Syrie: les É.-U. vilipendés pour leur manque de leadership

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L'ex-chef de la diplomatie française, Laurent Fabius

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Guerre civile en Syrie
Guerre civile en Syrie

Pour tout savoir sur le conflit syrien qui depuis mars 2011 a coûté la vie à plus de 250 000 personnes et poussé à la fuite des millions d'autres. »

Nicolas REVISE
Agence France-Presse
WASHINGTON

Les États-Unis sont vilipendés pour leur manque de leadership face à l'intensification et l'internationalisation de la guerre en Syrie, incapables d'empêcher leur allié turc de bombarder les Kurdes syriens et encore moins d'enrayer le rouleau compresseur russe.

Aux yeux de ses contempteurs, le président Barack Obama est coupable d'avoir refusé d'intervenir massivement en Syrie en appliquant à la lettre ce pour quoi il avait été élu en 2008: le retrait de l'Amérique des conflits du Moyen-Orient, après la catastrophe en Irak, afin de mieux «pivoter» vers l'Asie-Pacifique, la priorité de la politique étrangère américaine.

La critique la plus amère contre Washington est venue une nouvelle fois mardi de Paris, son «plus vieil allié», mais qui n'a jamais avalé que M. Obama renonce, à l'été 2013 et à la dernière minute, à frapper le régime du président Bachar al-Assad.

L'ex chef de la diplomatie française Laurent Fabius a rappelé sur la radio Europe 1 qu'«en août 2013, Bachar a utilisé des armes chimiques et que le président Obama avait dit "s'il utilise des armes chimiques ce sera une ligne rouge" et que la ligne rouge a été franchie sans qu'il y ait de réaction».

«Quand on écrira l'histoire on s'apercevra que c'est un tournant, pas seulement dans la crise du Moyen-Orient, mais aussi pour l'Ukraine, la Crimée et pour le monde», a taclé l'ancien ministre qui avait déjà exprimé ses «regrets» face aux «ambiguïtés» et au manque d'«engagement très fort» des Américains en Syrie.

«Des historiens ouvriront nos archives»

À Washington aussi, de plus en plus de voix s'élèvent contre les condamnations de pure forme de la diplomatie américaine: de fait, le département d'État s'est contenté lundi de fustiger «la brutalité du régime Assad» et de mettre «en doute la volonté de la Russie à pouvoir l'arrêter».

«Des historiens ouvriront un jour nos archives et se demanderont ce que nous pensions pouvoir accomplir avec de telles déclarations», s'indigne, dans un tweet assassin, Jonathan Schanzer, de la Foundation for Defense of Democracies.

Mais l'administration américaine balaie ces critiques.

Elle vante sa coalition militaire de 65 pays qu'elle pilote depuis 18 mois à coups de milliers de raids contre le groupe État islamique (EI). Le secrétaire d'État John Kerry, sceptique de l'interventionnisme militaire et réputé pour son optimisme, mise tout sur la diplomatie pour faire la paix en Syrie: une vingtaine de puissances mondiales et régionales ont scellé les 11-12 février un accord à Munich pour une hypothétique «cessation des hostilités» en fin de semaine et l'ouverture de couloirs humanitaires.

Une trêve qui semble de plus en plus illusoire avec la montée en puissance de l'offensive russe dans le nord de la Syrie et l'entrée en jeu de la Turquie, auxquelles les États-Unis assistent impuissants.

Interrogé mardi pour savoir s'il se sentait «berné» par son homologue russe Vladimir Poutine, M. Obama a rétorqué que la Syrie n'était «pas un concours entre moi et Poutine». Et il a réaffirmé que le conflit risquait d'être un «bourbier» pour Moscou.

Washington a ainsi «condamné dans les termes les plus forts» les bombardements lundi, probablement russes, contre des hôpitaux et des écoles. Même indignation face aux frappes turques contre les Kurdes syriens qui enveniment les relations Ankara-Moscou et mettent à mal l'alliance turco-américaine.

«Faillite morale»

Il faut dire que Washington est dans une position des plus inconfortables. Il est l'allié d'Ankara au sein de l'Otan et de la coalition anti-jihadistes, mais il soutient aussi les Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, les milices du Parti de l'union démocratique (PYD) qui se battent contre l'EI.

Les États-Unis sont aussi sur le papier les partenaires de la Russie pour trouver une solution diplomatique et politique en Syrie, dont la dernière illustration est l'accord de Munich.

Mais pour Joseph Bahout, de la Fondation Carnegie, le Moyen-Orient «récolte les fruits amers» du non interventionnisme américain en Syrie: M. Obama «n'a plus aucun levier sur la Turquie» et «ses déclarations d'aujourd'hui sont un nouveau feu vert aux Russes», déplore le chercheur.

L'un des opposants virulents à M. Obama, le sénateur républicain John McCain, dénonce aussi une «diplomatie (russe) au service d'une agression militaire que, malheureusement, l'administration Obama a favorisée».

Il s'agit même d'une «faillite morale de la politique américaine et occidentale en Syrie», s'insurgent les chercheurs Michael Ignatieff et Leon Wieseltier dans une tribune au vitriol de la Brookings Institution.

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