Washington accuse la Syrie d'avoir brûlé des prisonniers

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Le responsable du département d'État pour le Moyen-Orient, Stuart Jones.

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Crise dans le monde arabe

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Crise dans le monde arabe

Consultez notre dossier complet sur les tumultes, conflits et guerres qui ont suivi le «Printemps arabe». »

Nicolas REVISE
Agence France-Presse
Washington

Les États-Unis ont accusé lundi la Syrie d'avoir brûlé dans un «crématorium» une partie des milliers de prisonniers assassinés ces dernières années et ont exhorté la Russie à faire pression sur son allié pour qu'il mette fin à ces «meurtres de masse».

Sur des clichés datés d'avril 2017, d'avril 2016,... (Photo AP) - image 1.0

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Sur des clichés datés d'avril 2017, d'avril 2016, de janvier 2015 et d'août 2013, on voit des bâtiments, dont l'un est légendé «prison principale» et l'autre «probable crématorium».

Photo AP

Le département d'État a voulu frapper les esprits en dévoilant des photos satellites «déclassifiées» de ce qu'il affirme être le tristement célèbre complexe pénitentiaire de Saydnaya, au nord de Damas.

Sur ces clichés datés d'avril 2017, d'avril 2016, de janvier 2015 et d'août 2013, on voit des bâtiments, dont l'un est légendé «prison principale» et l'autre «probable crématorium».

«Nous pensons que la construction d'un crématorium est une tentative pour dissimuler l'étendue des meurtres de masse perpétrés à Saydnaya», a accusé le secrétaire d'État adjoint pour le Moyen-Orient, Stuart Jones.

«Neige fondue»

Sur une photo de janvier 2015, la légende «neige fondue sur une partie du toit» attesterait, selon le diplomate américain, de l'existence d'un «crématorium installé par le régime syrien».

Ces allégations relaient un rapport, photos satellites à l'appui, qu'avait publié en février Amnesty International.

L'organisation des droits de l'homme accusait le régime syrien d'avoir pendu 13 000 personnes entre 2011 et 2015 dans cette prison de Saydnaya et dénonçait une «politique d'extermination» constituant des «crimes de guerre et crimes contre l'humanité».

Amnesty n'avait cependant pas évoqué de «crématorium» et Damas avait contesté un rapport «totalement faux».

D'après M. Jones, «le régime syrien avait commencé en 2013 à modifier un bâtiment au sein du complexe de Saydnaya pour (en faire) ce que nous pensons être un crématorium».

Citant Amnesty, il a estimé qu'«entre 5000 et 11 000 personnes avaient été tuées à Saydnaya entre 2011 et 2015», soit «50 meurtres par jour». Il n'a toutefois pas pu dire si le «crématorium» était toujours en service.

Ces accusations surviennent après la visite le 10 mai à la Maison-Blanche et au département d'État du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, dont le pays est l'allié militaire de la Syrie.

«Le secrétaire d'État (Rex) Tillerson a été ferme et clair avec le ministre Lavrov: la Russie a une énorme influence sur (le président) Bachar al-Assad», a martelé la porte-parole du département d'État Heather Nauert. L'Américain a demandé au Russe que Moscou «contienne» Damas.

M. Jones n'est pas allé jusqu'à accuser la Russie d'être complice des «crimes de masse» perpétrés précisément à Saydnaya.

Mais il a rappelé que «les États-Unis avaient exprimé maintes fois leur consternation devant les atrocités commises par le régime syrien».

«Soutien inconditionnel russe»

«Ces atrocités ont été perpétrées, semble-t-il, avec le soutien inconditionnel de la Russie et de l'Iran», a condamné le diplomate.

Après avoir vu mercredi le président Donald Trump, M. Lavrov s'était félicité d'une «compréhension mutuelle» et d'une volonté de «coopérer» entre deux puissances aux relations exécrables depuis 2012, notamment en raison du conflit syrien.

La guerre a fait depuis mars 2011 plus de 320 000 morts - même «plus de 400 000», a dit M. Jones en citant l'ONU -, déplacé plus de la moitié de la population et provoqué la fuite de millions de réfugiés.

Depuis six ans, ni Washington, soutien de l'opposition, ni Moscou, allié du régime, n'ont réussi à s'entendre pour faire cesser les massacres.

À la fin de la présidence de Barack Obama (2009-2017), les États-Unis s'étaient même mis en retrait du processus diplomatique et avaient laissé la Russie prendre la main.

Ainsi, dans le cadre de cycles de discussions au Kazakhstan, la Russie, la Turquie et l'Iran se sont entendus début mai sur la création de quatre «zones de désescalade» et des «zones de sécurité» censées faire baisser les violences.

Le département d'État se dit «sceptique» et préfère «soutenir» le processus de Genève de négociations indirectes entre le régime syrien et l'opposition sous l'égide de l'ONU. Ces pourparlers reprennent mardi, mais sans grand espoir.

Le chef de la délégation de l'opposition, Nasr al-Hariri, a d'ailleurs jugé que le «crématorium» n'était qu'«une goutte d'eau dans la mer» et que «ce qui se passe dans les prisons du régime est bien plus atroce».

De son côté, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme a dit ne «pas (avoir) d'informations prouvant qu'il y a eu crémation». Mais «il y a un grand nombre de détenus qui ont été et qui sont toujours exécutés chaque jour à Saydnaya».

Cela poussera-t-il Donald Trump à réagir comme lorsqu'il a fait bombarder début avril une base militaire syrienne ?

«Quand il sera prêt à agir, il le communiquera à tout le monde», a éludé son porte-parole Sean Spicer.




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