Syrie: discussions pénibles entre Washington et Moscou

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Nicolas REVISE, Karam AL-MASRI
Agence France-Presse

Les États-Unis et la Russie s'efforceront jeudi encore de sauver le processus diplomatique pour la Syrie, après un vif débat au Conseil de sécurité de l'ONU, pendant que la guerre reprenait de plus belle dans la ville martyre d'Alep bombardée.

Le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS), qui rassemble 23 pays et organisations internationales se retrouvera une nouvelle fois jeudi à New York, sous les auspices de Washington et Moscou dont les échanges diplomatiques sont de plus en plus acrimonieux.

«Cela va être très difficile. Nous verrons ce que chacun est prêt à faire», a averti mercredi soir le secrétaire d'État américain John Kerry en annonçant qu'il reverrait son homologue russe Sergueï Lavrov avant la réunion du GISS programmée vers 14h00.

La dernière réunion de ce groupe, mis sur pied à l'automne 2015 par les puissances mondiales et régionales impliquées dans le conflit syrien, s'était achevée mardi à New York dans une ambiance de plomb.

Et sans aucune percée diplomatique.

L'«enfer» de cette guerre qui a fait plus de 300 000 morts et provoqué la pire tragédie humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale «jette la honte sur nous», a tonné mercredi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon lors d'une session de crise du Conseil de sécurité.

Devant l'ONU, MM. Kerry et Lavrov se sont étrillés.

«Univers parallèles»

«C'est un moment de vérité pour la Russie (...) Ce n'est pas une blague, c'est une affaire grave», s'est insurgé, avec une colère froide, le chef de la diplomatie américaine. S'adressant au ministre russe, il s'est demandé avec ironie s'ils vivaient «dans des univers parallèles».

John Kerry a exigé une remise sur les rails de l'accord de Genève qu'il avait paraphé le 9 septembre avec Sergueï Lavrov afin que Moscou impose à son protégé à Damas de «clouer au sol ses aéronefs» et lui «interdise» de bombarder l'opposition et les civils.

Ce compromis américano-russe avait volé en éclat lundi lorsque l'armée syrienne avait annoncé la «fin» de la trêve.

L'accord prévoyait sept jours de cessez-le-feu, de l'aide humanitaire, une zone d'interdiction de survol pour l'aviation syrienne et une coopération militaire Washington-Moscou contre les jihadistes.

Montrant du doigt la Russie et la Syrie, M. Kerry a qualifié de «violation flagrante du droit international» le raid de lundi contre un convoi humanitaire de l'ONU (20 morts) et celui de mardi contre deux ambulances (quatre tués).

En réponse, l'ambassadeur syrien Bachar al-Jaafari a accusé les États-Unis de conduire une «guerre de propagande immonde», pendant que son pays combat «des dizaines de milliers de terroristes».

À Moscou, le ministère de la Défense a affirmé qu'un drone Predator de la coalition militaire pilotée par Washington se trouvait dans le secteur de la frappe de lundi. Le Pentagone l'a démenti et l'ONU s'est dite «prête» à reprendre ses convois humanitaires.

Il faut dire que la coalition avait reconnu le 17 septembre avoir bombardé par erreur l'armée syrienne, faisant 90 morts. «Un accident terrible», a concédé M. Kerry.

Impassible, M. Lavrov n'a pas fermé la porte à un retour de la trêve mais il a affirmé qu'il «ne pouvait plus y avoir de pause unilatérale» par l'armée du président Bachar al-Assad, accusant l'opposition d'avoir repris les hostilités.

Pire journée à Alep

Sur le terrain, Alep, épicentre de la guerre, a subi sa pire journée depuis le cessez-le-feu avorté, a dénoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Des bombardements ont tué au moins 12 civils, dont deux enfants, a rapporté l'ONG.

Et mardi soir, une frappe a visé deux ambulances à Khan Toumane, au sud d'Alep, qui venaient évacuer des blessées d'un premier raid. Deux ambulanciers et deux infirmiers ont été tués, a annoncé l'Union des organisations de secours et soins médicaux.

Selon l'OSDH, le premier raid visait un dispensaire de l'Armée de la Conquête, coalition de rebelles et de jihadistes du Front Fateh al Cham (ex-Front al-Nosra). Khan Toumane est une localité rebelle que Damas tente de reprendre.

Le journaliste de l'AFP dans la partie rebelle d'Alep a compté «au moins 100» explosions mercredi de minuit à 5h00.

Un immeuble de six étages s'est effondré dans le quartier de Soukkari. «Il n'y avait dans l'immeuble que deux frères», a confié à l'AFP Abou Ahmad, un voisin, en dégageant les gravats sur le trottoir. «Je leur avais rendu visite une heure avant la frappe, on a bu du thé ensemble et maintenant ils sont morts».

Dans un autre quartier rebelle, Qadi Askar, plusieurs immeubles se sont écroulés, selon une vidéo obtenue par l'AFP. Elle montre un bénévole de la défense civile qui tente d'avancer au milieu des gravats et des enfants marchant dans les ruines.

Dans la partie gouvernementale d'Alep, deux personnes ont été tuées et sept blessées par des obus tirés des quartiers rebelles. Et 18 personnes ont perdu la vie et 35 autres ont été blessées par huit missiles tirés sur la localité rebelle de Khan Cheikhoun, dans la province d'Idleb (nord-ouest).

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