Enfant noyé: les réfugiés syriens émus, consternés et en colère

Les images du corps sans vie de ce... (PHOTO JUSTIN TALLIS, AFP)

Agrandir

Les images du corps sans vie de ce garçon de trois ans, Aylan, gisant sur une plage turque ont fait le tour du monde, relayées abondamment par la presse et les réseaux sociaux.

PHOTO JUSTIN TALLIS, AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Syrie
Syrie

Les manifestations pour un changement de régime en Syrie donnent lieu à de violentes répressions. Lisez notre dossier sur le sujet. »

Mussa HATTAR
Agence France-Presse
AMMAN, Jordanie

«Quand j'ai vu la photo, j'ai serré ma fille très fort. Je l'ai imaginée à la place de cet enfant innocent», confie Abou al-Yaman, un Syrien réfugié en Jordanie, ému par les photos d'un enfant syrien mort noyé en tentant de gagner l'Europe.

Les images du corps sans vie de ce garçon de trois ans, Aylan, gisant sur une plage turque ont fait le tour du monde, relayées abondamment par la presse et les réseaux sociaux.

Dans le monde arabe, d'où sont originaires de nombreux migrants, les photos ont ému, indigné, mais aussi suscité des critiques acerbes contre les riches pays du Golfe accusés de ne pas faire assez pour aider les réfugiés syriens qui fuient la guerre sanglante dans leur pays.

«Nous avons vu les bombardements, la destruction (...), mais je n'ai pas supporté l'image de cet enfant innocent dont la seule faute était d'être né en Syrie», témoigne Om Hussein, émue aux larmes.

Portant un voile noir, cette Syrienne d'une quarantaine d'années a fui la guerre dans son pays pour se réfugier en Jordanie où elle loue, avec son mari, muet, et ses trois enfants, un appartement vétuste dans un quartier pauvre d'Amman.

Originaire de Homs, ville ravagée par les combats dans le centre de la Syrie, Om Hussein dit qu'elle est dans l'incapacité d'envoyer ses enfants à l'école, faute de moyens.

«Est-ce que les dirigeants arabes n'ont pas honte quand ils voient cette photo?», lance-t-elle.

«Ils gaspillent des milliards de dollars pour acheter des armes qui rouillent dans leurs dépôts ou pour construire la plus grande tour (...), mais, malgré leur humanité, ils ne se tournent pas vers la souffrance du peuple syrien et ils ont fermé leurs portes devant nous», s'emporte-t-elle.

La guerre en Syrie a débuté en 2011 après des manifestations pacifiques contre le président Bachar al-Assad durement réprimées par le régime et qui se sont transformées en conflit civil. Plusieurs camps s'affrontent aujourd'hui, rebelles, régime, djihadistes de diverses factions, Kurdes.

Cette guerre a provoqué la mort de plus de 240 000 personnes et poussé plus de quatre millions d'autres à l'exil. Les organisations de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre commis dans ce pays.

«Trahison»

«C'est une image très affligeante pour tout être humain qui la voit», déplore de son côté Abou al-Yaman, qui est aussi porte-parole du camp des réfugiés de Zaatari, dans le nord de la Jordanie.

«J'ai été très choqué par la photo et j'ai eu un sentiment amer», ajoute ce jeune homme originaire de Deraa en Syrie, dénonçant la «trahison du monde, en particulier les pays arabes qui ont ignoré la souffrance des Syriens et ont fermé leurs portes devant eux».

«Je ne parle pas du Liban et de la Jordanie» qui accueillent des centaines de milliers de réfugiés, «mais le reproche est adressé à des pays qui ont la capacité d'aider et qui ne font rien comme le Koweït et l'Arabie saoudite», précise-t-il.

Il regrette toutefois que «certains médias soient en train d'utiliser la photo d'une façon exagérée et négative, comme si le but était de faire peur aux Syriens et de les dissuader d'émigrer».

Malgré les risques, Abou al-Yaman dit qu'il est toujours tenté par un départ vers l'Europe.

«Il n'y a pas d'autre échappatoire pour les Syriens que d'émigrer même si la mort est au bout», se désole-t-il.

«Je n'aurais jamais imaginé que les choses évoluent à tel point qu'on voit des cadavres de Syriens sur les plages ou flottant dans la mer», déplore de son côté Abou Malek, un académicien syrien de 30 ans qui fait partie des quelque 80 000 réfugiés du camp de Zaatari.

Louei, réfugié de 19 ans, déplore lui aussi «l'abandon» de certains pays du monde arabe. Il ajoute: «Cette image hantera pour toujours ces pays».

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer