Le dernier locataire du zoo d'Alep

À la faveur de la trêve instaurée lundi... (photo Youssef KARWASHAN, AFP)

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À la faveur de la trêve instaurée lundi en Syrie, le babouin hamadryas de 22 ans, reçoit à nouveau des visites à Sabil, un grand parc d'Alep, deuxième ville de Syrie divisée depuis 2012.

photo Youssef KARWASHAN, AFP

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Crise dans le monde arabe

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Crise dans le monde arabe

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Maher AL MOUNES
Agence France-Presse
ALEP

Près de la ligne de démarcation dans la ville syrienne d'Alep, Saïd le singe, dernier locataire d'un zoo improvisé, regarde étonné des enfants s'agglutinant devant sa cage pour la première fois depuis quelques mois.

La guerre qui s'est installée dans la cité dévastée, avec son lot de morts, de destructions et de souffrance, n'a pas épargné ce primate surnommé Saïd (joyeux en arabe). 

À la faveur d'une trêve instaurée lundi en Syrie, le babouin hamadryas de 22 ans, chouchou des Alépins, reçoit à nouveau des visites à Sabil, un grand parc de la deuxième ville de Syrie divisée depuis 2012.

« À chaque fois qu'il entendait les roquettes ou des tirs, il sautait effrayé et grimpait au plus haut point de la cage », affirme à l'AFP Abdallah al-Jaghal, qui s'occupe de Saïd depuis qu'il est venu d'Afrique il y a 18 ans.

« Il était terrorisé par les grands bruits et avait besoin d'un long moment pour se calmer », explique le gardien de 52 ans.

À cinq minutes de la ligne de démarcation, le parc Sabil, situé dans la partie gouvernementale (ouest) d'Alep, avait été déserté par ses visiteurs après avoir essuyé des roquettes venues du côté rebelle.

On y voit un trou laissé par un obus de mortier, le gazon est tout sec, comme les arbustes. Les autres anciens locataires comme les paons sont morts. Restent quelques canards et Saïd, qui se nourrit de légumes et de pistaches.

« Déprimé et triste »

« Il s'appelle "Saïd", car il a fait entrer la joie dans le coeur des enfants et leurs parents pendant des années », explique Abdallah.

« Il était vraiment joyeux et amusant. Aujourd'hui, il est triste et vieux, car il a perdu de nombreux admirateurs qui lui rendaient souvent visite », précise-t-il, en tendant la main vers le primate pour le convaincre de manger quelques pistaches.

Mais Saïd, au pelage gris et avec une chaîne autour du cou, ignore son gardien et les regards des enfants curieux et de leurs parents.

À côté de sa cage en fer, des miettes de pain et quelques saletés jonchent le gazon.

« Depuis notre enfance, nos parents nous amenaient précisément dans ce parc pour voir Saïd et ses acrobaties », se rappelle l'un des visiteurs, Bassam Primo, 35 ans, venu avec ses enfants.

« Avec la crise, il a maigri, il est devenu malade, sa partenaire est décédée et il s'est isolé », ajoute-t-il.

Malgré les combats à Alep, Bassam venait de temps à autre lui offrir des pommes.

« Mais je le trouve déprimé et triste », déplore-t-il. La fillette de Bassam offre un jus au singe qui le boit sans hésiter.

Avec l'entrée en vigueur lundi de la trêve négociée par les Russes et les Américains, et à l'occasion de l'Aïd Al-Adha, la fête musulmane du sacrifice, le parc accueille à nouveau des visiteurs.

Des vendeurs ambulants ont refait leur apparition, tandis que les enfants s'amusent à appeler le singe par son surnom, et que des familles prennent des photos avec lui.

« Ce singe est un bon souvenir d'avant-guerre pour les Alépins », dit encore Bassam.

« Nous avons vécu des moments difficiles à Alep et Saïd les a partagés avec nous », assure de son côté Asma Diba, 36 ans, institutrice d'anglais.

« Nous avions peur qu'il meure de faim ou qu'il soit tué par une roquette », dit-elle.

Venue avec sa copine, elle est attristée par le spectacle de désolation qu'offre le singe dans sa cage.

« Il nous a donné de la joie pendant 20 ans, mais il est temps qu'il reparte dans son Afrique natale pour qu'il soit heureux ».

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