UE-Turquie: l'ONU juge «illégales» les expulsions collectives de migrants

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Un enfant se protège de la pluie tant bien que mal en s'enveloppant d'une couverture, dans un camp de réfugiés de fortune à la frontière grecque, près d'Idomeni, le 10 mars.

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Crise migratoire

Pour tout savoir sur la crise migratoire sans précédent qui perturbe l'Europe. »

Agnès PEDRERO avec Cédric SIMON
Agence France-Presse
GENÈVE et BRUXELLES

Le projet d'accord UE-Turquie sur les migrants a suscité jeudi des questions sur sa compatibilité avec les droits de l'homme: l'ONU a jugé «illégales» les expulsions collectives envisagées, et plusieurs membres des 28 se sont inquiétés de possibles compromissions avec le régime islamo-conservateur d'Ankara.

«L'ébauche d'accord entre l'Union européenne et la Turquie soulève un certain nombre de graves inquiétudes (...) Je suis notamment préoccupé par les possibles expulsions collectives et arbitraires, qui sont illégales», a déclaré Zeid Ra'ad Al Hussein, devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies à Genève.

«Les restrictions aux frontières» qui ne prennent pas en considération le parcours de chaque individu «violent le droit international et européen», a-t-il insisté.

Il a indiqué qu'il comptait discuter de ces questions avec les responsables européens lors de sa visite à Bruxelles au début de la semaine prochaine, avant le sommet européen des 17 et 18 mars.

«Aujourd'hui, en violation des principes fondamentaux de la solidarité, de la dignité humaine et des droits de l'homme, la course visant à repousser ces personnes s'accélère», a déploré M. Zeid, tout en soulignant «la générosité» avec laquelle l'Allemagne a accueilli environ un million de migrants l'an passé, et les «efforts» de la Grèce, en 2015, pour éviter qu'ils soient détenus ou refoulés.

Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE se réunissent jeudi à Bruxelles pour discuter une nouvelle fois de la crise migratoire, et notamment des mesures controversées en négociation avec la Turquie, alors que la route des Balkans s'est fermée.

Le volet le plus spectaculaire de l'ébauche d'accord UE-Turquie, contesté par les ONG et qui ne fait pas l'unanimité parmi les 28, verrait Ankara accepter la réadmission sur son territoire de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris les Syriens qui fuient la guerre dans leur pays.

En échange, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à transférer un réfugié syrien depuis la Turquie vers le territoire de l'UE.

L'Allemagne, qui a déjà accueilli plus d'un million de migrants, a en revanche défendu ce plan, dénonçant avec la Grèce la récente fermeture «unilatérale» de la route des Balkans.

À Genève, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a fait part de ses «graves inquiétudes» face au projet d'accord entre l'UE et Ankara, qui prévoit de renvoyer vers la Turquie tous les migrants, y compris les demandeurs d'asile syriens qui fuient la guerre dans leur pays.

En échange, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à transférer un réfugié syrien depuis la Turquie vers le territoire de l'UE.

«Je suis notamment préoccupé par les possibles expulsions collectives et arbitraires, qui sont illégales», a déclaré Zeid Ra'ad Al Hussein, devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. «Les restrictions aux frontières» qui ne prennent pas en considération le parcours de chaque individu «violent le droit international et européen», a-t-il insisté.

«Aujourd'hui, en violation des principes fondamentaux de la solidarité, de la dignité humaine et des droits de l'homme, la course visant à repousser ces personnes s'accélère», a déploré M. Zeid.

Il a indiqué qu'il comptait discuter de ces questions avec les responsables européens lors de sa visite à Bruxelles au début de la semaine prochaine, avant le sommet européen des 17 et 18 mars.

Déjà contesté par les ONG, le projet UE-Turquie est aussi loin de faire l'unanimité au sein des 28. Plusieurs membres de l'UE ont exprimé leurs doutes, inquiets de sa faisabilité, mais aussi d'éventuelles compromissions avec le régime de Recep Tayyip Erdogan, taxé de dérive autoritaire.

Les ministres de l'Intérieur des 28 étaient réunis jeudi à Bruxelles pour examiner les nombreux «détails» de l'accord à affiner.

La chancelière allemande Angela Merkel ... (PHOTO WOLFGANG RATTAY, REUTERS) - image 2.0

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La chancelière allemande Angela Merkel 

PHOTO WOLFGANG RATTAY, REUTERS

«On n'avance pas avec des critiques»

«Je trouve cela préoccupant que la Turquie mette sous tutelle un journal critique envers le gouvernement, puis trois jours plus tard présente une liste de souhaits», a déclaré jeudi la ministre de l'Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, en référence au journal Zaman dont la mise sous contrôle a été critiquée par Bruxelles et Washington.

«Je me demande vraiment si nous avons encore du respect pour nous-mêmes et pour nos valeurs», a ajouté la ministre.

Les Turcs sont «très éloignés des valeurs et principes de l'Europe», a aussi souligné le ministre belge Jan Jambon, alors que l'une des contreparties demandées par Ankara, pour sa collaboration dans le dossier migratoire, est l'ouverture rapide de nouveaux chapitres dans ses négociations d'adhésion à l'UE.

Il faut vérifier la faisabilité du plan avec la Turquie, sur le plan «légal, diplomatique, politique, mais aussi humain», a insisté le ministre luxembourgeois Jean Asselborn.

L'Allemagne milite au contraire pour ce plan, alors que les pays des Balkans ont coupé la route aux migrants, les bloquant en Grèce où ils arrivent en bateau depuis la Turquie, un pays qui héberge déjà quelque 2,7 millions de Syriens.

«On n'avance pas avec des critiques, mais avec des résultats concrets», a lancé le ministre allemand Thomas de Maizière.

«Si nous n'arrivons pas à trouver un accord avec la Turquie, alors la Grèce ne pourra pas supporter le poids (migratoire) longtemps», a mis en garde la chancelière allemande Angela Merkel à la radio publique MDR.

«L'UE n'a aucun avenir si ça continue comme ça», a twitté le premier ministre grec Alexis Tsipras.

Comme Berlin, il a dénoncé la décision «unilatérale» de la Slovénie, suivie par la Croatie et la Serbie, de ne plus laisser passer de réfugiés. Depuis lundi, la Macédoine ne laisse de son côté plus entrer de migrants depuis la Grèce.

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