Les aspirants soldats français affluent dans les centres de recrutement

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Depuis les attentats de Paris, l'armée française a reçu 1500 demandes par jour de recrues potentielles, contre une centaine par jour, en moyenne, en 2014.

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Attaques à Paris
Attaques à Paris

Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

(PARIS) Les attentats du 13 novembre ont suscité en France un élan patriotique qui ne montre pas de signes de vouloir s'atténuer - et qui se fait sentir avec une acuité particulière dans les bureaux de recrutement de l'armée de terre, littéralement pris d'assaut par les aspirants soldats.

Derrière les hautes palissades métalliques du Fort Neuf de Vincennes, vaste base de soutien militaire de l'est de Paris où se trouve le centre de recrutement pour toute l'Île-de-France, ça ne dérougit pas depuis une semaine, note le colonel Bruno Bert, responsable du recrutement pour la région.

«La jeunesse française est au rendez-vous, dit le militaire de carrière, en entrevue dans son bureau aux murs lambrissés. Elle a pris conscience à travers les attaques qu'elle est directement menacée. La volonté de défendre ses concitoyens est vraiment présente.»

Lors d'un week-end typique, le site internet du centre de recrutement de la région parisienne reçoit une quarantaine de candidatures spontanées. Au lendemain des attentats qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés dans le coeur de Paris, pas moins de 200 candidats se sont manifestés, note le sergent-chef Nicolas, officier de recrutement.

Événement déclencheur

Plusieurs songeaient déjà à une carrière militaire, précise-t-il. «Certains hésitaient, mais les attentats ont été l'élément déclencheur qui les a confortés dans leur choix et les a décidés à cogner à la porte de l'armée», dit-il, montrant du doigt la dizaine de dossiers de candidature reçus dans l'heure et demie précédant notre visite.

Des dossiers comme celui de Xavier Sophie, un cuisinier de 19 ans. Il est natif du 20e arrondissement, juste à l'est du 11e, où les terroristes ont semé la mort au Bataclan et sur les terrasses des cafés, la semaine dernière. C'est aux limites du 20e et de Vincennes que se trouve l'épicerie Hyper Cacher attaquée par Amedy Coulibaly au surlendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo, l'hiver dernier.

«À l'époque, je pensais déjà beaucoup à m'enrôler», dit Xavier, croisé hier au Fort Neuf. Les tueries revendiquées par le groupe État islamique l'ont convaincu de franchir le pas. «C'est de voir que ça peut toucher chaque quartier, les endroits où on habite, qu'il n'y a pas de cible donnée. Ce sont des gens qui tirent dans le tas», dit-il, ne cachant pas son mépris envers les tueurs. «Désolé d'être vulgaire, mais c'est juste une bande de petits cons. Ils ont trop joué à Call of [Duty]

Partout en France

L'engouement observé à Paris trouve un écho dans toute la France, a confié au Monde le colonel Eric de Lapresle, chef des communications pour l'armée de terre. On a dénombré cette semaine 1500 contacts quotidiens de la part de recrues potentielles, contre 400 par jour après les attentats contre Charlie et à peine une centaine en moyenne en 2014.

Les jeunes n'ont pas le monopole de l'engagement. À notre sortie de la base, nous avons croisé un ex-légionnaire de 44 ans, Max, qui a servi pendant 16 ans sous les drapeaux, y compris, dit-il, en ex-Yougoslavie, au Tchad et lors de la guerre du Golfe. Il était venu dans le but d'intégrer la réserve.

«Maintenant, on est réellement en danger, a-t-il dit en marchant d'un pas vif sous la pluie. Si on ne fait rien, si on ne bouge pas, les choses continueront à être comme elles sont.» Les attentats contre Charlie Hebdo ne l'avaient pas convaincu de plonger. Mais là, c'est différent. «Des jeunes qui vont dans une salle de concert ou manger au restaurant pour passer du bon temps et qu'on assassine froidement, ce n'est plus la même chose.»

Il n'est évidemment pas dit que tous les aspirants deviendront soldats un jour. L'ouverture d'un dossier marque pour le postulant le début d'un processus de quatre mois ponctué par plusieurs épreuves, qui doit l'aider à trouver quel métier il souhaite exercer au sein de l'armée - ou l'amener à constater que la chose militaire n'est pas pour lui.

L'armée s'attend à recevoir 160 000 manifestations d'intérêt en 2015 (contre 120 000 en 2014), mais moins du quart seront jugées recevables. Au final, l'armée de terre, qui doit augmenter ses effectifs à la demande du président François Hollande, recrutera 15 000 soldats en 2015, 50% de plus que l'année précédente.

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