Roméo Dallaire dénonce l'inaction du monde face au «génocide syrien»

Roméo Dallaire fait partie d'une délégation venue sur... (PHOTO Adrian Wyld, PC)

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Roméo Dallaire fait partie d'une délégation venue sur la colline du Parlement documenter, photos à l'appui, les atrocités commises contre des civils dans les prisons syriennes du président Bachar al-Assad.

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Crise dans le monde arabe

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La Presse Canadienne
OTTAWA

Le général à la retraite Roméo Dallaire estime qu'on assiste présentement en Syrie à un génocide semblable à celui du Rwanda en 1994 et que la communauté internationale n'en fait pas assez pour mettre fin à ce massacre.

M. Dallaire, qui a aussi été sénateur libéral, faisait partie mardi matin d'une délégation venue sur la colline du Parlement documenter, photos à l'appui, les atrocités commises contre des civils dans les prisons syriennes du président Bachar al-Assad. Les 55 000 photos, qui ont pu sortir de Syrie sous le manteau, illustrent la torture qui serait subie par des hommes, des femmes mais aussi des enfants syriens.

Faisant écho à la déclaration du général à la retraite qui a condamné l'inaction de la communauté internationale face au conflit syrien, le directeur général d'UNICEF, Anthony Lake, s'est dit outré en entrevue téléphonique de la façon dont les choses se déroulent en Syrie.

Lors d'une visite dans un hôpital syrien il y a quelques mois, le directeur général du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) a assisté à une opération sur la victime d'un tireur embusqué. L'âge de celle-ci n'a pas pu être déterminé étant donné la sévérité de ses blessures.

M. Lake a observé les médecins retirer des morceaux de la mâchoire du visage défiguré de la victime en utilisant ce qu'il a qualifié de «vieux instruments» dans un aménagement décrit comme «une genre de salle d'opération». La date d'expiration de l'anesthésiant utilisé remontait à plusieurs années, selon ce qu'a rapporté la tête dirigeante de l'UNICEF dans une entrevue exclusive accordée à La Presse Canadienne.

«C'est un outrage», a-t-il lancé de l'autre bout du fil, de son bureau à New York.

M. Dallaire, qui a «serré la main du diable», pour reprendre le titre de son livre témoignage au Rwanda, croit que la communauté internationale devrait rapidement conclure un accord de paix très strict pour mettre fin à la guerre civile en Syrie.

M. Dallaire a été le commandant des casques bleus que les Nations unies avaient déployés au Rwanda pour tenter - vainement - d'empêcher le génocide qui a fait des centaines de milliers de morts. Il a d'ailleurs sous-titré son livre: «La faillite de l'humanité au Rwanda».

Depuis, il fait campagne sans relâche pour la prévention des conflits et contre l'utilisation des enfants soldats. Il a d'ailleurs démissionné de son poste au Sénat en 2014, après neuf ans, pour se consacrer à ces causes humanitaires. Il oeuvre notamment à l'Institut montréalais d'études sur le génocide et les droits de la personne, de l'Université Concordia.

Le général à la retraite a soutenu mardi à Ottawa qu'il avait vu de ses propres yeux des enfants être recrutés dans des camps de réfugiés en Jordanie pour aller se battre en Syrie, à l'image de ce qu'il avait constaté en 1994 lors du génocide du Rwanda. «C'est une honte pour l'humanité lorsqu'une société utilise des enfants comme chair à canon pour une telle cause désespérée, a-t-il soutenu mardi. Et par notre inaction, nous participons à cette disgrâce.»

Naomi Kikoler, directrice adjointe du Centre Simon-Skjodt pour la prévention des génocides, à Washington, explique que les photos prises démontrent toute l'ampleur de la souffrance que vivent les Syriens, aujourd'hui même, en temps réel. «En publiant ces photos, nous espérons faire pour les Syriens ce qui n'a pas été fait pour les Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale: mettre en lumière leurs souffrances et faire pression pour que les autres posent des gestes afin de prévenir ces crimes et protéger ces communautés.»

Le conflit en Syrie dure depuis cinq ans et a fait jusqu'ici des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés.

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