Aux rebelles armés de décider d'une cessation des hostilités en Syrie

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Des combattants rebelles marchent dans Ghouta, bastion de l'opposition situé à l'est de Damas, le 9 février.

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Crise dans le monde arabe

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Agence France-Presse
BEYROUTH, Liban

Le comité représentant les principaux groupes de l'opposition syrienne a souligné vendredi qu'il reviendra aux rebelles armés sur le terrain en Syrie d'approuver ou non une cessation des hostilités voulue par les grandes puissances.

«Le projet d'une cessation temporaire des hostilités sera... (PHOTO DENIS BALIBOUSE, ARCHIVES REUTERS) - image 1.0

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«Le projet d'une cessation temporaire des hostilités sera examiné par les factions rebelles sur le terrain», a déclaré George Sabra (à droite), un membre important du HCN, organe constitué de représentants des principaux partis d'opposition et groupes rebelles.

PHOTO DENIS BALIBOUSE, ARCHIVES REUTERS

Les États-Unis, la Russie et leurs alliés sont tombés d'accord dans la nuit de jeudi à vendredi sur une «cessation des hostilités» dans un délai d'une semaine afin de tenter de relancer le processus pour mettre fin à la guerre en Syrie.

«Le projet d'une cessation temporaire des hostilités sera examiné par les factions rebelles sur le terrain», a déclaré George Sabra, un membre important du Haut comité des négociations (HCN), organe constitué de représentants des principaux partis d'opposition et groupes rebelles.

Les rebelles armés sur le terrain «sont ceux qui décideront de la mise en oeuvre de cette trêve», a-t-il ajouté.

Le chef du HCN, Riad Hijab, a pour sa part souligné sur son compte Twitter que toute décision sur la mise en oeuvre de cette trêve sera «conditionnée à l'accord des factions des fronts nord et sud».

Si les rebelles armés expriment leur accord pour une trêve et si une résolution de l'ONU demandant la fin du siège de nombreuses villes ainsi qu'un accès humanitaire sans entrave aux civils est mise en oeuvre, «la porte sera ouverte pour une reprise des pourparlers (de paix) à Genève», a affirmé M. Sabra.

Des pourparlers de paix entre le régime et l'opposition qui devaient se tenir à Genève fin janvier n'ont jamais pu décoller et ont été reportés au 25 février, en raison notamment de l'offensive lancée par le régime du président Bachar al-Assad, avec l'appui de la Russie, contre la ville d'Alep, dans le nord du pays.

Cette offensive a mis la rébellion en difficulté et poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers pour tenter de se rendre en Turquie voisine.

La guerre en Syrie qui a éclaté en 2011 après la répression par le régime de manifestations demandant davantage de démocratie implique aujourd'hui une multitude d'acteurs y compris internationaux. Elle a fait plus de 260 000 morts et poussé des millions de Syriens à l'exil.

Des espoirs et beaucoup d'interrogations

L'accord des grandes puissances sur une cessation des hostilités en Syrie s'annonce fragile, mais il constitue l'unique voie pour espérer relancer le processus de paix et stopper l'engrenage guerrier, ont estimé vendredi pays impliqués et experts.

«Nous avons convenu d'une cessation des hostilités dans tout le pays dans un délai d'une semaine», a annoncé le chef de la diplomatie américaine John Kerry à l'issue d'une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) à Munich. Les parties ont aussi convenu d'intensifier dès les prochains jours l'aide humanitaire vers les villes assiégées par le régime de Damas ou le groupe État islamique (EI), par voie terrestre ou aérienne.

Mais pour les Occidentaux, les Russes, principaux soutiens du régime de Bachar Al-Assad dans son offensive militaire contre les rebelles, doivent désormais montrer l'exemple dans la mise en oeuvre de l'accord.

«Les mots doivent être suivis de faits (...) et c'est à la Russie que revient la principale responsabilité» dans ce domaine, a insisté une porte-parole du gouvernement allemand, Christine Wirtz.

«Nous avons à présent la possibilité de sauver ce processus, mais nous attendons dans le même temps que la période jusqu'à un cessez-le-feu ne soit pas utilisée pour une accentuation des bombardements», a-t-elle martelé en référence aux frappes russes qui visent actuellement le bastion rebelle d'Alep.

Par ailleurs, la trêve exclut les groupes djihadistes tels l'EI et le Front al-Nosra - branche locale d'Al-Qaïda - et donc l'arrêt des bombardements contre ces groupes.

«Nous continuerons, de même que la coalition conduite par les États-Unis, à les combattre», a souligné le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

La coalition emmenée par les États-Unis mène depuis 2014 des raids aériens contre l'EI, essentiellement dans l'est du pays. Les Russes concentrent de leur côté leurs bombardements sur la partie ouest du pays, en appui direct à Bachar Al-Assad.

Aller de l'avant

Les Occidentaux leur reprochent depuis des mois de frapper sans discrimination groupes extrémistes et rebelles modérés, susceptibles de s'asseoir à la table des négociations, et craignent que cela ne continue malgré l'accord de Munich, les Russes classant de nombreux groupes sous la même étiquette «terroriste».

«Al-Nosra est actif à Alep et plusieurs groupes ont des liens avec cette organisation. C'est un feu vert donné aux Russes pour poursuivre leurs actions militaires tout en faisant semblant de respecter l'accord», anticipe Julien Barnes-Dacey, expert à l'European Council on Foreign Relations.

Prudent, Mazen Darwich, un défenseur des droits de l'homme emprisonné pendant trois ans par le régime, a relevé que «tous les efforts étaient bienvenus», mais appelé à bien «évaluer sur le terrain» le bon vouloir de Moscou.

Pour la Turquie, vers laquelle se pressent les civils fuyant les bombardements, l'accord de Munich est un «pas important sur la route d'une solution à la crise syrienne». Il convient désormais de «stopper les frappes aériennes» et de fournir un «accès aux humanitaires», a toutefois insisté le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

Les 17 pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) doivent se réunir dès vendredi à 16 h (10 h, heure de Montréal) à Genève pour mettre en oeuvre le volet humanitaire de l'accord.

Les négociations intersyriennes, suspendues début février en pleine offensive du régime appuyée par l'aviation russe sur Alep (nord), doivent par ailleurs «reprendre dès que possible», a insisté John Kerry à Munich.

Ces négociations doivent avoir lieu «sans ultimatums et préconditions», a souligné de son côté Sergueï Lavrov.

Moscou refuse notamment de faire du départ de Bachar al-Assad un préalable alors que les Occidentaux continuent d'affirmer qu'avec lui une solution durable en Syrie est impossible.

L'opposition syrienne réclame des signes concrets humanitaires et l'arrêt des bombardements avant de reprendre ces négociations reportées pour le moment au 25 février.

Pour Alexeï Malachenko, expert au centre d'études Carnegie de Moscou, «toutes les parties prenantes au conflit se trouvent actuellement dans une impasse absolue. Tous ont compris qu'il est temps de s'arrêter».

«La Russie avait appelé tout le monde à s'asseoir à la table des négociations tout en continuant à bombarder l'un des participants. Cela ne menait nulle part et les Russes l'ont compris», estime-t-il.

-Avec Antoine Lambroschini, Valérie Leroux

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