Le ministère syrien des Affaires étrangères a «catégoriquement» rejeté mardi les accusations de «crimes contre l'humanité» lancées la veille à l'ONU, au moment où la répression s'intensifiait sur le terrain, tuant 18 civils à travers le pays.

L'Assemblée générale des Nations unies doit se prononcer jeudi à 15h00 (heure de Montréal) sur un projet de résolution qui condamne la répression, quelques jours après le blocage d'un texte similaire au Conseil de sécurité. L'adoption de cette résolution soutenue notamment par de nombreux pays occidentaux et arabes est très probable mais elle aura une portée essentiellement symbolique.

Dans la ville rebelle de Homs, le régime a lancé son assaut le plus violent sur la «capitale de la révolution» dans le centre du pays, pilonnée sans répit depuis des jours, faisant six morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Damas a accusé le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme d'être «manipulé par certains pays qui veulent nuire à la Syrie et qui ignorent les crimes terroristes commis par les groupes armés», rejetant «catégoriquement» dans une lettre à l'ONU ses accusations de crimes contre l'humanité.

Lundi, la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, avait estimé que «la nature et l'étendue des exactions perpétrées par les forces syriennes indiquent que des crimes contre l'humanité ont vraisemblablement été commis».

Mardi, au total 23 personnes, dont 18 civils et cinq soldats de l'armée régulière, ont été tuées en Syrie par les forces du régime ou lors de combats entre déserteurs et militaires, a rapporté l'OSDH.

A Homs, troisième ville du pays où plus de 300 personnes ont péri depuis le 4 février dans une «attaque sans discernement contre des zones civiles» selon l'ONU, le temps presse et la crise humanitaire est de plus en plus intenable.

«La situation est tragique», a affirmé à l'AFP Hadi Abdallah, militant du «Conseil de la révolution de Homs», indiquant que les gens sont «entassés dans les abris» et «les morts enterrés depuis une semaine dans les jardins car même les cimetières et les tombes sont visés».

Devant le Parlement européen, un jeune opposant syrien a appelé les Occidentaux à «cesser de parler et à agir» pour Homs, où, selon lui, les troupes du régime «mettent en joue n'importe qui» dans les quartiers insurgés.

«Les soldats kidnappent femmes et enfants, violent des femmes et les tuent. Il s'agit de crimes contre l'humanité (...) Il n'y a que cinq médecins pour soigner les blessés», a déclaré Danny Abdul Dayem, surnommé «la voix de Homs» pour ses vidéos et ses témoignages télévisés en direct.

Face à l'aggravation de la crise, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a annoncé mardi que Paris allait créer un fonds d'urgence humanitaire pour la Syrie doté d'un montant d'un million d'euros, après une rencontre avec des ONG impliquées dans ce pays.

Les condamnations se succèdent sans qu'une véritable issue ne pointe après onze mois de contestation populaire réprimée dans le sang, au prix de plus de 6000 morts, selon des militants.

La chancelière allemande Angela Merkel a évoqué de nouvelles sanctions européennes contre Damas, affirmant que l'Union européenne soutenait la «position ferme» de la Ligue arabe.

Profondément divisée sur la Syrie, la communauté internationale étudie la proposition d'une force de paix avancée dimanche par la Ligue arabe.

Après avoir mis en garde contre toute action «à caractère militaire», la France a annoncé vouloir étudier avec ses partenaires de l'ONU «toutes les options mises sur la table par la Ligue arabe», y compris celle d'envoyer des Casques bleus en Syrie, selon la diplomatie française.

Moscou a exigé un cessez-le-feu et Washington souligné qu'en l'absence de paix, une telle initiative était compliquée.

La Russie et la Chine bloquent au Conseil de sécurité de l'ONU toute résolution condamnant la répression en Syrie. La résolution qui sera présentée jeudi à l'Assemblée générale exige du gouvernement syrien qu'il mette fin à ses attaques contre sa population civile, soutient les efforts de la Ligue arabe pour assurer une transition démocratique à Damas et recommande la nomination d'un envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie.

L'un des enjeux de ce vote à la portée symbolique sera de voir si «ce nouveau texte recueille plus ou moins que les 133 voix (sur 193 pays membres) recueillies par la première résolution» adoptée le 19 décembre 2011 par l'Assemblée pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Syrie, a expliqué un diplomate.

Un émissaire chinois Li Huaxin a rencontré mardi le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a annoncé Pékin, assurant ne protéger «aucune partie, y compris le gouvernement» à Damas.

Burhan Ghalioun, chef de la principale instance de l'opposition, - le Conseil national syrien (CNS), qui doit se réunir mercredi à Doha pour désigner un nouveau président ou prolonger dans ses fonctions M. Ghalioun -,  a vu dans les récentes décisions de la Ligue arabe «les premiers pas» vers la chute du régime.

La Ligue arabe avait annoncé, outre l'idée d'une force conjointe avec l'ONU, son soutien politique et matériel à l'opposition.