Salah Abdeslam a récupéré trois complices en Allemagne en octobre

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Salah Abdeslam lors de son arrestation, vendredi à Molenbeek, après quatre mois de cavale.

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Attaques à Paris
Attaques à Paris

Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

Philippe SIUBERSKI
Agence France-Presse
BRUXELLES, BERLIN

Salah Abdeslam, suspect clé des attentats de Paris arrêté vendredi à Bruxelles, est venu début octobre en Allemagne pour y récupérer trois complices potentiels dans un foyer de réfugiés, affirme samedi la chaîne régionale allemande SWR.

Selon SWR, qui évoque les «résultats d'enquêtes policières», Abdeslam a loué à son nom début octobre une voiture à Bruxelles pour se rendre dans la nuit du 2 au 3 octobre à Ulm (sud).

«Les enquêteurs sont sûrs qu'Abdeslam était le conducteur. Le véhicule n'est resté qu'une heure à Ulm», avant de repartir la même nuit vers la Belgique, indique SWR.

La présence de Salah Abdeslam le 3 octobre à Ulm était déjà connue: l'enquête avait montré qu'il avait été contrôlé ce jour-là dans cette ville de Bavière avec un complice, lui aussi arrêté vendredi. Ce suspect avait utilisé ces derniers mois de faux papiers syriens et belges, au nom de Mounir Ahmed Alaaj et d'Amine Choukri.

Mais durant ce court laps de temps, la voiture conduite par Abdeslam a stationné «près d'un foyer pour réfugiés» où étaient principalement accueillis des Syriens, selon SWR.

«Lors d'un contrôle (dans le centre de réfugiés) le 3 octobre, l'absence de trois hommes, encore présents la veille, a été constatée», affirme SWR.

Selon SWR, les enquêteurs de la police criminelle allemande (BKA), en lien avec les policiers belges et français, tentent de déterminer si ces trois hommes ont pris part aux attentats à Paris le 13 novembre et aussi «comment et pourquoi» Salah Abdeslam est entré en contact avec eux.

L'enquête sur ces attentats a notamment montré que deux des trois kamikazes qui se sont fait exploser aux alentours du Stade de France, près de Paris, s'étaient mêlés à l'automne au flot des migrants, utilisant des passeports syriens avec de fausses identités. Ces deux kamikazes avaient été enregistrés sur l'île grecque de Leros le 3 octobre.

Inculpé pour «meurtres terroristes et participation aux activités d'un groupe terroriste» 

Salah Abdeslam a été inculpé de «meurtres terroristes et participation aux activités d'un groupe terroriste» dans le cadre de l'enquête sur les attaques du 13 novembre 2015, a annoncé samedi le parquet fédéral belge.

Un complice, «le soi-disant Monir Ahmed Alaaj alias Amine Choukri» arrêté en même temps que lui vendredi à Bruxelles, a été inculpé des mêmes chefs d'accusation et a également été placé en détention, a précisé le parquet dans un communiqué.

Refus d'extradition

Salah Abdeslam, suspect clé des attentats de Paris, refusera son extradition vers la France, a annoncé samedi à Bruxelles son avocat Sven Mary, en précisant que son client, blessé à la jambe, avait été placé «sous mandat d'arrêt», à savoir inculpé et placé en détention provisoire en droit belge.

«Ce que je peux vous dire, c'est qu'il collabore avec la justice belge. Dans une heure, nous serons de retour (devant le juge), dans le cadre du mandat d'arrêt européen, où la France demande son extradition, et d'ores et déjà je peux vous annoncer qu'on refusera son extradition vers la France», a déclaré l'avocat aux journalistes à l'issue d'une audition au siège de la police judiciaire fédérale à Bruxelles.

«On va d'abord voir si le mandat d'arrêt européen est légal et puis on verra», a expliqué Me Mary.

«Ce n'est pas parce qu'il refuse qu'il ne sera pas remis», avait expliqué samedi à l'AFP l'avocate française Florence Rouas-Elbazis, «mais cela peut entraîner un délai supplémentaire.

Pour décider d'autoriser sa remise à la justice française, les magistrats belges ne devront pas examiner le fond du dossier mais uniquement statuer sur le respect de la procédure en vigueur.

Salah Abdeslam, arrêté vendredi dans la commune bruxelloise de Molenbeek après quatre mois de cavale, est ««alité» car il a été «blessé par balle à la jambe», a précisé Me Mary, l'un des ténors du barreau de Bruxelles choisi vendredi par la famille de Salah Abdeslam pour le défendre, et qui l'a rencontré «10 minutes» samedi.

Interrogé par la foule de journalistes pour savoir si son client confirmait avoir été présent à Paris le 13 novembre, jour des attentats qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés, Me Mary a répondu: «Il y était».

« Un coup important » porté à l'EI

« Homme le plus recherché d'Europe » depuis quatre mois pour son implication dans les attaques de Paris et Saint-Denis, qui ont fait 130 morts, le Français de 26 ans, a été capturé vendredi par les forces spéciales belges dans un appartement de Molenbeek, à quelques centaines de mètres de la maison où il a grandi.

Son arrestation est « un coup important porté à l'organisation terroriste Daech [acronyme de l'État islamique] en Europe », a estimé samedi le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, au sortir d'un conseil de défense à l'Élysée. « Salah Abdeslam devra répondre de ses actes devant la justice française », a-t-il ajouté.

Blessé à la jambe lors de l'intervention, l'homme soupçonné d'avoir eu au moins un rôle-clé de logisticien dans ces attentats revendiqués par le groupe État islamique (EI) avait été emmené à l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, tout comme un complice arrêté et légèrement blessé en même temps que lui.

Cet homme, connu sous les identités de Amine Choukri et Monir Ahmed Alaaj, avait été contrôlé en compagnie de Salah Abdeslam en Allemagne en octobre 2015. Ses empreintes ont ensuite été retrouvées dans une maison utilisée par le groupe terroriste à Auvelais (sud) qui a servi pour préparer les attentats de Paris.

Samedi matin, les deux hommes ont été extraits de l'hôpital, selon le bourgmestre (maire) de Bruxelles, Yvan Mayeur.

Les autorités belges n'ont pas confirmé leur destination. Mais le quartier général de la police judiciaire à Bruxelles était sous surveillance renforcée, selon des journalistes de l'AFP, ce qui laisse supposer qu'ils y étaient entendus par les enquêteurs.

La chaîne privée flamande VTM a quant à elle rapporté qu'ils allaient être transférés vers la prison de Bruges (nord-ouest), qui dispose d'un quartier médicalisé de haute sécurité.

Ils devraient en tout état de cause être présentés devant un juge d'instruction belge avant la fin du week-end, qui devra décider de leur maintien en détention provisoire.

François Hollande a déclaré vendredi s'attendre à ce que la Belgique le transfère « le plus rapidement possible » vers la France. Côté belge, ce transfèrement ne semble pas faire de doute, selon les responsables politiques, qui soulignent toutefois que la procédure judiciaire devra être respectée.

« Je suis Salah Abdeslam »

Le Conseil national de sécurité belge, composé des principaux ministres et responsables des services de sécurité, a validé le maintien au niveau 3 (sur quatre possible) de l'évaluation de la menace terroriste en Belgique, à la suite d'un nouveau rapport de l'Ocam, l'organisme indépendant chargé d'évaluer le niveau de la menace.

La capture d'un acteur direct des attentats de Paris, vivant qui plus est, est un soulagement pour les familles des victimes, qui auront droit à un procès. Les associations les représentant seront reçues lundi après-midi par François Hollande.

C'est aussi une victoire pour les services belges, saluée jusqu'à Washington par Barack Obama. La Belgique espère que les critiques visant ses services vont s'atténuer, même si le député français Alain Marsaud, membre du parti de droite de Nicolas Sarkozy Les Républicains, a jugé que « cette longue cavale n'est pas un grand succès pour les services de renseignement belges ».

« Soit Salah Abdeslam était très malin, soit les services belges étaient nuls, ce qui est plus vraisemblable », a lancé le député français.

Après avoir sans doute convoyé le soir des tueries les kamikazes du Stade de France, Salah Abdeslam avait abandonné une ceinture explosive dans le sud de la capitale française, appelé à la rescousse deux amis bruxellois et échappé à trois barrages policiers sur la route du retour vers Bruxelles, où sa trace s'était perdue le lendemain des attentats.

Il avait réussi à se terrer jusqu'à ce qu'une perquisition, en principe de routine, dans un appartement de la commune bruxelloise de Forest mardi 15 mars, permette de le localiser.

Accueillis par des tirs d'armes automatiques dès la porte franchie, les policiers avaient abattu un Algérien de 35 ans, Mohamed Belkaïd, qui serait « plus que vraisemblablement », l'homme ayant transféré depuis Bruxelles de l'argent à la cousine d'Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats,pour payer la planque de Saint-Denis, au nord de Paris.

Mais deux autres hommes avaient réussi à s'échapper de Forest, dont vraisemblablement Salah Abdeslam. Celui-ci a commis une imprudence fatale en utilisant son téléphone portable pour contacter un ami de Molenbeek pour qu'il lui trouve un nouveau point de chute, selon la télévision RTBF.

C'est dans cette planque qu'il a été cueilli, lançant aux policiers « Je suis Salah Abdeslam », selon les médias locaux.

Les enquêteurs vont donc pouvoir l'interroger sur l'organisation des attentats, les donneurs d'ordre, les complicités.

Mais sa neutralisation n'est qu'une étape. « Ceux que nous devons appréhender, c'est tous ceux qui ont permis, organisé ou facilité ces attentats [de Paris en novembre] et nous nous apercevons, sans rentrer dans les détails, qu'ils sont beaucoup plus nombreux que ce que nous avions pu un moment penser et identifier », a souligné à Bruxelles François Hollande.

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