Syrie: une vidéo virale de fiction suscite la polémique

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Le cinéaste norvégien Lars Klevberg a précisé vendredi que le court film avait été tourné avec des acteurs professionnels et le soutien de fonds de financement norvégiens. Des photos du plateau de tournage ont été diffusées sur le web, notamment sur Twitter.

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Un réalisateur norvégien qui souhaitait attirer l'attention sur le sort des enfants pris en zones de guerre a suscité une vive polémique en diffusant sur YouTube une oeuvre de fiction qui a berné des millions de personnes.

L'oeuvre en question a été tournée comme si elle avait été captée avec un téléphone dans une ville dévastée en Syrie. Mise en ligne la semaine dernière sans mise en garde quant à son origine, elle est rapidement devenue virale.

On y voit un jeune garçon qui brave les tirs de snipers pour aller prêter main-forte à une fillette cachée près d'une voiture. Il tombe au sol après avoir apparemment été frappé par une balle mais se relève, sans traces de sang, et va chercher l'autre enfant avant de battre en retraite en échappant miraculeusement aux tirs. Des hommes que l'on ne voit pas commentent la scène en évoquant le nom de Dieu.

Alors que les spéculations allaient bon train depuis plusieurs jours sur les médias sociaux relativement à l'authenticité de la vidéo, son réalisateur, Lars Klevberg, est sorti de l'ombre pour confirmer son caractère fictif.

Dans un communiqué de presse diffusé vendredi, le cinéaste a précisé que le court film avait été tourné à Malte avec des acteurs professionnels et le soutien de fonds de financement norvégiens.

Il a précisé que son équipe avait cherché, en présentant une vidéo qui semblait authentique, à attirer l'attention du public pour générer un véritable débat sur la situation des enfants touchés par les conflits.

M. Klevberg s'est dit «content», du même souffle, que son oeuvre ait trouvé beaucoup d'échos, portant peu d'attention aux critiques irrités par la manipulation.

Sima Diab, une photographe basée au Caire, en Égypte, s'est réjouie dans un premier temps la semaine dernière en voyant la vidéo, parce qu'elle trouvait qu'il s'agissait d'une scène «positive» dans un flot d'images négatives en provenance de Syrie.

«Je l'ai même retweetée... Lorsque mon conjoint m'a dit ensuite que c'était un faux, une mise en scène, je me suis demandé qui avait pu faire une chose aussi stupide», a-t-elle relaté hier en entrevue.

Mme Diab, qui a travaillé longuement auprès de réfugiés syriens, estime que l'équipe norvégienne a complètement raté son objectif.

«Le débat sur la situation des enfants a été relégué au second plan en raison de la nature de la tromperie», souligne la photographe, qui a fait circuler hier une lettre ouverte dénonçant le film.

Le procédé utilisé, note le document signé par plusieurs dizaines de professionnels du monde de l'information, fait le jeu de ceux qui cherchent à «jeter le doute sur les histoires vraies sortant de Syrie par l'entremise de journalistes citoyens et professionnels».

L'analyse est partagée par Fred Abrahams, un analyste de Human Rights Watch basé à Berlin, qui documente les exactions en zone de conflit. Il s'est dit «dégoûté» par le stratagème.

«En produisant une fausse vidéo, Klevberg a facilité la tâche des criminels de guerre qui cherchent à écarter des images crédibles d'abus», a-t-il souligné dans un commentaire écrit.

L'Institut du film norvégien, qui a contribué au financement du film, se montrait hier embarrassé par la polémique.

La porte-parole de l'organisation, Mette Tharaldsen, jointe à Oslo, a indiqué que les auteurs du film ont laissé s'écouler «trop de temps» entre sa mise en ligne et l'annonce de son caractère fictif.

«Nous leur avions conseillé de le faire très rapidement après la mise en ligne et nous pensions que c'était ce qu'ils allaient faire», a-t-elle précisé en relevant que l'effet finalement obtenu «n'est pas bon».

Prenant acte des réactions négatives, le producteur du film, John Einar Hagen, a présenté des excuses dimanche dans une entrevue à l'Agence France-Presse.

«Nous maintenons que nos intentions étaient bonnes [en produisant la vidéo], mais nous sommes désolés si elle cause des problèmes et complique le travail de documentation ou de journalisme dans les zones de guerre», a-t-il souligné.

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