Karl Sharro, caricaturiste: quand faire son travail veut dire choquer

Habitué de se moquer d'Al-Qaïda et du groupe État islamique dans ses... (Caricature fournie par Karl Sharro)

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Attentats à Paris

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Attentats à Paris

Le siège parisien du journal satirique français «Charlie Hebdo» a été la cible d'un attentat terroriste sanglant ayant coûté la vie à au moins 12 personnes dont son directeur de rédaction et dessinateur emblématique Charb et ses trois autres caricaturistes vedettes: Cabu, Wolinski et Tignous. Le pire attentat en sol français depuis 50 ans. Cet attentat a été suivi par deux attaques qui seraient vraisemblablement liées au carnage chez «Charlie Hebdo». »

Habitué de se moquer d'Al-Qaïda et du groupe État islamique dans ses caricatures et ses écrits satiriques publiés dans The Independent et Foreign Policy, notamment, l'auteur d'origine libanaise Karl Sharro est en «colère» depuis l'attentat contre ses confrères de Charlie Hebdo. La Presse l'a joint à Londres, hier.

 Quelle a été votre réaction à la nouvelle de la tuerie à Charlie Hebdo?

Je suis en colère, et je suis triste pour les gens de Charlie Hebdo et leurs familles. Je n'étais pas d'accord avec tout ce qu'ils publiaient, mais le droit à la libre expression est sacré pour moi. C'est un acte lâche qui vient d'être commis.

Quand vous écrivez un texte satirique ou faites une caricature, pensez-vous aux gens qui vont être choqués?

Oui, bien sûr. Au fond, si on fait de la satire et qu'on ne choque pas des gens, on ne fait pas notre travail... Certains disent que c'est de la provocation, que ça ne devrait pas faire partie de la liberté d'expression, car «cela n'a pas de valeur». Je ne suis pas d'accord: tout doit être protégé par la liberté d'expression. C'est au public de décider de la qualité d'un texte ou d'un dessin.

 Vous vous moquez souvent du groupe armé État islamique et d'Al-Qaïda. Comment cela est-il reçu?

 Certaines personnes jugent que ce n'est pas un sujet dont on doit traiter de manière humoristique. On m'a déjà critiqué en disant que je contribuais à rendre leurs crimes futiles, sans importance. Au départ, vous savez que c'est un sujet qui va provoquer les gens. La question est: qu'est-ce que vous choisissez de faire avec ça?

Avez-vous reçu des menaces?

Pas vraiment. Sur Twitter, des gens sont choqués, ils me le disent de manière directe et négative... Je n'en tiens pas compte. J'écris surtout des essais, et on dirait que les extrémistes ne prennent pas la peine de les lire. Une caricature qui choque, par contre, c'est direct.

Les caricatures sont-elles efficaces contre les djihadistes? Est-ce que ça les dérange, les choque?

Les dessins et la satire ne sont pas des «armes» pour combattre les djihadistes. Les militants du groupe État islamique ne s'en font pas avec ça, ce n'est pas prioritaire pour eux. Or, c'est important, car cela fait partie des outils dont le peuple dispose, tout comme la critique politique, la critique sociale. Au bout du compte, la satire existe pour la satire, pas pour défendre une opinion politique.

Vous êtes originaire du Liban, et beaucoup de vos lecteurs vivent au Moyen-Orient. Comment la satire y est-elle perçue?

Dans bien des pays au Moyen-Orient, les médias ne sont pas libres, alors ce n'est pas permis. Mais si on creuse plus loin, dans la population, la satire fait partie de la culture. L'humour est très noir, très macabre. Dès qu'une tragédie se produit, l'humour noir arrive. Avec les réseaux sociaux, cela prend de plus en plus de place. Certaines performances publiques à Beyrouth se moquent du groupe État islamique. Il y a un grand appétit pour la satire, car c'est une bonne façon de laisser sortir la vapeur.

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