Sous la pression des États-Unis et de la Russie, Damas s'est engagé à respecter une trêve de deux jours jeudi et vendredi dans la ville d'Alep, ravagée par des combats entre les forces gouvernementales et des groupes rebelles.

«Une trêve sera appliquée à Alep pour 48 heures à partir de jeudi à 01h00», a déclaré dans un communiqué le commandement des forces armées syriennes.

Cet engagement du pouvoir de Damas fait suite à l'annonce à Washington par le secrétaire d'État américain John Kerry d'un accord américano-russe pour «étendre» à Alep la cessation des hostilités en Syrie, en principe en vigueur depuis le 27 février.

Les groupes rebelles n'ont pas réagi immédiatement à l'annonce de l'accord.

La trêve, qui concernait toute la Syrie à l'exclusion des secteurs tenus par les djihadistes de l'État islamique et du Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, a volé en éclats le 22 avril à Alep, la grande ville du nord, divisée entre des secteurs tenus par les rebelles et des secteurs contrôlés par le gouvernement.

Le ministère russe de la Défense a confirmé «la réintroduction du "régime du silence" pour 48 heures dans la ville d'Alep» jusqu'au vendredi 6 mai à minuit.

Washington et Moscou négociaient depuis le début de la semaine un rétablissement du cessez-le-feu qu'ils avaient imposé il y a plus de deux mois.

Se félicitant d'une «étroite coordination avec la Russie» pour «surveiller» le silence des armes, M. Kerry a exhorté «toutes les parties à respecter totalement la nouvelle trêve à Alep et dans tout le pays». 

Combats acharnés

À Alep, la journée de mercredi a été légèrement plus calme, après une nuit de bombardements et des combats acharnés mardi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les affrontements de mardi ont été «les plus violents depuis plus d'un an», selon une ONG syrienne. Depuis le 22 avril, 284 personnes, dont 57 enfants et 38 femmes, ont péri dans les violences à Alep, frappée par les raids des forces du président Bachar al-Assad et par les bombardements à l'artillerie lourde des rebelles, a déclaré l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La guerre en Syrie a fait plus de 270.000 morts et des millions de réfugiés et de déplacés depuis mars 2011.

A la demande de la France et du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni mercredi soir à New York pour discuter de la situation à Alep. Des responsables onusiens y ont dénoncé des «crimes de guerre».

«Les attaques délibérées et directes contre des hôpitaux sont des crimes de guerre», a déclaré le secrétaire général adjoint des Nations unies aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman. «Utiliser la famine comme une arme dans un conflit est un crime de guerre», a-t-il dit.

Le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien, a lui aussi condamné des «attaques inexcusables» sur des établissements médicaux à Alep, appelant à traduire leurs responsables en justice.

À Berlin, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a appelé les troupes gouvernementales syriennes à «respecter totalement la trêve».

Sans cela, 400 000 personnes pourraient fuir vers la Turquie, a averti l'émissaire spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui tente de relancer les négociations de paix indirectes à Genève entre le pouvoir et l'opposition.

Damas, allié de Moscou, a déclaré avoir lancé le 22 avril son offensive aérienne contre la partie rebelle d'Alep en riposte à des attaques du Front Al-Nosra.

«Catastrophe» à Alep 

Outre la mort et les destructions à Alep, l'aide humanitaire ne parvient pas aux quartiers rebelles, a condamné l'ONU, en accusant Damas de ne pas laisser passer les convois.

«Nous avons besoin d'une fin des bombardements et des combats. C'est une catastrophe. Les médecins et infirmières se font tuer pendant que la population saigne», a déclaré le président du groupe de travail de l'ONU sur l'aide humanitaire, Jan Egeland.

Ailleurs en Syrie, au moins 22 frappes des forces loyalistes ont visé la Ghouta orientale, bastion rebelle à l'est de Damas, et les combats ont repris entre soldats et rebelles dès l'expiration dans la nuit d'un cessez-le-feu provisoire, selon l'OSDH.