoir tué jusqu'à 13 000 personnes au cours des cinq dernières années en procédant chaque semaine à des pendaisons.

Lundi, les États-Unis ont montré des images de satellite attestant selon eux de l'existence d'un «crématorium» dans l'enceinte de la prison.

L'opposition syrienne réclame depuis longtemps la libération des prisonniers détenus par le régime, une revendication qu'elle a encore mise sur la table lors du nouveau round de pourparlers à Genève.

L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura a déclaré qu'un accord sur les détenus était «presque finalisé» sans donner de détails.

Mais Mme Kholani n'est pas très optimiste.

«Nous n'avons pas beaucoup d'espoir dans les politiques ou les déclarations. Il vaut mieux être mort que prisonnier.»

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé en Angleterre, quelque 200 000 personnes sont passées par les prisons du régime au cours des 6 années de conflit.




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