«La solution est d'arrêter la violence dans cette région», dit Harper

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Le premier ministre Stephen Harper

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(Ottawa) Le gouvernement canadien a fait sa large part pour soulager la misère et la souffrance des millions de réfugiés qui quittent la Syrie ou l'Irak afin de ne tomber pas sous le joug du groupe armé État islamique, affirme le premier ministre Stephen Harper

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Le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada, Chris Alexander

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De passage à Surrey, en Colombie-Britannique, M. Harper a eu du mal à trouver les mots pour exprimer son chagrin de voir la photo du jeune bambin noyé sur la plage. Il a soutenu que la solution à la crise humanitaire qui secoue la Syrie et l'Irak va beaucoup plus loin que le programme canadien d'accueil de réfugiés.

Il faut aussi, selon lui, s'attaquer à la cause de cette tragédie humanitaire, les membres du groupe armé État islamique.

«Laureen et moi avons vu sur l'internet la photo de ce jeune garçon, Alyan, mort sur la plage. La première chose qui nous est venue à l'esprit a été de nous rappeler notre fils Ben quand il avait cet âge. Cela nous donne des larmes aux yeux. Tous les parents du Canada et du monde réagissent de la même façon quand on voit une telle image. Cela brise vraiment le coeur. Ce n'est pas juste une terrible tragédie», a affirmé M. Harper, les trémolos dans la voix.

«Je n'ai pas besoin de vous dire que ce que nous avons vu hier est une tragédie. Mais c'est beaucoup pire que cela. En tant que premier ministre, j'ai visité des camps de réfugiés en Jordanie et en Irak. Je peux vous dire que j'ai vu des dizaines de milliers de personnes dans le désespoir. Et il y en a des millions de plus qui sont dans la même situation. Il y a des dizaines de millions de personnes pour qui la survie est remise en question à cause de la violence des groupes djihadistes», a-t-il ajouté. M. Harper.

M. Harper a tenu à souligner que le Canada a le système d'immigration et de réfugiés le plus généreux au monde. « Le Canada accueille, toutes proportions gardées, plus de gens que n'importe quel autre pays au monde. Durant nos années au pouvoir, nous avons accueilli deux millions et demi de nouveaux arrivants, et une partie d'entre eux étaient des réfugiés », a-t-il affirmé.

«Les politiques concernant les réfugiés ne sont qu'une petite partie de la solution à ce problème. L'étendue du problème va beaucoup plus loin que cela. Il faut la solution est d'arrêter la campagne de violence que mène le groupe EI contre les communautés dans cette région. C'est pourquoi nous avons donné de l'aide humanitaire, que nous accueillons des réfugiés et que nous participons à la mission militaire de la communauté internationale», a-t-il encore dit.

Alexander revient à Ottawa

Le ministre fédéral de l'Immigration, Chris Alexander, a par ailleurs décidé de faire une pause dans sa campagne électorale et rentrer à Ottawa immédiatement pour s'occuper de la crise des migrants, dans la foulée des révélations voulant que son ministère ait refusé la demande de la famille du petit Aylan Kurdi pour trouver asile au Canada.

Une source gouvernementale a précisé que «le ministre a décidé de venir immédiatement à Ottawa pour rencontrer ses fonctionnaires au ministère. Sa priorité aujourd'hui est d'assurer les faits et de recevoir une mise à jour sur la crise des migrants».

La photo d'Aylan Kurdi gisant mort le visage contre le sable dans une station balnéaire de Turquie, a fait le tour du monde mercredi. Sa famille était à bord d'une embarcation qui a chaviré au large, en route vers les Îles grecques. Les petits garçons Galip et Aylan Kurdi, respectivement âgés de 5 et de 3 ans, ainsi que leur mère Rehan, ont péri dans le naufrage alors que le père des enfants, Abdullah, a survécu. La famille est originaire de Kobane en Syrie.

Teema Kurdi, la soeur d'Abdullah Kurdi, avait tenté en vain en mars dernier de parrainer ces membres de sa famille. Selon Mme Kurdi, émigrée au Canada depuis plus de vingt ans, l'application a été rejetée en juin par le ministère fédéral de l'Immigration, rapporte le quotidien Ottawa Citizen.

Le député local du NPD, Fin Donnely, a affirmé à la Presse canadienne qu'il avait lui-même remis en mains propres au ministre Alexander une lettre de Mme Kurdi, au printemps dernier. M. Donnely a déclaré que la tante était «totalement dévastée et avait le coeur brisé» depuis qu'elle a appris que les garçons et leur mère sont décédés.

«Profondément attristé»

Dans une déclaration diffusée jeudi matin, le ministre Alexander, qui est candidat dans la circonscription d'Ajax, dans la grande région de Toronto, a déclaré: «Comme tous les Canadiens, j'ai été profondément attristé par cette photo et les nombreuses autres images des souffrances des migrants syriens et irakiens qui fuient la persécution du soi-disant État islamique.»

Chris Alexander a défendu le bilan de son  gouvernement en matière d'accueil des réfugiés, un bilan lourdement critiqué par les partis de l'opposition. «Le Canada a l'un des systèmes d'immigration et de rétablissement des réfugiés les plus généreux du monde.  En fait, le Canada accueille plus d'un réfugié sur dix dans le monde», a-t-il affirmé.

«Le premier ministre Harper a fixé l'objectif d'accueillir 23 000 réfugiés irakiens et 11 300 réfugiés syriens», a ajouté M. Alexander.

Il a indiqué qu'il «rencontre des responsables pour vérifier les faits de l'affaire de la famille Kurdi et recevoir une mise à jour sur la crise des migrants». Il n'a pas précisé pour combien de temps ces responsabilités le tiendront à l'écart de sa campagne.

Live Blog Crise des migrants: Stephen Harper se prononce
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Le chef du NPD, Thomas Mulcair 

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Muclair refuse de blâmer le gouvernement Harper

De passage à Toronto, le chef du NPD Thomas Mulcair a réagi avec émotions à la photo du corps d'un bambin de trois ans mort noyé sur une plage de la Turquie.

Rappelant que la famille du bambin avait fait une demande pour migrer au Canada, M. Mulcair a refusé de blâmer le gouvernement Harper, affirmant que l'heure était à l'action. Il a indiqué que le Canada devrait déployer les efforts pour accueillir immédiatement 10 000 réfugiés syriens, comme l'a demandé l'ONU. Ensuite, le Canada doit ouvrir davantage ses portes aux nombreux réfugiés qui fuient la guerre civile en Syrie et en Irak.

«Il y a des ces images qui définissent une époque. Je me souviens d'une image d'une jeune fille, son corps gravement brûlé dans la guerre du Vietnam en train de fuir vers une caméra qui a pris le cliché. C'est devenu le symbole de cette guerre. Je dois vous dire que les images d'aujourd'hui d'un jeune garçon en train d'être ramassé sur une plage en Turquie vont rester avec nous pour longtemps. Comme père et grand-père, je trouve cela insoutenable de voir ce qu'on est en train de voir. Alors oui, il faut faire plus», a dit M. Mulcair, refoulant ses larmes.

«Les Nations Unies parlent de 10 000 réfugiés. On peut les prendre immédiatement. C'est clair. Ce serait très facile aujourd'hui de commencer à assigner des blâmes. C'est sûr que le ministre Chris Alexander a des réponses à donner. Mais on n'est plus là. La question qui se pose: quelle est l'origine de cette défaillance collective internationale et qu'est-ce que nous avons l'obligation de faire, collectivement, pour trouver des réponses, parce que ça suffit de voir ces images-là», a-t-il ajouté.

«Trêve électorale»

Le Bloc québécois a pour sa part proposé une trêve électorale sur la question des réfugiés et l'accueil immédiatement de 10 000 réfugiés provenant de la Syrie et l'Irak.

«Plutôt que de jeter le blâme sur les uns ou les autres, il me semble que nous devrions tous parler d'une même voix. Il ne s'agit pas d'une question partisane ou électorale, il s'agit d'un impératif humanitaire. Ce que nous proposons, c'est que le Canada ouvre immédiatement ses portes à au moins 10 000 réfugiés. Pas en 2018, dès maintenant», a déclaré le candidat du Bloc Québécois dans Québec, Charles Mordret. Il a lui-même vécu 12 ans en Turquie.

«Il faut ouvrir nos portes», dit le Conseil canadien pour les réfugiés

Le Conseil canadien pour les réfugiés a sévèrement critiqué le gouvernement du Canada pour son rôle dans cette crise.

«Ces petits garçons auraient pu être encore en vie si le Canada avait répondu de façon plus adéquate à la crise des réfugiés syriens, a lancé Loly Rico, présidente du CCR.  Nous ne devrions pas devoir attendre qu'une telle tragédie se produise pour nous rendre compte qu'il faut ouvrir nos portes.»

«Nous demandons, de toute urgence, que les Syriens qui ont de la famille au Canada soient autorisés à venir ici immédiatement afin que le traitement de leur dossier puisse être complété au Canada où ils sont en sécurité. Nous ne voulons pas qu'aucun autre enfant ne meure de cette façon», a poursuivi Mme Rico.

Trudeau critique Alexander

Le chef libéral Justin Trudeau ne s'est pas montré impressionné par la décision du ministre Alexander, de suspendre sa campagne électorale pour se consacrer à la crise des migrants. «On ne découvre pas la compassion en milieu de campagne. Tu l'as ou tu ne l'as pas», a-t-il tranché.

Trudeau a accusé le gouvernement «de se traîner les pieds». «Le gouvernement parle de 1000, 2000 réfugiés, c'est complètement inadéquat.» Se disant profondément troublé d'apprendre que la famille du bambin décédé sur cette plage de Turquie, le chef libéral a appelé le Canada à accepter immédiatement 25 000 réfugiés syriens.

S'il précise que ce chiffre ne représente qu'une première étape, Justin Trudeau s'est gardé de dire jusqu'à combien de réfugiés le pays pourrait accueillir par année sous un gouvernement libéral. «C'est certain que c'est un début, mais je crois que c'est un début clair qui montrerait que le Canada est un pays qui peut aider de façon tangible.»

Quant aux 25 000 réfugiés qu'il serait prêt à accueillir, le chef libéral précise qu'il prioriserait ceux vivant présentement dans des campas de réfugiés ou ceux encore coincés en Syrie, soit ceux qui n'ont pas encore entrepris le dangereux voyage pour rallier l'Europe. «On devrait aider ceux qui sont qui sont le plus en détresse, soit ceux pris dans les camps ou encore ceux dans les ruines de leur ville en Syrie.»

Justin Trudeau s'attend à des «explications et des excuses» de la part du gouvernement conservateur. «Pourquoi le Canada se fait presser d'agir plus sur la crise des migrants mais n'a rien fait?» a-t-il lancé en anglais, ému par le décès du jeune réfugié syrien.

- Avec l'AFP et PC

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