Washington s'inquiète de l'offensive turque contre les milices kurdes

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L'armée turque dispose actuellement d'une cinquantaine de chars et de centaines de soldats sur le sol syrien.

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Crise dans le monde arabe

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Crise dans le monde arabe

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Clément MELKI
Agence France-Presse
Istanbul

La Turquie a prévenu lundi qu'elle continuerait de frapper les combattants kurdes dans le nord de la Syrie tant qu'ils n'auraient pas reculé à l'est de l'Euphrate, mais Washington a jugé ces affrontements « inacceptables » et appelé à la fin des combats.

Les milices kurdes YPG soutenues par les États-Unis sont revenues à l'est de l'Euphrate en Syrie, conformément à ce que demande le gouvernement turc, a indiqué lundi un haut responsable américain sous couvert de l'anonymat.

La Turquie avait prévenu qu'elle continuerait de frapper les combattants kurdes syriens dans le nord de la Syrie tant qu'ils ne seraient pas revenus à l'est de l'Euphrate. 

« Les YPG (Unités de protection du peuple kurde), comme les États-Unis l'ont promis (...), doivent repasser à l'est de l'Euphrate dès que possible et tant qu'elles ne le feront pas elles (resteront) une cible », avait déclaré lundi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, au sixième jour de l'offensive de son pays dans le nord de la Syrie.

Dans le même temps, des avions de combat turcs ont bombardé des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le nord de l'Irak, dans la région de Gara, a rapporté l'agence de presse progouvernementale Anadolu. L'aviation avait déjà effectué de tels raids ces derniers mois.

Engagée depuis mercredi dans l'opération « Bouclier de l'Euphrate », visant à la fois les combattants kurdes et les djihadistes du groupe État islamique (EI) en Syrie, l'armée turque a annoncé dimanche avoir tué « 25 terroristes kurdes », après avoir essuyé la perte d'un premier soldat au sol.

Dans un communiqué, le président Recep Tayyip Erdogan a confirmé que l'offensive se poursuivrait jusqu'à « la fin de la menace de DAECH (l'EI), du PKK et des YPG ».

La Turquie, en conflit avec les Kurdes sur son propre territoire, veut éviter que les Kurdes syriens ne forment une ceinture continue le long de sa frontière avec la Syrie voisine, ravagée par un conflit complexe qui a fait plus de 290 000 morts depuis 2011.

« Le but de l'opération est de nettoyer la région de l'EI et d'empêcher le PYD (Parti de l'Union démocratique) et les YPG de mettre en place un couloir de bout en bout » qui « diviserait la Syrie », a affirmé le vice-premier ministre turc Numan Kurtulmus, cité par la chaîne de télévision turque NTV.

« Nettoyage ethnique »

De son côté, l'émissaire présidentiel américain auprès de la coalition internationale antidjihadiste, Brett McGurk, a qualifié les affrontements entre la Turquie et les forces arabo-kurdes d'« inacceptables », appelant toutes les parties à « cesser » les combats.

« Nous voulons dire clairement que ces combats sont inacceptables et suscitent notre profonde inquiétude », a fait savoir le Pentagone dans un communiqué.

Ankara considère le PYD et sa branche armée comme des organisations « terroristes », bien qu'ils soient épaulés, en tant que forces combattant efficacement les djihadistes, par Washington, allié traditionnel de la Turquie.

En visite à Ankara la semaine dernière, le vice-président américain Joe Biden avait « dit très clairement » que les forces kurdes devaient « retraverser » l'Euphrate vers l'est, faute de quoi elles perdraient le soutien des États-Unis. Mais Ankara assure n'avoir pas vu de changement depuis.

« Dans les endroits où elles se rendent, les YPG forcent tout le monde à migrer, y compris les Kurdes qui ne pensent pas comme elles, et procèdent à un nettoyage ethnique », a accusé M. Cavusoglu.

61 frappes

L'armée turque a indiqué dans un communiqué avoir ouvert le feu à 61 reprises sur 20 cibles dans le nord de la Syrie au cours des dernières 24 heures, sans préciser quels groupes étaient visés.

Par ailleurs, trois roquettes ont été tirées lundi sur la ville frontalière de Kilis (sud-est) à partir des territoires contrôlés par l'EI, blessant cinq personnes, a rapporté NTV, qui a précisé que l'armée turque avait répliqué.

Dimanche, l'Observatoire syrien des droits de l'homme avait affirmé que les bombardements turcs en Syrie avaient provoqué la mort d'au moins 40 civils, des allégations fermement démenties par Ankara, qui assure que l'armée prend « toutes les mesures nécessaires pour éviter de toucher la population civile ».

Le Conseil militaire de Jarablos, lié aux Forces démocratiques syriennes prokurdes, a annoncé dans un communiqué que ses forces s'étaient retirées au sud de la rivière Sajur (20 km au sud de Jarablos) « pour protéger la vie des civils ». Si cette décision va dans le sens des demandes d'Ankara, elle maintenait toutefois les combattants affiliés aux FDS à l'ouest de l'Euphrate.

Sur le front diplomatique, le ministère syrien des Affaires étrangères a condamné « les violations, les agressions et les massacres commis par le régime turc », les qualifiant de « crimes contre l'humanité », dans une lettre adressée à l'ONU et diffusée par l'agence officielle de presse syrienne Sana.

Obama rencontrera Erdogan

Le président américain Barack Obama rencontrera dimanche en Chine son homologue turc Recep Tayyip Erdogan pour évoquer la situation en Syrie où le conflit a encore gagné en complexité avec l'intervention turque.

Lors de cette rencontre en marge du sommet du G20 de Hangzhou, les deux dirigeants « aborderont la campagne contre le groupe État islamique et la nécessité de rester unis », a déclaré lundi au cours d'un point de presse Ben Rhodes, proche conseiller de M. Obama.

L'offensive des forces turques en Syrie contre le groupe État islamique, qui vise aussi à stopper l'avancée des Kurdes syriens à leur frontière, contraint Washington au grand écart entre son allié turc et ses partenaires kurdes.

Il s'agira de la première rencontre entre MM. Obama et Erdogan depuis la tentative de coup d'État avortée du 15 juillet en Turquie.

Cette dernière a créé des tensions entre les deux pays, Ankara exigeant l'extradition de l'ex-imam Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis et accusé d'avoir ourdi le putsch.

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