L'Europe se mobilise face à l'afflux record de migrants

Des migrants se bousculent pour monter à bord... (PHOTO ROBERT ATANASOVSKI, AFP)

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Des migrants se bousculent pour monter à bord d'un train pour traverser la frontière entre la Macédoine et la Grèce.

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Crise migratoire

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Crise migratoire

L'Europe fait face à une crise migratoire sans précédent, alors que depuis le début de l'année plus de 350 000 personnes ont tenté de traverser la Méditerranée pour trouver refuge dans l'«Eldorado européen», plusieurs y laissant leur vie. Un nombre de réfugiés poussé à la hausse notamment par la guerre syrienne et l'établissement du «califat» du groupe armé État islamique à cheval sur l'Irak et la Syrie. Mais cette crise n'est pas exclusive à l'Europe, l'Asie du Sud-Est aux prises avec un trafic de migrants aussi tentaculaire que meurtrier connaît également cette triste réalité. »

Yannick PASQUET
Agence France-Presse
BERLIN

L'Allemagne débloque des milliards pour faire face aux «changements» provoqués par la crise migratoire, Paris et Londres promettent d'accueillir des dizaines de milliers de réfugiés: l'Europe s'est mobilisée lundi face à un afflux de migrants qui ne tarit pas.

Après un nombre record d'arrivées ce week-end en Allemagne, la pression née de la pire crise migratoire sur le continent européen depuis des décennies ne diminue pas. Plus de 15 000 personnes s'entassaient lundi sur l'île grecque de Lesbos, porte d'entrée vers l'Europe pour ceux fuyant la guerre qui déchire la Syrie.

Après moult tergiversations, le premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé que son pays était prêt à accueillir 20 000 Syriens en cinq ans et la France s'est engagée à accepter 24 000 réfugiés en deux ans dans le cadre d'un plan de répartition de l'Union européenne.

Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne, a salué cette décision de Paris, appelant tous les membres de l'UE à agir «avec le même courage».

Sans politique d'ensemble, ce sera «la fin de (l'espace de libre-circulation) Schengen», a de son côté averti le président français, François Hollande, qui souhaite aussi une conférence internationale sur la crise.

«Ce que nous vivons est quelque chose qui va (...) nous changer et nous voulons que le changement soit positif et nous pensons que nous pouvons y arriver», a souligné de son côté la chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin, détaillant un programme fédéral de six milliards d'euros pour 2016 qui vise à améliorer la prise en charge et l'intégration des migrants.

La dirigeante conservatrice a souligné que la facture pourrait atteindre un total de 10 milliards d'euros l'année prochaine.

«Début d'un véritable exode»

Selon le président du Conseil européen, Donald Tusk, cet «exode» risque de durer. «La vague actuelle d'émigration n'est pas un incident ponctuel mais le commencement d'un véritable exode, ce qui signifie que nous devrons traiter de ce problème pendant bien des années à venir», a expliqué M. Tusk à Bruxelles. Il a ajouté qu'il était «très important d'apprendre comment vivre avec elle (la crise) sans s'accuser les uns les autres».

Encore 3000 migrants étaient parvenus en milieu d'après-midi en Allemagne, à l'issue d'un week-end qui a vu l'arrivée dans ce pays de 20 000 personnes en provenance de Hongrie via l'Autriche.

De son côté, la Commission européenne va proposer mercredi de répartir entre États membres de l'UE 120 000 réfugiés au cours des deux prochaines années. Un projet qui va s'ajouter à la réinstallation de 40 000 migrants annoncée en mai.

Ces quotas d'accueil placent l'Allemagne en première ligne (26,2%, 31 443 réfugiés), suivie de la France (20%, 24 031) et de l'Espagne (12,4%, 14 931).

L'Allemagne s'attend à recevoir 800 000 demandes d'asile cette année, quatre fois plus que l'année précédente. Un mouvement qui n'a fait que croître depuis que les autorités ont décidé de ne plus renvoyer les Syriens vers leur point d'entrée en Europe.

«Le temps presse»

Le principe des quotas est loin de faire l'unanimité, notamment en Europe de l'est.

Le premier ministre populiste hongrois, Viktor Orban, a d'ores et déjà jugé prématuré de débattre de la répartition tant que l'afflux de migrants ne serait pas sous contrôle.

Des centaines d'entre eux ont marché à contresens sur une autoroute hongroise sur une quinzaine de kilomètres en direction de Budapest lundi soir, avant d'accepter d'être transférés dans un centre d'accueil.

Au Danemark la police a partiellement fermé dans la soirée une autoroute, empêchant ainsi des réfugiés syriens de marcher vers la Suède.

David Cameron a quant à lui évoqué «la compassion extraordinaire» de son pays qui a accepté 20 000 réfugiés sur cinq ans.

Au-delà des frontières européennes, le Québec a annoncé qu'il accueillerait 3650 réfugiés syriens d'ici à décembre.

«Entre 15 000 à 17 000 réfugiés» se pressent actuellement sur l'île grecque de Lesbos où la situation est «au bord de l'explosion», selon Athènes. Des renforts de police et de l'armée y ont été dépêchés.

2600 autres réfugiés et migrants ont été recueillis en mer par les garde-côtes grecs entre vendredi et lundi matin.

Et plus de 2000 migrants sont entrés de Grèce en Macédoine lundi tandis que quelque 8000 autres attendaient de pouvoir franchir la frontière pour rejoindre l'Europe occidentale. A plusieurs reprises, la police macédonienne est intervenue à coups de matraque.

Dans le même temps, la marine italienne a annoncé avoir débarqué en Sicile 60 corps de migrants retrouvés auprès de l'épave du chalutier dont le naufrage avait fait quelque 800 morts en avril. Au total, 118 corps ont été retrouvés depuis la promesse du chef du gouvernement, Matteo Renzi, de renflouer le chalutier, dont l'épave gît encore au nord des côtés libyennes.

Depuis le début de l'année, 366 402 personnes sont arrivées par la Méditerranée, a annoncé le Haut-Commissariat de l'ONU (HCR) pour les réfugiés. 2800 autres sont mortes ou ont été portées disparues.

Selon l'envoyé spécial de l'ONU en Syrie, Staffan de Mistura, des milliers de nouveaux réfugiés syriens pourraient vouloir se rendre en Europe à cause de la poursuite de la guerre civile chez eux.

«Pourquoi les gens partent-ils? Parce qu'ils ont perdu tout espoir après cinq ans de conflit et qu'ils ne voient qu'un seul gagnant, Daech (acronyme arabe de l'État islamique)», a-t-il déploré devant la presse à Bruxelles, plaidant pour qu'on trouve une solution, «sinon il ne restera plus de Syriens». 

L'Europe confrontée à la plus grave crise migratoire depuis 1945

- 23 avril: Après la mort en une semaine de 1200 migrants au large de la Libye, les Européens décident lors d'un sommet extraordinaire de tripler le budget des opérations de sauvetage de Frontex en Méditerranée, à neuf millions d'euros par mois. Une action militaire contre les passeurs de Libye est évoquée, mais la force navale mise en place le 22 juin se limite à une surveillance accrue, faute d'aval de l'ONU.

- 13 mai: La Commission européenne propose l'instauration de quotas pour répartir entre pays européens les réfugiés en relançant l'immigration légale, ce qui suscite l'hostilité de la plupart des États membres de l'UE.

- 3 juin: Le nombre des passages par la «route de la Méditerranée orientale» (via la Turquie et la Grèce) a augmenté de plus de 500% en début d'année, avec une grosse moitié de Syriens (Frontex).

- 26 juin: L'UE durcit les conditions d'accueil des migrants (création de centres de tri pour réfugiés et accélération des expulsions pour ceux n'ayant pas obtenu l'asile), tout en convenant d'un effort pour décharger l'Italie et la Grèce de 40 000 demandeurs d'asile. Mais, dans l'accord finalisé le 20 juillet, 32 256 places seulement seront offertes sur la base du volontariat.

- 30 juillet: À Calais (nord de la France), où se massent quelque 3000 migrants, un clandestin meurt, le dixième au moins en deux mois, après avoir tenté de gagner la Grande-Bretagne. Paris et Londres signent en août un accord pour sécuriser le tunnel sous la Manche et lutter contre les passeurs.

- 19 août: L'Allemagne, première destination des demandeurs d'asile dans l'UE, annonce attendre cette année «jusqu'à 800 000 demandeurs d'asile».

- 27 août: Les corps de 71 migrants, probablement des Syriens, sont découverts dans un camion abandonné sur une autoroute d'Autriche. La veille, les cadavres de 52 migrants ont été retrouvés dans la cale d'une embarcation au large de la Libye.

- 2 septembre: La photo du cadavre d'Aylan, un petit Syrien de 3 ans gisant sur une plage de Turquie, soulève émotion et colère.

- 3 septembre: Quelque 3300 nouveaux migrants arrivent en Hongrie, l'un des principaux pays de transit où une clôture controversée a été construite le long de la frontière. Des centaines de migrants prennent d'assaut la principale gare de Budapest, fermée depuis deux jours. Berlin et Paris sont d'accord sur le principe de «quotas contraignants» (chancelière allemande Angela Merkel). La présidence française annonce que la France et l'Allemagne vont transmettre des propositions communes pour organiser l'accueil des réfugiés» et une «répartition équitable» en Europe. La Commission européenne demande aux États membres de répartir en urgence 120 000 réfugiés supplémentaires au sein de l'UE.

- 4 septembre: Le Royaume-Uni se dit prêt à accueillir «des milliers de réfugiés syriens supplémentaires». Plus d'un millier de migrants bloqués à Budapest entreprennent une marche vers la frontière autrichienne. Nouvelle marche le lendemain.

- 5-6 septembre: L'Autriche transfère vers l'Allemagne des milliers de migrants qui étaient coincés en Hongrie. 20 000 personnes, en majorité des Syriens, affluent vers Munich.

- 7 sept: François Hollande annonce l'accueil de 24 000 réfugiés sur les deux prochaines années et se dit prêt à recevoir, dans les prochaines semaines «plusieurs centaines voire un millier» d'immigrés arrivés en Allemagne. Berlin décide de débloquer six milliards d'euros supplémentaires, alors que plus de 10 000 nouveaux réfugiés sont attendus aujourd'hui à Munich.

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