Pour ou contre l'intervention en Libye?

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Un rebelle libyen ajuste son casque pendant un combat contre les forces de Kadhafi près de la ville d'Ajdabiya.

Photo: AFP

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Repères

Libye : le point sur les forces engagées

Libye : le point sur les forces engagées

La France, le Royaume-Uni, les États-Unis ainsi que plusieurs autres... »

Les pays de l'OTAN ont eu droit à de vigoureux débats hier. Des chefs politiques, dont le premier ministre russe, Vladimir Poutine, ont durement critiqué les premières frappes aériennes. Et le mécontentement est en train de gagner le Québec. Pour ou contre l'intervention? Voici deux points de vue.

POUR: La responsabilité de protéger

Isabelle Hachey

Quand Mouammar Kadhafi a comparé les insurgés libyens à des blattes et promis de nettoyer le pays «maison par maison», le sénateur Roméo Dallaire a replongé dans l'enfer rwandais.

Les vociférations du dictateur lui rappelaient trop bien les menaces employées avant le génocide de 1994. Un massacre dont l'ancien commandant des Casques bleus a été le témoin impuissant.

Cette fois, le sénateur Dallaire ne pouvait rester les bras croisés. Pendant des semaines, il a appelé de ses voeux une intervention militaire en Libye.

À son avis, les frappes de la coalition étaient nécessaires. Pour éviter le pire.

En employant ces «menaces génocidaires», le colonel Kadhafi a forcé la communauté internationale à agir pour protéger le peuple libyen, estime le sénateur dans un texte publié en ligne par le magazine Foreign Policy.

«C'est le genre de déclarations que nous avions entendues au Rwanda, et c'est ce qui nous a fait peur», explique Jeffrey Bernstein, cosignataire du texte et chargé de projet pour la prévention du génocide au bureau du sénateur Dallaire.

Les voeux du général à la retraite ont été exaucés. Mieux: pour la première fois, la communauté internationale a mis en pratique le principe de la "responsabilité de protéger", adopté par l'ONU en 2005, selon lequel la souveraineté nationale ne peut servir d'excuse à un régime dictatorial pour commettre des atrocités contre son propre peuple.

L'homme qui a établi les règles de ce principe, c'est Lloyd Axworthy, ancien ministre canadien des Affaires étrangères. L'ONU lui avait donné ce mandat à la fin des années 90, pour que plus jamais ne se répètent des atrocités comme celles qui ont été commises au Rwanda et dans les Balkans.

M. Axworthy se réjouit, lui aussi, de l'intervention en Libye. «C'est la première fois que la communauté internationale agit dans le seul but de protéger des civils, souligne-t-il. Si elle ne l'avait pas fait, elle aurait été discréditée auprès du monde arabe pendant des années. Cela aurait prouvé que les pays n'agissent que dans leurs propres intérêts. Des intérêts qui s'épellent P, É, T, R, O, L, E.»

Mais les frappes de la coalition, même «ciblées», ne risquent-elles pas de faire d'importants dommages collatéraux, comme en Irak? Le colonel Kadhafi a fait état de plusieurs dizaines de victimes. Et la Ligue arabe, qui soutient pourtant l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, jugeait déjà ce week-end que les forces de la coalition frappaient trop fort.

Ce revirement pousse des observateurs à s'interroger sur les motifs de certains membres de la Ligue. «Dans deux ou trois pays arabes, il y a des manifestations qui commencent à grossir. Certains régimes ont peut-être peur de ce qui pourrait leur arriver s'ils utilisent la force, eux aussi, contre leurs propres populations», avance Kyle Matthews, chercheur principal à l'Institut d'études sur le génocide et les droits de la personne de l'Université Concordia.

Le souvenir de l'invasion de l'Irak hante toujours le monde arabe. Mais l'intervention en Libye n'est pas comparable, explique-t-il. «Cette fois, les pays qui participent à l'offensive ont l'aval de l'ONU. Et Kadhafi n'a guère d'amis dans le monde arabe. Là-bas, les gens savent tous que c'est un dément qui a déclenché des guerres, comme au Tchad et au Soudan, en 42 ans de dictature.»

Quatre chasseurs italiens ont participé à une mission... (Photo: AFP) - image 2.0

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Quatre chasseurs italiens ont participé à une mission dimanche au-dessus de la Libye.

Photo: AFP

CONTRE: Mauvais intervenants, mauvaise stratégie

Laura-Julie Perreault

Responsable de la grande manifestation qui a rassemblé plus de 200 000 personnes dans les rues d'un Montréal frigorifique en février 2003, le collectif Échec à la guerre, qui rassemble notamment plusieurs grandes centrales syndicales québécoises, a diffusé un communiqué de presse hier pour dénoncer «l'intervention militaire occidentale» en Libye et pour s'opposer à la participation canadienne à cette mission.

«Nous ne sommes pas favorables à ces frappes. Nous pensons que ça va aggraver les choses plutôt que les améliorer en augmentant le nombre de morts, y compris dans la population civile», a dit hier à La Presse le porte-parole du collectif, Raymond Legault. «L'Occident n'a pas un dossier reluisant en matière de respect de la vie humaine. Si on regarde l'intervention armée en Afghanistan, on y voit des victimes collatérales tous les mois depuis 2001», rappelle M. Legault.

Député de Québec solidaire - l'une des organisations liées au collectif Échec à la guerre -, Amir Khadir note pour sa part qu'il n'est «pas contre» une intervention en Libye pour venir à la rescousse de la population, «mais si cette intervention est calquée sur le même modèle que les interventions occidentales des 10 dernières années, nous nous y opposons», a dit hier le député de Mercier, habitué des manifestations antimilitaristes et des missions en zone de guerre pour le compte de Médecins du monde.

«Le peuple libyen demande une intervention, mais il ne veut pas être dépossédé de sa révolution. Il ne doit pas y avoir d'invasion terrestre ou d'usurpation. Ça doit être sévèrement encadré», estime Amir Khadir. Les États-Unis et la Grande-Bretagne, estime-t-il, sont en bien mauvaise posture pour mener une mission militaire au Proche-Orient étant donné leurs «antécédents criminels» dans des pays du grand monde musulman, dont l'Irak.

Des questions sans réponse

D'ailleurs, aux États-Unis, plusieurs voix s'élèvent pour remettre en question la définition de la mission en Libye et le rôle que devrait tenir l'armée américaine. Et les critiques viennent autant de la gauche que de la droite.

Expert du Council on Foreign Relations, influent centre de recherche américain en matière de politique étrangère, le politologue Micah Zenko fait partie de ceux qui croient que la mission internationale n'est pas tout à fait à point. «La bonne question n'est pas «devrions-nous bombarder la Libye?» mais plutôt: «Quelle est la stratégie et que voulons-nous réussir?»»

En ce moment, il y a des objectifs différents - la protection des civils et la chute du régime Khadafi - et chacun des objectifs requiert une solution différente. Avant de passer aux tactiques, il faut s'entendre sur l'objectif, souligne le politologue. "Avec la brume dans laquelle nage ce conflit, c'est difficile d'y voir clair", conclut-il.




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