L'hostilité contre les musulmans prolifère en France

Une centaine de manifestants ont scandé des slogans... (PHOTO YANNICK GRAZIANI, AFP)

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Une centaine de manifestants ont scandé des slogans antimusulmans lors d'un rassemblement à Ajaccio, en Corse, samedi.

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Attaques à Paris
Attaques à Paris

Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

Marie WOLFROM
Agence France-Presse

« Les Arabes dehors! »: avec le slogan scandé par des manifestants en Corse, un palier a été franchi dans l'hostilité affichée par certains Français à l'encontre des musulmans après les sanglants attentats djihadistes de janvier et novembre à Paris, tandis que des responsables de la communauté dénoncent une recrudescence des actes islamophobes.

Pour venger une agression contre des pompiers et des policiers, des centaines de manifestants ont défilé vendredi et samedi dans des quartiers populaires d'Ajaccio, dans le sud-ouest de la Corse. Une salle de prière musulmane a été saccagée, un restaurant de kebabs endommagé.

« Il faut que ces comportements cessent », a déclaré dimanche le préfet de cette île, qui a interdit les manifestations jusqu'au 4 janvier dans le quartier d'Ajaccio où se sont déroulés les récents incidents, dénonçant « des propos choquants et inacceptables ».

Salles de prière vandalisées, tête de sanglier pendue aux portes de mosquées, voire jets de grenades: le nombre des actes islamophobes a atteint « un sommet » en 2015, selon le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance représentative des cinq à six millions de musulmans de France.

Dans les 12 jours qui ont suivi l'attentat en janvier contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, 128 actes antimusulmans avaient été signalés aux autorités, un nombre quasi équivalent au total recensé pour l'ensemble de l'année 2014, a déploré l'Observatoire contre l'islamophobie du CFCM.

Les gestes hostiles à la première communauté musulmane d'Europe se sont poursuivis toute l'année, marquée par la décapitation d'un chef d'entreprise par son employé musulman en juin et la mort de 130 personnes sous les balles de commandos djihadistes le 13 novembre, en plein coeur de Paris.

Ces événements tragiques ont semblé libérer la parole raciste, qui déferle sur les réseaux sociaux. Une « cyber-haine », regrette le CFCM qui « appelle les citoyens à ne pas faire l'amalgame entre la grande majorité des musulmans français, qui vivent en paix, avec une infime minorité qui prône la violence et même la mort au nom de notre religion ».

Autre symptôme: la poussée dans les urnes du parti d'extrême droite Front national, toujours prompt à condamner la pression migratoire ou la présence trop visible selon lui des musulmans.

« Chez nous, on ne vit pas en djellaba », s'est exclamée début décembre Marion Maréchal-Le Pen, nièce de la présidente du mouvement Marine Le Pen.

« Nous ne sommes pas une terre d'islam, et si des Français peuvent être de confession musulmane, c'est à la condition seulement de se plier aux moeurs et au mode de vie que l'influence grecque, romaine, et seize siècles de chrétienté ont façonnés », a martelé cette jeune figure de proue du FN, parti qui a remporté près de 30 % des voix aux élections régionales de la mi-décembre.

« Thé de la fraternité »

Face à ces tensions, le président François Hollande a appelé cette semaine à la « solidarité » et à la « fraternité », car « ce que veulent ceux qui nous agressent, c'est nous diviser, nous séparer ».

En parallèle, le gouvernement multiplie les gestes de fermeté avec la fermeture de trois mosquées pour cause de radicalisation ou encore son projet de déchéance de nationalité pour terrorisme des binationaux nés français.

Le CFCM a quant à lui annoncé la mise en oeuvre d'une « certification » des imams, espérant qu'elle permettra de promouvoir un « islam ouvert ».

Il veut aussi faire renaître « l'esprit du 11 janvier ». Ce jour-là, des millions de Français étaient descendus dans les rues pour manifester contre le terrorisme et dénoncer les amalgames entre les tueurs islamistes et les musulmans de France.

Les responsables des mosquées ont été appelés à ouvrir leurs portes au grand public les 9 et 10 janvier pour « un thé de la fraternité ».

« Les personnes qui viendront pourront poser toutes les questions qu'elles souhaitent, même les plus taboues, sur notre religion, la manière de faire la prière, autour d'un thé et de pâtisseries », et ce afin de « casser la méfiance », a précisé Anouar Kbibech, le président du CFCM.

Autre symbole, à Lens (nord), une dizaine de musulmans ont protégé l'église pendant la messe de Noël jeudi soir, pour « donner une autre image des musulmans ».

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